Election du maire de Marseille, successeur de Gaston Defferre

17 mai 1986
03m 18s
Réf. 00478

Notice

Résumé :

Les élus des partis de gauche ont voté pour l'élection du maire remplaçant Gaston Defferre. Robert Vigouroux remporte 62 voix, contre une pour Michel Pezet. Le RPR et l'UDF n'ont pas participé au scrutin.

Date de diffusion :
17 mai 1986

Éclairage

L'élection de Robert Vigouroux en replacement de Gaston Defferre clôt un début de printemps particulièrement chargé en événements et en rebondissements, avec les élections législatives et régionales de mars qui ont confirmé la poussée de l'extrême droite, l'accession de Jean-Claude Gaudin à la présidence du Conseil régional, et la mort soudaine de Gaston Defferre. Le remplacement de celui-ci se fait donc dans un "drôle" de climat. L'opposition de droite au conseil municipal, dont le chef de file est Jean-Claude Gaudin, n'y participe pas puisqu'elle estime avoir été flouée lors des élections municipales de 1983 où elle était majoritaire en voix sur l'ensemble de la ville. Les groupes de la majorité de gauche - PS, PC, GAM-GAES (Groupes d'action municipale/Groupe d'action économique et sociale) - apparaissent ici avec une remarquable unité de façade pour soutenir la candidature d'un adjoint assez effacé et qui paraît n'être choisi que comme maire de transition. Il s'agit en fait de barrer la route à Michel Pezet, devenu le "patron" du PS des Bouches-du-Rhône, qui s'est opposé à Gaston Deferre, dont il avait été un temps le "dauphin", et qui est pratiquement rendu responsable de sa mort, intervenue après une réunion du comité directeur de la fédération socialiste où cours duquel Defferre s'était trouvé en minorité lors de la désignation du nouveau secrétaire général.

Robert Vigouroux est un "mandarin", professeur de médecine, chef de service au CHU de La Timone, neurochirurgien reconnu. Venu d'un club de pensée, il a rejoint les socialistes en 1964. Conseiller municipal depuis dix-sept ans, adjoint au maire, mitterrandien, il s'est engagé en politique grâce à Defferre, qui en a fait son député suppléant. Mais il joue volontiers à l'homme de la "société civile", à celui qui ne "fait" pas politique. Ce modéré s'exprime peu et se complaît dans ce rôle de sphinx. Il bénéficie du soutien d'Edmonde Charles-Roux, veuve de Gaston Defferre, du Provençal et des defferristes dont Irma Rapuzzi et Jean-Victor Cordonnier sont ici les représentants, bref de tous ceux qui veulent absolument barrer la route à Michel Pezet. Il jouit de ce fait de l'appui de l'Élysée. Personne ne lui prédit un grand avenir politique. Aussi sa réélection triomphale en mars 1989 surprendra-t-elle tout le monde. Arrivées en tête au premier tour, ses listes gagneront huit secteurs sur huit au second, chose que jamais Defferre n'avait pu réaliser et, dans la foulée, il accèdera au Sénat avec deux de ses colistiers alors que le PS ne conserve plus qu'un siège. En revanche, son échec sera complet aux élections municipales de 1995 (où il n'obtiendra que 8 % des suffrages).

Bibliographie :

Robert P. Vigouroux, Un parmi les autres, Paris, Albin Michel, 1991.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Silence)
Irma Rapuzzi
Permettez-moi, en ma qualité de doyenne d'âge, d'exprimer le voeu que chacun de nous, ceux qui croient au ciel comme ceux qui n'y croient pas, entendent son message. Sa volonté suprême de nous voir dépasser nos préoccupations personnelles, les divergences naturelles dues aux clivages politiques, pour nous unir dans une volonté commune de rester fidèles à son exemple, et à la mission qu'il nous laisse.
Jean-François Jolivalt
Dehors la foule sait déjà qui sera présenté comme unique candidat à la succession de Gaston Defferre. Par les socialistes tout d'abord, monsieur [Cordonier].
Elu 1
Madame la présidente, au nom du groupe socialiste, nous proposons la candidature de Robert Vigouroux.
Irma Rapuzzi
Monsieur Lazario.
Jean-François Jolivalt
Puis par les communistes.
Elu 2
Nous soutenons la candidature présentée par le groupe socialiste, c'est-à-dire la candidature Robert Vigouroux.
Elu 3
Au nom du groupe GAMES nous présentons le candidat du parti socialiste, Robert Vigouroux.
Jean-François Jolivalt
Idem donc pour le centre gauche et pour les radicaux de gauche. Sur 101 présents, 65 votants, 62 voix pour Robert Vigouroux, une pour Michel Pezet, un blanc, un nul, RPR et UDF ne prenant pas part au scrutin.
Irma Rapuzzi
Je déclare monsieur Robert Vigouroux, élu au poste de maire de Marseille, et je lui demande de venir prendre place ....
(Applaudissements)
Jean-François Jolivalt
Et dans son émotion, Irma Rapuzzi met l'écharpe du 47ème maire de Marseille à l'envers. Après le discours inaugural du professeur Vigouroux qui n'est pas applaudi, la parole est à l'opposition. Vous avez donné un sacré coup à l'image de Marseille, dit Jean-Claude Gaudin aux socialistes, vous avez tiré aux dés la tunique.
Jean-Claude Gaudin
La mort, qu'elle frappe un ami, ou un adversaire, exige le silence et la dignité. Permettez-moi de vous dire, mesdames et messieurs, que vous avez manqué aux deux. Le conseil municipal vient de prendre une décision, d'une manière pénible, et pas uniquement dans le souvenir du défunt. Mais une décision prise, et par qui ? Par vos amis politiques de Paris, au plus haut niveau. Les socialistes de Paris ont imposé le maire de Marseille. Quelle légitimité voulez-vous que nous vous accordions ?
(Applaudissements)
Jean-François Jolivalt
Enfin plus que de politique, Guy Hermier parle de Marseille et de son attachement à l'accord municipal de 83.
Guy Hermier
Soyez par conséquent assuré, monsieur le maire, que le groupe communiste, conscient du rôle qui 'il est appelé à jouer dans cette situation nouvelle, sera particulièrement attentif à l'évolution de la situation, et vigilant en ce qui concerne la stricte application des engagements que vous avez pris. Il y va de l'intérêt des Marseillaises et des Marseillais, il y va de l'avenir de Marseille.