Réouverture des chantiers navals à La Ciotat

12 novembre 1992
02m 49s
Réf. 00508

Notice

Résumé :

Cinq ans après le dépôt de bilan de la Normed, une possible réouverture des chantiers navals de la Ciotat se profile, sous l'impulsion de l'APAC, les Ateliers de Production pour l'Avenir de la Ciotat.

Date de diffusion :
12 novembre 1992
Source :
France 3 (Collection: Atr2 )

Éclairage

Après la mise en liquidation de Lexmar-France, (février 1991), l'occupation des chantiers par d'anciens salariés au chômage - les "Chevaliers de la lumière" - se poursuit. Les actions pour faire aboutir la réouverture des chantiers ne baissent pas d'intensité. La plus spectaculaire est alors la "marche pour l'emploi" partie de La Ciotat et aboutissant à Paris, avec de multiples étapes destinées à populariser la "lutte de La Ciotat". Cette " marche ", faite en voitures et campings-cars, dure tout le mois de mai 1991. Malgré les assurances données le 31 mai par le Premier ministre Édith Cresson de "rouvrir le dossier de la navale", le dossier de La Ciotat reste bien fermé après la rencontre du 12 juin au ministère de l'Industrie.

Malgré tout, un nouvel essai pour redonner vie aux chantiers est tenté sous l'égide des Ateliers de Production pour l'Avenir de La Ciotat (APAC), dont le capital est réparti entre la Lexmar pour 20 %, Benoît Bartherotte Finances pour le même pourcentage, le reste - 60 % - étant investi par Gilbert Dupin, un ancien conseiller de Jacques Delors et de Laurent Fabius. Membre du comité interministériel de reconversion industriel, en 1984, il s'est occupé du redressement de la verrerie d'Albi en faillite financière à la suite du choc pétrolier de 1974. À La Ciotat, l'APAC se propose d'embaucher près de 160 personnes - dont les 105 "Chevaliers de la Lumière" - pour, dans un premier temps, les réhabituer aux exigences du travail productif. Pour cela, l'entreprise, par la voix de Benoît Bartherotte, envisage de faire venir à La Ciotat un navire à réparer, ce qui attire les réactions de la CGT qui ne veut en aucun cas concurrencer la réparation marseillaise déjà malmenée depuis la disparition des Ateliers Terrin. Pour la CGT, l'objectif essentiel reste la renaissance de la construction navale lourde sur le site de La Ciotat.

L'aventure de l'APAC sera de très courte durée. En fait, il faudra attendre les accords du 17 août 1994 entre l'État, le Conseil général, le Conseil régional, la ville de La Ciotat et la CGT pour que la situation se débloque. Cet accord débouchera sur la mise en place d'une société d'économie mixte, la Société d'économie mixte de développement économique et portuaire (SEMIDEP), destinée à gérer et développer le site des anciens chantiers et d'en conserver sa vocation maritime et nautique. Des sociétés s'installeront pour fabriquer des mâts de deux mètres de diamètre et des éoliennes géantes. Ensuite, avec la société Bouygues Offshore, des caissons en béton destinés à l'agrandissement du port de Monaco seront construits dans la grande forme. Puis ce sera la fabrication par Alstom Hydro Power des roues pour le barrage chinois des Trois Gorges, défi technologique hors norme, chaque roue pesant 425 tonnes pour un diamètre de 10,6 mètres et une hauteur de 5 mètres. Cependant, le véritable tournant sera pris avec l'option de spécialiser le site dans la maintenance et la réparation des grands yachts avec la société Monaco-Marine. En 2002, la décision du gouvernement de réaliser sur le site un ascenseur à bateaux, au détriment de La Seyne qui avait été auparavant pressentie, finalisera définitivement le projet. L'inauguration de l'ascenseur à bateaux en avril 2007 tournera définitivement la page de la construction navale lourde à La Ciotat.

Jean Domenichino

Transcription

Gabrielle Bricet
Madame, monsieur, bonsoir. Etape décisive ou bien nouvel épisode d'un feuilleton interminable ? C'est la question que, ce soir, tous les Ciotadins se posent à propos de l'éventuelle reprise des chantiers navals. Demain, en effet, l'APAC, autrement dit les Ateliers de Production pour l'Avenir de La Ciotat, devraient signer avec la CGT un accord pour l'embauche en contrat «Retour à l'emploi» de 156 ouvriers du site. Si l'accord est conclu, la formation devrait démarrer dès lundi. Reportage d'Annie Almarcha et de Benoît de Tugny.
Annie Almarcha
Une nouvelle société, l'APAC, pour relancer l'activité navale à La Ciotat, et un nouveau patron, jusqu'à présent discret, Gilbert Dupin. Gilbert Dupin détient 60% du capital de l'APAC, Lexmark Corporation détient 20% et Benoît Bartherotte Finances, 20%. Ancien conseiller de Jacques Delors et de Laurent Fabius, Gilbert Dupin était membre du CIRI, le Comité Interministériel de Reconversion Industrielle. Le même CIRI qui a organisé la fermeture des chantiers naval set la reconversion de leurs employés. Gilbert Dupin aime les paris : il a a redressé les Verreries d'Albi. A La Ciotat, il compte sur le savoir-faire des anciens et l'enthousiasme des jeunes.
Gilbert Dupin
La main d'oeuvre nécessaire dans un pays où il y a 3 millions de chômeurs, et dans un bassin d'emploi où il y en a plusieurs milliers, elle existe quelque part. Mais opérationnelle, non. Je crois qu'il faut dire la vérité. C'est pour ça que nous démarrons avec un fond de savoir-faire important, et nous allons former des jeunes BTS qui attendent un emploi sur la région, nous allons former des jeunes diplômés qui vont rentrer dans la carrière, et apprendre des métiers qui existent, d'ailleurs, dans tous les autres secteurs, mais qui, notamment, se retrouvent dans la navale en matière abondante.
Gabrielle Bricet
Il faut devenir crédible.
Annie Almarcha
C'est le pari de l'entreprise. Lundi devrait démarrer la formation de 156 personnes, et à la mi-janvier, un navire doit arriver à La Ciotat pour y être réparé. Seulement voilà, la réparation navale, c'est une spécialité marseillaise. La Ciotat, c'est promis, ne sera pas un concurrent.
Benoît Bartherotte
On va commencer par un premier navire qui a été avarié et qui a du travail dessus. Maintenant, ce qui serait très bien pour nous, c'est si on pouvait amener un certain nombre de travaux, qui ne sont pas forcément parfaitement adaptés pour la formation, ici, à la réparation navale marseillaise, et qui allons sous-traiter une partie à La Ciotat qui est le lieu adapté pour former les gens ici.
Jo Rodriguez
Nous avons comme principe qu'en aucun cas, le chantier naval de La Ciotat ne peut être un chantier de réparation navale concurrençant la réparation navale marseillaise. Nous l'avons dit au repreneur et nous sommes tombés d'accord sur ça. La vocation de La Ciotat, c'est un chantier naval de construction navale.
Annie Almarcha
Près de 5 ans après le dépôt de bilan de la Normed, l'espoir renaît une fois de plus à La Ciotat.