Détournement d'un Airbus d'Air France

26 décembre 1994
03m 45s
Réf. 00514

Notice

Résumé :

La prise d'otages dont avaient été victimes les passagers et l'équipage de l'Airbus A 300 d'Air France assurant le vol Alger-Paris a pris fin. L'avion qui était arrivé à Marignane à 3h30 du matin avait encore 170 personnes à bord. L'aéroport évacué, l'assaut a été donné à l'avion par le GIGN vers 17h45. Les quatre membres du commando ont été abattus, trois membres de l'équipage et neuf gendarmes ont été blessés.

Date de diffusion :
26 décembre 1994
Personnalité(s) :

Éclairage

La guerre civile qui se déroule en Algérie - "l'autre guerre d'Algérie" comme on la nomme - déborde en France de façon spectaculaire avec cette affaire. Un commando des GIA (Groupes islamistes armés) a pris le contrôle d'un Airbus A 300 d'Air France sur l'aéroport d'Alger le 24 décembre au matin. Les GIA, dont les maquis commencent à faire parler d'eux à l'été 1993, sont l'une des expressions les plus fanatiques de l'islamisme algérien. Ils revendiquent la plupart des attentats qui ont eu lieu en Algérie contre les étrangers. Les Français sont une de leurs cibles privilégiées, d'autant que Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, a lancé des actions de répression spectaculaires contre les réseaux de soutien, réels ou supposés, dont ils bénéficient. Le 2 août 1994, l'attentat contre l'ambassade de France à Alger qui fait quatre victimes a encore été l'occasion d'un vaste coup de filet en France.

Les membres du commando cherchent-ils à répliquer et à se venger ? En tout cas, ils n'hésitent pas à abattre trois otages, un policier algérien, un diplomate vietnamien et un jeune employé de l'ambassade de France, pour contraindre le gouvernement algérien à cesser de tergiverser et à laisser partir l'avion. On ne sait quel est leur dessein. L'hypothèse généralement avancée est qu'ils voulaient faire écraser l'airbus sur la Tour Eiffel. Car c'est à Paris qu'ils veulent se rendre.

L'avion finalement décolle d'Alger le 26 décembre vers 2h du matin. Il a 171 passagers à son bord. Il doit se poser à Marignane pour faire le plein de kérosène. Arrivé là une heure et demie après, il stationne en bout de piste. Pendant des heures, une négociation serrée s'engage. Tous les prétextes sont bons pour retarder l'alimentation de l'appareil en carburant. Vers 15h45, le chef du commando ordonne d'approcher l'avion de l'aérogare comme pour menacer de le faire exploser. Les hommes du GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale), sous les ordres du commandant Favier, ont pris position et attendent les conditions les meilleures pour agir. C'est à la nuit tombante, comme on le voit, vers 17h, que l'assaut est donné. L'opération est spectaculaire et efficace. Les quatre membres du commando sont abattus, les otages libérés, le nombre de blessés finalement limité.

En Algérie, la conséquence en est le meurtre de quatre moines, trois Français et un Belge, à Tizi-Ouzou dans les mois qui suivent. En France, c'est un durcissement de la répression contre les islamistes, mais aussi, de la part du ministre des Affaires Étrangères, Alain Juppé, une certaine volonté de prendre des distances vis-à-vis d'un pouvoir algérien, qui n'a pas paru jouer franc jeu dans l'affaire et dont les méthodes sont critiquables.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Annie Ducourant
Madame, monsieur, bonsoir. La prise d'otage de l'Airbus A300 d'Air France a pris fin cet après-midi, sur l'aéroport de Marignane, où l'appareil était immobilisé depuis 3 heures 30 ce matin. Les forces du GIGN ont pris d'assaut l'appareil vers 17 heures 15, alors que 170 personnes étaient toujours à bord. On retrouve tout de suite, à l'aéroport de Marignane, Yves Gerbault. Alors Yves, il y aurait eu plusieurs morts mais aucun parmi les passagers. Est-ce que vous pouvez nous confirmer cette information ?
Yves Gerbault
Oui, effectivement Annie. Ici, les informations sont encore rares et distillées à petites gouttes. C'est donc au niveau parisien que nous avons pu avoir confirmation de ces informations : les 4 membres du commando auraient donc été tués pendant cet assaut. Alors je vous propose de découvrir les images de Bernard Thébault et Jean-Claude Valentin de cet assaut. Ils étaient situés à l'extérieur, bien évidemment, de la zone de sécurité et très loin de l'aéroport, mais avec un doubleur de focale, nous avons pu... Vous le voyez donc, deux équipes du GIGN qui ont pris l'arrière de l'avion par l'assaut. Ils ont fait, donc, exploser les portes arrières. Visiblement, le commando s'est tout de suite réfugié à l'avant de l'avion, ce qui a entraîné un tir nourri ici, à l'extérieur, pendant près de 20 minutes. Nous avons entendu de nombreux coups de feu, des explosions beaucoup plus sourdes. Sans doutes des grenades qui ont dû être utilisées pour faire sauter les portes, permettant l'évacuation des passagers. Vous le distinguez : voilà le toboggan qui vient de tomber, donc, et l'évacuation des passagers qui s'effectue extrêmement rapidement, pendant que la fusillade continue à l'intérieur de l'avion. Nous, bien sûr, à l'extérieur, nous n'avons pu suivre cela grâce au « bruit », entre guillemets, donc peu de précisions encore sur le déroulement exact. Visiblement, les 4 membres du commando terroriste auraient été abattus par les forces du GIGN. L'assaut a duré entre 20 et 25 minutes. Bien évidemment, avant cet assaut, une noria d'ambulances est arrivée autour de l'aéroport, aéroport qui avait été évacué dès 15 heures 30, plus aucune personne à l'intérieur, uniquement des forces de l'ordre. Un aéroport et un périmètre de sécurité extrêmement important qui ont permis, donc, cette opération qui s'est déroulée en 30 minutes. Vous le voyez encore, vous l'avez deviné : sur une aile, les membres du commando du GIGN qui sont donc intervenus. Près d'une vingtaine d'hommes serait intervenue. Alors du côté des blessés, le bilan donc des blessés et des morts : les 4 membres du commando terroriste auraient été abattus. 3 membres de l'équipage auraient été blessés. 9 gendarmes auraient également été blessés, dont un aurait eu la main arrachée. Peut-être nous allons découvrir les images de ces blessés qui sont sortis quelques instants près de l'aéroport. Vous les voyez. Plus d'une cinquantaine d'ambulances venant de tout le département étaient massées autour de l'aéroport. Visiblement les passagers, et on l'imagine, bien évidemment, étaient fortement choqués, par ce très très long, trop long séjour à bord de l'Airbus A300. Ils ont donc eu besoin de quelques soins médicaux, «débrieffés» comme on dit dans ce jargon un petit peu technique. Maintenant, la situation est beaucoup plus calme autour de l'aéroport. L'aéroport est toujours fermé. Aucun vol n'a repris à l'heure actuelle mais la noria des ambulances s'est quelque peu calmée. Et la situation est donc la suivante, je vous le disais : les 4 membres du commando auraient été tués, 9 policiers blessés, dont un avec la main arrachée, et plusieurs passagers simplement commotionnés à la suite de cette très très longue prise d'otage.
Annie Ducourant
Merci, Yves, pour toutes ces précisions. Nous vous retrouvons un petit peu plus tard dans ce journal. Alors retour sur le déroulement de cette prise d'otage à Marignane. C'est après l'exécution d'un troisième otage sur l'aéroport d'Alger, que les autorités algériennes ont accepté le départ de l'avion pour la France, la nuit dernière. Trois destinations avaient été retenues dans le sud de la France. C'est finalement Marignane qui a été choisi pour des questions de sécurité. Retour sur les événements de la nuit avec Serge Dupouy...