Gabriel Bacquier fête ses trente ans de carrière à Aix

21 juillet 1990
03m 29s
Réf. 00503

Notice

Résumé :

Gabriel Bacquier interprète Don Pasquale au festival d'Aix. Après une interruption de 11 ans, le voilà de retour au festival d'Aix en Provence, où Gabriel Dussurget l'a fait débuter dans le rôle de Don Juan en 1960.

Date de diffusion :
21 juillet 1990
Source :
France 3 (Collection: Atr2 )

Éclairage

En 1990, Gabriel Bacquier est de retour à Aix pour la reprise de Don Pasquale donné en 1978 sur la place des Quatre-Dauphins. Mais l'évènement de cette année-là est la production des Indes galantes de Rameau, mises en scène par Alfredo Arias, alors que William Christie - qui devient l'un des piliers du Festival - assure la partie musicale.

À l'instar du Festival de Cannes et du Festival d'Avignon, le Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence fut créé juste après la Seconde Guerre mondiale. L'initiative en revient à Gabriel Dussurget, qui, après un essai concluant en 1947, lança avec quelques amis et sous le patronage de plusieurs mécènes, dont la comtesse Pastré, et avec l'appui de la Société thermale, la première édition du festival d'Aix en juillet 1948. Le premier opéra donné dans la cour de l'Archevêché, aménagée pour l'occasion avec des décors de Georges Wakhevitch, fut Cosi fan tutte de Mozart, resté peu connu en France. L'accueil enthousiaste du public encouragea Gabriel Dussurget à persévérer dans une formule qui mêle toujours opéras et concerts et qui continue de faire la part belle aux opéras de Mozart qu'il va faire découvrir en France. En 1949, le succès rencontré par Don Giovanni dans les décors créés par l'affichiste Cassandre apporte au jeune festival une audience internationale qui en fait rapidement l'un des plus renommés en Europe. Dussurget, qui règne sur le festival jusqu'en 1974, fait découvrir de nombreux talents. Dès 1951, il a ouvert la programmation aux contemporains de Mozart, mais pas seulement puisqu'il ira jusqu'à intégrer des oeuvres du XXe siècle. La cour à ciel ouvert de l'Archevêché est le coeur du festival. Les décors sont signés Balthus, Derain, Giacometti Masson, mais le théâtre à l'italienne conçu par Cassandre en 1949 reste utilisé jusqu'au départ de Gabriel Dussurget en 1972. Son successeur Bernard Lefort entend privilégier le bel canto, les opéras italiens du XIXe siècle - Verdi -, fait venir des divas comme Montserrat Caballe, Ruggiero Raimondi, Jose Contreras, etc. (en même temps que, place des Cardeurs, Joan Baez ou Ella Fitzgerald). Son successeur, Louis Erlo, directeur du Festival de 1982 à 1996, prolonge cet effort, tout en revenant au baroque et à Mozart, dont 1991 sera "l'année".

La cour de l'Archevêché, épicentre de ce grand évènement mondain qu'est aussi le festival, retentit des musiques de Glück, Monteverdi, Haendel, Purcell, etc., alors que des chefs d'orchestre déjà reconnus ou qui vont le devenir, Karajan, Munch, Giulini... sont au pupitre et que nombre de talents, comme Gabriel Bacquier ou Teresa Berganza se font découvrir. Un succès à Aix ouvre les portes de tous les grands théâtres lyriques, comme le souligne le baryton Gabriel Bacquier qui a rencontré la réussite, ici, en 1960, en interprétant Don Giovanni grâce à Dussurget. C'est là qu'a commencé sa carrière de grand "mozartien". En dépit des difficultés financières rencontrées qui pousseront Louis Erlo à abandonner en 1996, le Festival reste un lieu très apprécié des festivaliers du monde entier. On y croise tous les ans au mois de juillet des personnalités et des vedettes, ainsi que nombre de touristes américains, anglais, allemands et hollandais. La musique gagne alors toute la ville, contribuant ainsi à populariser un évènement resté longtemps élitiste. En dépit de moments difficiles, de périodes de vaches maigres et d'engourdissement, le Festival d'Aix se maintient au premier plan comme le grand festival d'art lyrique français et international. Cette position est consolidée par la direction que Stéphane Lissner a assuré de 1997 à 2007, bénéficiant de la rénovation complète du théâtre de l'Archevêché, inauguré en mai 1998, de la création du centre de production de Venelles qui facilite la réalisation de coproductions internationales et de l'élargissement des lieux de spectacle avec la cour de l'hôtel Maynier d'Oppède (1998), le théâtre du Grand-Saint-Jean dans la campagne d'Aix (1999), le théâtre du Jeu de Paume en 2000, et, depuis juin 2007, le Grand Théâtre de Provence. Désormais dirigé par Bernard Froccoulle, ancien directeur du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, le Festival International d'Aix reste l'une des références mondiales en matière d'art lyrique.

Bibliographie :

Alain Gueullette, Le Festival d'Aix-en-Provence. Histoire mythologie, divas, renseignements pratiques, Paris, Éditions Sand, 1989.

Boris Grésillon

Transcription

Journaliste
Caroline était toute petite petite petite quand, en 1960, un jeune chanteur de 36 ans débutait sur cette même scène d'Aix-en-Provence dans Don Juan. Il s'agit de Gabriel Bacquier, Gabriel Bacquier que l'on retrouve 30 ans, après sur les planches, mais dans un rôle un peu plus mâle et un peu plus carré.
Philippe Brochier
Chaque été, Gabriel Dussurget retrouve Aix et l'archevêché.
Gabriel Dussurget
J'ai fait débuter beaucoup beaucoup de jeunes chanteurs. D'ailleurs il n'y avait que ça qui m'intéressait, moi. Alors c'est ça qui est amusant, au fond. Il y a eu Teresa Sich-Randall, il y a eu Teresa Berganza, il y madame Janowitz, madame Rysanek. Ils ont tous débuté ici. Et puis il y a eu monsieur Wunderlich qui est un des merveilleux ténors, et puis voilà monsieur Bacquier.
Gabriel Bacquier
Je suis heureux que ça se passe chez toi.
Gabriel Dussurget
Moi aussi, moi aussi, oui, je suis enchanté. Moi personnellement, j'aimais mieux la jeunesse, n'est-ce pas ?
Gabriel Bacquier
Tu n'en faisais pas partie Gabriel, mais tu m'as découvert tout de même, et ça, c'est formidable.
Gabriel Dussurget
J'ai mis le coup de pouce, quoi.
Gabriel Bacquier
Je l'ai toujours dit. Je le dis à qui veut l'entendre encore. Je dis que grâce à Gabriel, j'ai fait mon premier Don Juan, vraiment mon premier Don Juan ici, et que ça a été le déclic, le départ de ma carrière internationale. Voilà.
Gabriel Dussurget
Et maintenant, je dois dire, et ce n'est pas parce que Bacquier est à côté de moi, je le dis partout : pour moi, monsieur Bacquier, ce n'est pas la plus belle voix. Ce n'est pas vrai. Mais pour moi, monsieur Bacquier est le plus grand Don Juan que j'aie vu depuis 50 ans, voilà.
(Musique)
Philippe Brochier
Mais cette année, il est le Don Pasquale de Donizetti qu'il avait déjà chanté ici, en 1978. Sa fidélité à Aix a cependant été entachée par une interruption contre son gré de 11 ans. Le grand retour a eu lieu l'an passé avec L'Amour des Trois Oranges de Prokofiev. Et depuis 30 ans, Gabriel Bacquier a pris quelques habitudes dans la ville du roi René.
Gabriel Bacquier
Moi, j'aime beaucoup les lieux architecturaux qui font tout le centre de toute façon de la ville, tout ce qui est le noyau, tout ce qui est partie de... qui a fait le Aix que nous connaissons, quoi, avec ses fontaines et avec ses monuments, avec ses portes, ses grilles pour ne parler que de celles de la mairie. Et puis je me plais ici. Je me dis que j'aurais bien acheté, autrefois, quelque chose ici pour y finir mes jours finalement, et puis, je ne sais pas. J'ai laissé passer. J'aurais dû, je ne sais pas, je dis ça comme ça. C'est parce que j'aime le coin, j'aime la ville.
(Musique)
Journaliste
Il est bien quand il parle, il est encore mieux quand il chante.