La Seyne Sur Mer: projet Marepolis

02 avril 1990
03m 59s
Réf. 00500

Notice

Résumé :

Marepolis est une société d'Economie Mixte qui va exploiter les anciens chantiers navals. Urbanisme, recherche de pointe et industrie de la mer seront les pôles majeurs de la reconversion.

Date de diffusion :
02 avril 1990
Source :
France 3 (Collection: Atr2 )

Éclairage

La vie de La Seyne s'est confondue pendant plus d'un siècle avec l'activité des chantiers navals. Créés à partir des chantiers Mathieu, ils s'orientent vers la construction navale moderne grâce à des hommes comme les frères Taylor. Mais c'est avec Armand Béhic et la société des Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM), créée en 1856, que cette vocation s'affirme pour acquérir très vite une grande notoriété. L'entreprise cherche à se situer à la pointe du progrès. À partir des années 1865, les cales en bois des débuts sont remplacées par des cales en maçonnerie, dont une de 200 mètres pour la construction des grands paquebots. Entre 1880 et 1890, elle se dote d'un parc à tôles, d'un atelier des forges et cornières, d'une salle à tracer performante.... Occupant en tout 22 hectares, les FCM emploient aux environs de 3 000 salariés. En 1913, les Forges et Chantiers de la Méditerranée comprennent quatre sites (La Seyne, Le Havre, Granville et Marseille). Elles ont déjà construit, pour la Marine nationale ou les compagnies de navigation, 1 446 bâtiments de tout type, dont 1 089 à La Seyne.

La guerre de 1914-1918 réoriente l'ensemble de la production vers la défense nationale. Cargos, docks flottants, avisos, chalands, bouées, guérites, abris légers, wagons, mais aussi chars d'assaut sont produits au gré des commandes d'État. Après la période d'incertitude de l'Entre-deux-guerres, où alternent années d'abondance et années de crise, la Seconde Guerre mondiale apporte son lot de souffrances avec les bombardements de 1944, mais, depuis novembre 1942, le chantier, passé directement sous l'autorité allemande, maintient son activité en construisant des chalands de débarquement et des navires de transport militaire. Les installations et les quais sont détruits le 17 août 1944 par l'Occupant qui, avant de partir, fait exploser plus de 195 mines. Cependant, la reconstruction permet un redémarrage assez rapide. Le site est totalement remodelé et doté des installations et des machineries les plus performantes. Commence une période de forte activité et les effectifs passent de plus de 2 000 salariés à plus de 3 500. Malgré tout, les FCM n'échappent pas à la crise, d'autant que, dès 1950, se terminent les commandes gouvernementales passées au titre des réparations de guerre et la remise en état de la flotte marchande et militaire. L'entreprise s'inscrit alors dans les dispositions de la loi Defferre de 1951 qui réservent l'attribution de subventions aux chantiers qui s'engagent à parfaire leur méthode de gestion, diminuer leurs effectifs pour gagner en productivité et surtout diversifier leur production. Cela lui permet d'être parmi les "quatre chantiers, peut-être cinq, voués à la construction de navires de commerce" distingués par le Livre blanc de la construction navale de 1960, ce qui ne l'empêche pas d'accroître son secteur "grosse métallurgie" spécialisé dans la production de structures métalliques (escaliers roulants, usine d'incinération, piscine...), mais aussi de chars d'assaut (ils représentent en1963 40 % de l'activité). Dans le même temps, sont projetées de nouvelles cales pour la construction de méthaniers de plus de 260 000 m3.

Malgré tout, la situation est difficile, l'année 1965 s'achève sur un déficit record et 1966 est une nouvelle année décisive pour l'avenir du site qui a déjà perdu plus de 500 salariés. Le 1er juillet, les FCM disparaissent pour laisser place à une nouvelle société, les Constructions navales et industrielles de la Méditerranée (CNIM) dirigée par le groupe Herlicq, groupe franco-belge qui bénéficie d'une aide de l'État permettant la garantie de l'emploi pour deux ans. L'arrivée de la CNIM ouvre de nouvelles années de prospérité. Le site enregistre une multitude de commandes : méthaniers, tubes lance-missiles, escaliers mécaniques, usines d'incinération. En 1974, le seul secteur de la navale enregistre la commande de quatorze bâtiments assurant une pleine charge de travail jusqu'en 1978. Les chantiers emploient alors directement 5 300 personnes, plus 2 000 en sous-traitance. Mais le ralentissement économique de la fin de 1974, à la suite du premier choc pétrolier, remet tout en cause. Dès 1975, il n'y a plus de commandes nouvelles. Une nouvelle restructuration de la construction navale française est envisagée autour de deux pôles, le premier comprenant les Chantiers de l'Atlantique (Saint-Nazaire essentiellement), le deuxième regroupant Dunkerque, La Ciotat et La Seyne, ce que refusent catégoriquement les directions de ces deux derniers chantiers. Le directeur de La Seyne estime que l'"outil de travail est en parfaite condition pour lutter avec les chantiers les mieux outillés....Si la fusion, si elle devait se faire, arrêterait dans son élan une société en pleine expansion, la seule grande entreprise du Var génératrice d'emplois". Trois ans plus tard, le marasme contraint la direction à rapatrier les travaux en sous-traitance dans l'entreprise même et à réduire les effectifs par le départ en retraite anticipée des salariés de plus de 56 ans huit mois. C'est le début d'une lente dégradation. En décembre 1982, La Seyne est réunie avec Dunkerque et La Ciotat dans une société unique, la société du Chantier du Nord et de la Méditerranée appelée plus communément la Normed. L'association de chantiers qui n'ont pas les mêmes niveaux de rentabilité - celui de Dunkerque est particulièrement en difficulté - est inopérant, d'autant plus que triomphe alors le libéralisme échevelé venu des États-Unis d'Amérique et du Royaume-Uni. Le gouvernement Chirac décide en 1986 de ne plus soutenir une industrie qui a reçu de l'État 13 milliards de francs depuis 1983. Le 30 juin 1986, la Normed, privé de l'aide étatique, dépose son bilan. Le 3 octobre 1987, le dernier bateau, un Pétrolier-Ravitailleur-d'Escadre, La Somme, est lancé. La fermeture définitive du site est annoncée pour le 28 février 1989. Se pose alors le problème de sa reconversion.

C'est à ce problème qu'est consacré le reportage.

Le premier projet présenté est le projet Marepolis, conçu par l'ingénieur Klimoff, ancien cadre des chantiers. Dans le cadre d'une société d'aménagement et d'économie mixte consacrée "au génie océanique et à la protection de l'environnement méditerranéen", il s'agit de créer sur 35 hectares un technopôle de la mer autour d'unités de recherche, de formation, de production de hautes technologies et des industries maritimes. Un groupe britannique se propose même de s'associer au projet pour y développer un tourisme lourd  autour d'un Centre mondial de la mer. La démolition des chantiers commence en 1991. Mais très vite, le projet Marepolis capote. La mairie de La Seyne, issue du "système" Arreckx, rompt avec les investisseurs britanniques et rachète la SAEM. La presse britannique dénonce la corruption locale. La ZAC sur laquelle devaient fleurir logements, commerces, pôle d'excellence, est annulée en 1996 et la SAEM est en cessation de paiement un an après. La Seyne reste traumatisée, économiquement, socialement, psychologiquement, avec une friche industrielle entre la ville et la mer, d'où n'émerge plus que l'ancienne porte des chantiers disparus. Il faut attendre le début des années 2000 pour voir redémarrer la réhabilitation d'un site convoité par les promoteurs immobiliers (port de plaisance, entreprises liées à la mer et 4 000 logements prévus).

Jean Domenichino

Transcription

Journaliste
La reconversion des chantiers de la Normed de La Seyne est en bonne voie. Demain, il y aura un premier contact entre la mairie de la Seyne et un groupe franco-britannique qui voulait s'installer à La Ciotat, mais qui, faute de place, s'est donc tourné vers la Seyne, et notamment vers l'association Avenir Chantiers de la Normed. Ils veulent entrer dans le fameux projet Marepolis, une société d'économie mixte dont la création sera annoncée samedi prochain. Jean-François Jolivalt, Christian Hennetier.
Jean-François Jolivalt
La fumée du dernier baroud d'honneur de la CGT et du parti communiste dispersée, c'était en octobre 89, la vente aux enchères du matériel du chantier de la Seyne a pu commencer. 40 millions de francs, un niveau que personne n'espérait plus. Mais que faire de cet espace ? A la Seyne, face à la rade militaire de Toulon, la tentation touristique ne peut être que limitée. Et avec 30% de chômage s'impose à tous la nécessité de créer des activités porteuses d'emploi. D'où l'idée du projet Marepolis, à dire vrai une enveloppe plus qu'un contenu, mais sur lequel se porte un consensus général, ce qui est déjà beaucoup pour une ville, où les rivalités politiques et syndicales ont été, jadis, exacerbées jusqu'à la violence.
Charles Scaglia
Nous constatons que malgré toutes les démarches, les actions que nous avons menées, et ensemble aussi pour essayer de maintenir la construction navale à La Seyne, le résultat, c'est que le chantier naval, c'est terminé. La population, dans son ensemble, en a pris acte, elle le prend en compte, et il nous faut, maintenant, agir, recréer tout un dynamisme, toute une reconversion de notre ville en général, et plus particulièrement sur le site du chantier naval.
Jean-François Jolivalt
Le projet s'appuie, d'un côté, sur le port et le centre ville, de l'autre, sur l'Aiguillette, 35 hectares, moitié au domaine maritime le long de la mer, moitié à la Normed côté ville, avec un thème imposé évident.
Georges Klimoff
La thématique du projet Marepolis, c'est en fait la rencontre du génie océanique et de la protection de l'environnement, en particulier la protection de l'environnement du bassin méditerranéen. Et ce projet doit s'articuler sur 3 espaces : un espace urbain, là où nous nous trouvons actuellement, qui serait donc à la fois un centre de culture scientifique, un centre industriel en tant que vitrine c'est-à-dire un centre d'affaires, un centre de formation. Ensuite, un pôle d'excellence où on pourrait cristalliser un laboratoire de recherches. Et puis, un espace technologique, un parc technologique avec l'accueil d'industries.
Jean-François Jolivalt
Avec la caution de la cité de la Villette, le syndicat mixte qui sera créé le 7 avril proposera 3 secteurs d'activité : urbain, recherche de pointe, industrie de la mer.
Georges Klimoff
Le projet Marepolis est issu d'une identité, une identité locale et régionale qui est articulée sur un tissu de PME et PMI très fort, en tant qu'industries liées plus ou moins à la mer, mais surtout des industries innovantes, mais également ce qui pourrait être en synergie avec les laboratoires de recherche de la DCAN, et également par la présence de l'université de La Garde, de Toulon La Garde.
Jean-François Jolivalt
S'ajoute ou se greffe sur ce concept encore très flou une proposition britannique de génie maritime et de tourisme lourd, une idée destinée primitivement à La Ciotat, et qu'il faudra, là aussi, affiner pour faire prendre la greffe sur la cité.
Charles Scaglia
Ces entreprises considérables qui occupaient un grand espace au coeur de la ville étaient fermées sur elles-même, et étaient inaccessibles pour la ville. Nous voulons donc ouvrir le centre ville sur la rade de Toulon, donc à travers le site du chantier naval, aérer l'espace et l'aménager aussi.
Jean-François Jolivalt
Mais attention à ne pas prendre la proie pour l'ombre, à espérer des largesses des créanciers qui, hier encore, demandaient 67 millions pour céder les terrains de la Normed, alors que le conseil général n'en offre que la moitié. Et l'on sait que l'expropriation est longue.
Journaliste
Evénement demain soir...