Jean-Louis Bianco président du Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence

27 mars 1998
01m 59s
Réf. 00524

Notice

Résumé :

Après les élections cantonales de mars, qui ont donné l'égalité des sièges à la droite et à la gauche, la présidence du Conseil général devait revenir à Lucien Villecroze, doyen d'âge et UDF. Or, à la surprise générale, le socialiste Jean-Louis Bianco est élu par 16 voix contre 14. Le vote en sa faveur d'un conseiller de droite a fait basculer le département à gauche, d'où la réaction très vive contre le "traître" des chefs de file de la droite.

Date de diffusion :
27 mars 1998
Source :

Éclairage

Le département des Alpes-de-Haute-Provence a été très longtemps l'un des fiefs de la gauche provençale. La présidence du Conseil général avait été tenue par un socialiste depuis la Libération. La domination de la gauche a commencé à vaciller à la fin des années 1970, avec, en particulier la conquête de la mairie de Digne, la préfecture, par Pierre Rinaldi, chef de file du RPR dans le département. Dans ce département d'arrière-pays, dont les hautes terres ou les plans ont été vidés pendant plus d'un siècle par l'exode rural et qui compte des cantons parmi les moins peuplés de France, la présidence du Conseil général est devenue un enjeu d'autant plus disputé entre la droite et la gauche dans les années 1980 que l'écart de voix était faible et que les relations personnelles pouvaient compter autant que les étiquettes. Entre 1982 et 1992, elle a vu se succéder les présidents élus au bénéfice de l'âge, jusqu'à ce que Pierre Rinaldi consolide sa position de patron de la droite locale en conquérant cette présidence.

Avec l'arrivée de Jean-Louis Bianco dans la vie politique d'un département où il avait des attaches, la gauche retrouvait un leader, bien que celui-ci ait rencontré d'abord l'échec dans le secteur de Forcalquier où il résidait. Conseiller d'État, secrétaire général de la Présidence de la République avec François Mitterrand de 1982 à 1991, deux fois ministre entre 1991 et 1993 (des Affaires sociales et de l'Intégration, puis de l'Équipement, du Logement et des Transports), il fut élu conseiller général de Digne-Est en 1994 avant de battre Pierre Rinaldi aux élections municipales de 1995 et de devenir maire de la préfecture. Deux ans après, en 1997, il était élu député des Alpes-de-Haute-Provence. Son élection à la présidence du Conseil général en 1998 constitue un camouflet supplémentaire pour Pierre Rinaldi, qui avait été invalidé de son mandat de député en 1993, qui venait d'être mis en examen pour avoir contribué à la construction de la route desservant la secte du Mandarom et qui perdait donc la tête du département. C'était aussi un échec pour la droite départementale (UDF-RPR) qui aurait dû conserver la présidence au bénéfice de l'âge et la confier au maire d'Allemagne, Lucien Villecroze.

Même si le département reste très disputé, Jean-Louis Bianco a été constamment réélu à la présidence du Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence depuis 1998.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Gabrielle Bricet
C'était donc aujourd'hui l'épilogue des élections cantonales des 15 et 22 mars à travers l'élection des présidents des conseils généraux. Commençons par la surprise de la journée qui a eu lieu dans les Alpes de Haute Provence. A l'issue des élections, la gauche et la droite étaient à égalité, on pensait donc que l'élection se déroulerait au bénéfice de l'âge, il n'en fut rien, c'est finalement le socialiste Jean-Louis Bianco qui succède au RPR Pierre Rinaldi. Reportage Patrice Geandrot, Dominique Charbonnier.
Patrice Geandrot
Selon l'arithmétique, Lucien Villecroze, le doyen, devait devenir président. Mais arithmétique rime mal avec politique. Au premier tour, après trois quart d'heure de séance, Jean-Louis Bianco était élu avec 16 voix contre 14. Une voix de droite s'est égarée, une rancoeur locale a pris le pas sur l'esprit de groupe.
(Applaudissements)
Gérard Velin
Les électeurs qui ont voté pour un candidat RPR se reconnaîtront et j'espère qu'ils lui feront savoir que il a trahi pour aller voter pour un candidat socialo-communiste.
Pierre Rinaldi
La gauche plurielle enlève la présidence de ce conseil général à cause d'une traître, et je crois que ce mot traître veut bien dire ce qu'il veut dire, et je crois que la gauche n'a pas à se pavoiser d'avoir été élue avec une traîtrise d'un élu de la droite.
Patrice Geandrot
Le public était venu nombreux pour assister à cette demi surprise. Le département bascule donc, le nouveau président a défini la stratégie de son mandat.
Jean-Louis Bianco
Le département ne peut pas reposer sur le tout tourisme, c'est pourquoi nous mettons en place dès les prochaines semaines, une cellule d'appui aux entreprises existantes, qu'elle soit commerciales, artisanales ou agricoles. Nous allons mettre en place également une plate-forme pour le développement de nouvelles entreprises, notamment dans le domaine des nouvelles technologies. Le tourisme est un atout majeur pour notre département, il faut valoriser encore plus, mais ça n'est pas la seule forme de développement.
Patrice Geandrot
10 h 45, le président était élu, fin de matinée, l'assemblée avait désigné sa commission permanente et ses présidents de commission.
Gabrielle Bricet
Et dans les Hautes Alpes en revanche, pas de surprise, c'est bien..