Cyclisme : arrivée du Paris - Nice

16 mars 1969
03m 19s
Réf. 00601

Notice

Résumé :

Au cours de l'ultime étape contre la montre entre Nice et La Turbie, Eddy Merckx, Jaques Anquetil et Raymond Poulidor se disputent la victoire du Paris-Nice de 1969. Finalement, Merckx, l'emporte devant Poulidor et Anquetil.

Date de diffusion :
16 mars 1969
Source :
Thèmes :

Éclairage

Paris-Nice est l'une de ces courses à étapes que l'on considère comme des "classiques". Appelée aussi la "course du soleil",  elle ouvre chaque année la saison cycliste depuis 1933. Elle a été créée par Albert Lejeune, directeur du Petit Journal. Ce quotidien, fondé en 1863, s'est très tôt intéressé à la bicyclette qu'il considère dès les années 1860 comme "une satisfaction donnée à ce besoin universel d'aller vite". En 1869, le Petit Journal s'associe au Vélocipède illustré pour organiser une course entre Paris et Rouen. En 1891, son directeur lance la course Paris-Brest-Paris. Le Petit Journal participe de cette relation d'intérêt réciproque entre la presse et les compétitions sportives, en développement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle (le Tour de France est ainsi fondé, en 1904, par le quotidien sportif L'Auto). Au début des années trente, le Petit Journal lance une nouvelle course cycliste pour tenter d'enrayer un déclin amorcé au début du XXe siècle, époque où sa diffusion avoisinait le million d'exemplaires. La place croissante du sport dans les colonnes des journaux et le recours au photojournalisme semblent constituer un contexte favorable.

La course survit à la disparition du journal en 1944. Elle est organisée sous l'appellation Paris-Côte d'Azur à partir de 1951, avant de redevenir Paris-Nice, en 1954. Les plus grands coureurs viennent s'y disputer la victoire, de René Vietto en 1935, à Louison Bobet en 1952. Dans les années 1960, Jacques Anquetil s'y impose à cinq reprises (1957, 1961, 1963, 1965, 1966). En 1966, son duel victorieux avec Raymond Poulidor passionne le public.

En 1969, les deux coureurs parmi les plus populaires de l'histoire du cyclisme se retrouvent sur les routes de Paris-Nice. Toutefois, cette année-là, un coureur belge de vingt-quatre ans se mêle à la lutte pour la victoire. Eddy Merckx, vainqueur de Paris-Roubaix et du Tour d'Italie, au cours de la saison précédente, est même en tête à la veille de la dernière étape. Cette étape est traditionnellement une course contre-la-montre. En 1969, la ligne d'arrivée ne se trouve cependant pas à Nice, mais à La Turbie au sommet du col d'Eze. Le départ des coureurs est donné sur la promenade des Anglais. Jacques Anquetil, âgé de 35 ans, ne parvient pas à refaire son retard, pas plus que Raymond Poulidor, pourtant très soutenu par le public venu en masse au bord de la route. Merckx remporte donc la première de ses trois victoires consécutives dans cette course. Et Raymond Poulidor conforte dans l'opinion son statut d'"éternel second". Pourtant, il remportera ensuite la course en 1972 et 1973. Jusqu'à nos jours, les plus grands coureurs ont inscrit leur nom au palmarès de l'épreuve.

Stéphane Mourlane

Transcription

(Musique)
Richard Diot
Cet après-midi à Nice, tout était réuni pour faire de la dernière étape de Paris-Nice une course exceptionnelle. Le beau temps était au rendez-vous, Poulidor aussi, qui sera encouragé dans la Turbie par plus de 50.000 spectateurs sur les 9 km 500 contre la montre. Poulidor peut encore gagner Paris-Nice. Marc Pasquier et Jean-Baptiste Merlin le savent bien. Pour gagner la course de [incompris] Raymond Poulidor doit reprendre 29 secondes à Eddy Merckx, le porteur du maillot blanc. Après la mi-course, au milieu d'une foule acquise à sa cause, il rejoint le hollandais Janssen parti une minute et demi avant lui. A ce moment là, Poulidor croit en la victoire. Sur les 4 derniers kilomètres, il va véritablement donner le maximum de lui-même. Jamais peut-être Raymond Poulidor n'a semblé aussi peu résigné qu'aujourd'hui. C'est avec une détermination et un courage exceptionnel qu'il se hisse au sommet de la Turbie au milieu d'une foule énorme.
(Musique)
Richard Diot
21 minutes et 2 secondes, pour les 9 km 500, Poulidor est crédité du meilleur temps, provisoirement car Anquetil et Merckx ne sont pas encore arrivés. Pour Jacques Anquetil, la tâche est encore plus ardue que celle de Poulidor. Anquetil doit reprendre 45 secondes à Eddy Merckx s'il veut gagner Paris-Nice pour la 6ème fois. Jacques Anquetil est peut-être en aussi bonne forme que les autres années, mais pour gagner ce 19ème Paris-Nice exceptionnel, il sait qu'il faut être en état de grâce.
(Musique)
Richard Diot
Il veut oublier qu'Eddy Merckx est plus jeune que lui de plus de 10 ans. A 35 ans, Jacques Anquetil demeure avec Poulidor le plus redoutable adversaire de la jeune génération représentée par Merckx. Merckx est un peu inquiet au départ. Harcelé par l'équipe de Geminiani et par celle d'Antonin Magne depuis lundi matin, il se demande s'il ne va pas se ressentir des efforts produits depuis 7 jours.
(Musique)
Richard Diot
L'opinion des spectateurs est vite établie. Ce n'est peut-être pas le style admirable d'Anquetil, ni celui, plus régulier de Poulidor, mais c'est terriblement efficace. Un moment, il semble peiner, ce n'est qu'une impression. Dans un style heurté, à l'arraché pourrait-on dire, sous les encouragements de Guillaume Driessens, son directeur technique, Merckx rejoint Anquetil parti une minute et demi avant lui. Pour Anquetil c'est fini, il est battu, mais Merckx ne sait pas encore s'il a battu Poulidor et il sprinte dans les 200 derniers mètres.
(Musique)
Richard Diot
Sa performance va faire l'effet d'une douche froide sur les spectateurs. 20 minutes 40 secondes, Eddy Merckx a gagné Paris-Nice. Anquetil est battu de 2 minutes 17 secondes, Poulidor de 51 secondes. Après le championnat du monde, le tour d'Italie, Milan-San Remo, Paris-Roubaix, Eddy Merckx inscrit Paris-Nice à son palmarès déjà bien rempli. 1er Merckx, 2ème Poulidor, 3ème Anquetil, c'est le plus beau tiercé d'un Paris-Nice hors série, qui aura sacré un champion lui aussi hors série.
(Musique)