Les feux d'artifice du bicentenaire

08 juillet 1989
02m 31s
Réf. 00496

Notice

Résumé :

Depuis 1739, la famille Ruggieri fabrique des fusées pour feux d'artifice à Monteux, et exporte ses produits dans le monde entier. Pour honorer les commandes exceptionnelles du bicentenaire de la Révolution française, l'entreprise a embauché 50 personnes supplémentaires.

Date de diffusion :
08 juillet 1989
Source :
France 3 (Collection: Atr2 )
Personnalité(s) :

Éclairage

1989, la France célèbre en grande pompe le Bicentenaire de la Révolution française : chars, chants, fresques historiques de sons et lumières etc. sont au programme des commémorations un peu partout. Comme il se doit, ce sont les feux d'artifice du 14 juillet qui marquent l'apothéose des festivités.

L'art pyrotechnique, c'est-à-dire "l'art du feu" en grec, repose sur la "poudre noire" dont les origines sont incertaines. L'invention de ce mélange détonant de charbon de bois, de souffre et de salpêtre serait originaire de Chine. Le premier grand spectacle pyrotechnique en France est tiré en 1612 à l'occasion du mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche et l'inauguration de la Place Royale (place des Vosges). Dès lors, il est d'usage que les charges d'artificiers royaux se transmettent de père en fils dans certaines familles tels les Morel, les Caresme et les Guérin. C'est en 1739 que la famille Ruggieri, originaire de Bologne, entre dans cette histoire avec le feu d'artifice mémorable du 29 août, tiré en l'honneur du mariage de la fille aînée de Louis XV avec l'infant d'Espagne. À partir de ce mythe inaugural, les Ruggieri s'affirment progressivement comme les artificiers des fêtes royales. Délaissé pendant la période de la Révolution, le feu d'artifice réapparaît sous l'Empire. Les Ruggieri détiennent alors un quasi-monopole sur les fêtes officielles et ce, jusqu'en 1827. Le XIXe siècle marque le passage de l'art de l'artifice du stade artisanal au stade industriel, que la maison Ruggieri accompagne.

Les établissements Ruggieri sont créés en 1921 en tant que société anonyme, après le rachat des maisons Berthier et Fabre installées depuis le siècle dernier près de Monteux dans le Vaucluse. La fabrication se concentre là et à Toulouse à la fin des années 1960. Ainsi, en 1986, l'usine des Confines est créée à Monteux sur un terrain de 55 ha, avec des installations modernes. En 1989, pour ses 250 ans, Ruggieri peut ainsi s'enorgueillir de dominer le marché mondial des feux d'artifice avec 65 % de la production.

La commémoration du bicentenaire de la Révolution est pour l'entreprise une consécration. On peut y voir aussi une certaine ironie de l'histoire : en 1789, le feu d'artifice avait été abandonné à cause de sa compromission avec le pouvoir royal et de son caractère passif - qui allait à l'encontre de l'esprit des fêtes révolutionnaires perçues comme des célébrations collectives et actives, en 1989, il prenait sa revanche comme élément incontournable de la réussite des festivités.

Bibliographie :

Patrick Bracco, Élisabeth Lebovici, Ruggieri : 250 ans de feux d'artifice, Paris, Denoël, 1988.

Maryline Crivello

Transcription

Journaliste
Et puis après la fête religieuse, la célébration laïque, le Bicentenaire. Et bien ce Bicentenaire sera aux deux-tiers vauclusien, au moins en ce qui concerne les feux d'artifice, puisque deux fusées sur trois seront fabriquées... sont fabriquées à Monteux, dans le Vaucluse. C'est Hugues Girard qui allume la mèche.
Hugues Girard
Cela fait 250 ans, depuis 1739 exactement que les Ruggieri savent faire des feux d'artifice. Avec 65% du marché français, Ruggieri est n°1 en France, en Europe mais peut-être aussi dans le monde. Toutes les bombes, chandelles et autres mortiers sont fabriqués à Monteux, dans le Vaucluse. Bicentenaire de la Révolution oblige, l'usine a recruté une cinquantaine de personnes pour fabriquer à la chaîne et de façon quasi-automatique toutes les fusées. Il a fallu marier productivité et sécurité pour satisfaire tous les clients, essentiellement des communes qui voulaient toutes, bien sûr, du bleu, du blanc et du rouge.
Maurice Perrin
Cette année, on vend du bleu, blanc, rouge, mais il n'y a pas que du bleu, blanc, rouge, heureusement, parce que nous avons une palette de couleurs très très étendue. Vous savez, au fil des siècles, j'allais dire, nous avons élargi la palette des couleurs. Il ne faut pas oublier que Ruggieri, s'il fête le bicentenaire de la Révolution, fête aussi son 250ème anniversaire. C'est énorme, une entreprise qui a 250 ans. Alors depuis, les couleurs ont complètement évolué. Et nous faisons, maintenant, dans la perfection : on va même jusqu'à l'indigo ou le jaune citron. Vous voyez à quel point nous allons loin dans les couleurs ?
Hugues Girard
Mais enfin, pour ce bicentenaire de la Révolution, vous avez produit une bombe ou une fusée spéciale ?
Maurice Perrin
Tout à fait. Nous avons même des feux à base tricolore, bleu, blanc, rouge, et énormément de pièces, aussi, à base de bleu, blanc, rouge. On a même pris des brevets pour certaines pièces et certaines techniques à base de bleu, blanc, rouge : des cocardes, des arbres de la liberté, des cascades tricolores, des bouquets à base de bleu, blanc, rouge. Enfin, c'est quelque chose de magnifique tout ce que nous avons réalisé.
Hugues Girard
Le 14 juillet au soir, Ugieri estime que plus de 50 tonnes de poudre noire et 150 tonnes de produits divers qui donnent les couleurs, seront tirés dans le ciel de France, une année tout à fait exceptionnelle pour la société, à la mesure du bicentenaire.
(Bruits)
Journaliste
C'est quand même une manière très sympathique de tirer les cartouches. Les festivals, maintenant, rapidement parce que nous sommes un peu en retard.