Fête de la transhumance à Saint Rémy de Provence

18 mai 1989
01m 45s
Réf. 00495

Notice

Résumé :

Les bergers provençaux font la transhumance à pied pour emmener les troupeaux dans les Hautes Alpes. Face à l'augmentation de la circulation routière, cette tradition a été interdite dans les années 50. Aujourd'hui le transport se fait par camion ou train. Ce reportage est aussi l'occasion de revenir sur les difficultés financières des bergers de Provence.

Date de diffusion :
18 mai 1989
Source :
France 3 (Collection: Atr2 )
Personnalité(s) :

Éclairage

Le Robert définit la transhumance comme " la migration périodique du bétail de la plaine, qui change de pâturage en été et s'établit en montagne ". Le terme de transhumance vient du latin trans "au-delà de" et humus "terre". Il s'agit de conduire les troupeaux au-delà du pays, du terroir. Traditionnellement, en mai, les bergers de Provence conduisaient leurs troupeaux de moutons en estive vers les Alpes du Sud, les Hautes-Alpes en particulier que l'on évoque dans le reportage, mais aussi en Haute-Ubaye, voire dans le Vercors. La plaine de la Crau et la Camargue étaient les principales zones d'élevage et Saint-Rémy la porte de la transhumance pour les gros troupeaux - 6 à 25 000 têtes - qui en partaient sous la conduite des bailes (maîtres bergers), avec leurs chiens, leurs ânes, les chèvres et quelques menons (boucs). Ils allaient notamment dans le Briançonnais, où se trouve Serre-Chevalier, jusqu'en septembre, moment de la redescente, par étapes, vers la plaine en suivant les mêmes carraires (chemins de transhumance) qu'à l'aller.

Les premiers textes attestant de l'existence de la grande transhumance ovine dans les Alpes datent du XIIe et du XIIIe siècles. Ils sont le signe de la croissance de l'élevage. Les pâturages d'été sont recherchés de plus en plus haut. Au XVe siècle, la transhumance devient une règle, un " phénomène de masse ". Pendant longtemps les textes écrits ont constitué les seules sources disponibles. En 1989, une découverte archéologique dans La Crau est venue ébranler les datations établies. En effet, la découverte de bergeries de l'époque romaine datant du Ier siècle avant notre ère au Ve siècle après permettrait de penser que la transhumance était déjà pratiquée en Provence à cette époque.

En Provence en général et dans la plaine du Bas-Rhône (Crau, Camargue) en particulier, l'élevage ovin (que domine le mérinos d'Arles) est devenu inséparable de la transhumance au cours des siècles. Sa pratique est déterminée par le climat méditerranéen, qui associe basse plaine aux hivers modérés et aux étés secs et territoires montagneux qui offrent l'été leurs alpages, situés souvent sur des terrains communaux loués aux bergers. Elle culmine en période estivale, entre la mi-juin et la mi-octobre, avec le déplacement massif des troupeaux sur des distances parmi les plus élevés que connaissent les régions françaises de transhumance. Autrefois, ces distances se parcouraient à pied et pouvaient prendre jusqu'à vingt jours de marche. Mais, à partir des années 1950, la densification de la circulation sur les routes entraîne l'arrêt progressif des transhumances pédestres. Les bêtes sont désormais conduites à la montagne en camions, le plus souvent dans des bétaillères. Les dernières transhumances traditionnelles, entre Camargue et Vercors et entre Vaucluse et Vercors, datent respectivement de 1957 et de 1974. Cette évolution n'est qu'un des aspects de la transformation et du maintien difficile de l'élevage ovin dans la région. La concurrence de grands pays producteurs, - dans le reportage, l'entrée de la Grande-Bretagne et de l'Irlande dans l'Union européenne en 1973 - complique la situation économique d'un élevage déclinant et en proie à de nombreuses difficultés (pénurie en bergers qualifiés, strictes réglementations sanitaires, forte présence touristique en montagne). L'élevage ovin n'en reste pas moins très présent dans l'imaginaire provençal, en particulier dans les Alpilles où les pastres (les bergers en provençal) sont les acteurs obligés de la messe de minuit. Saint-Rémy, pour qui le tourisme est devenu une activité économique essentielle, joue avec la fête de la transhumance - comme avec la carreto ramado (le char fleuri) le 15 août ou la fête de l'ase (l'âne) - la carte de la tradition et de la nostalgie.

Bibliographie :

Colette Jourdain-Annequin et Jean-Claude Duclos dir., Aux origines de la transhumance : les Alpes et la vie pastorale d'hier à aujourd'hui, Éditions A. et J. Picard, Paris, 2006.

Transcription

Gabrielle Bricet
Autre activité traditionnelle de la région, activité plus alpine, cette fois : la transhumance. Chaque année, la tradition se perpétue même si elle est plutôt différente. Et vous allez le voir, la transhumance doit aussi faire face à la concurrence.
Serge Dupouy
Autrefois, la transhumance s'effectuait à pieds. Une rude épreuve pour nos bergers provençaux accompagnant leurs troupeaux dans les Hautes Alpes, vers Serre-Chevalier ou Gap, et qui se traduisait par une marche d'environ 20 jours. Un déplacement pour permettre notamment aux brebis, aux béliers, aux chèvres, de profiter des herbages de qualité des régions d'altitude pendant plus de 4 mois. Et puis, vers les années 50, l'augmentation de la circulation routière a interdit de tels déplacements, qui se font désormais par camion ou, plus rarement, par train, et cela n'est pas simple. Autre souci pour ces éleveurs : la concurrence de la production ovine anglaise, irlandaise, et les conséquences de l'entrée de ces deux pays dans la Communauté Economique Européenne. Ainsi, dans le département des Bouches-du-Rhône où l'on dénombre 160 000 brebis mères et 360 éleveurs, ici, à Saint-Rémy-de-Provence, les bergers ne sont plus, aujourd'hui, que 17 pour 2800 brebis.
François Baculard
On est des condamnés à mort.
Serge Dupouy
Pourquoi ?
François Baculard
Parce que. Qu'est-ce que vous voulez ? Il ne gagne même pas le SMIG, un berger. Oui monsieur. Il ne gagne pas le SMIG. Il ne vend plus sa laine, les agneaux ne se vendent pas. C'est les importations de l'Angleterre qui nous tuent.
Serge Dupouy
La diminution constante du nombre des troupeaux est liée à des difficultés importantes que rencontrent les éleveurs pour survivre. La viande se vendant mal, reste seulement le lait et la laine, qui procurent globalement un revenu mensuel inférieur au SMIG.
Gabrielle Bricet
Des images tournées lors de la fête de la transhumance : c'était à Saint-Rémy-de-Provence le week-end dernier.