L'affaire Dominici

19 novembre 1953
01m 54s
Réf. 00605

Notice

Résumé :

Gaston Dominici avoue son crime dans l'Affaire de Lurs. Il dit avoir assassiné les membres de la famille Drummond, avant de jeter les corps dans la Durance. Le commissaire Sebeille se félicite de ces aveux.

Date de diffusion :
19 novembre 1953

Éclairage

L'affaire Dominici, désignée aussi comme la "tragédie" ou "le crime" de Lurs, a défrayé la chronique judiciaire des années cinquante, mais elle continue aujourd'hui à susciter passion, curiosité, livres et films. Dans cette célébrissime affaire à rebondissements, le rôle des médias a été très important.

Dans la nuit du 4 au 5 août 1952, six coups de feu sont tirés près de la ferme de La Grand'Terre, à Lurs, dans les Basses-Alpes (actuelles Alpes-de-Haute-Provence). Quelques heures plus tard, les corps de Jack Drummond, de sa femme Ann et de leur fille Élizabeth, âgée de dix ans, sont trouvés en bordure de la route nationale 96. Les Drummond, de nationalité britannique, s'étaient arrêtés là pour camper. Les corps ont été découverts par Gustave Dominici, qui habite la ferme. Le commissaire Edmond Sébeille, venu de Marseille, retrouve l'arme du crime, une carabine d'origine américaine datant de la guerre. Il soupçonne Gaston Dominici, le patriarche de la Grand'Terre, qui nie les faits. Son enquête va durer plus d'un an, parlant provençal avec Gaston, essayant de le mettre en confiance. Ses fils, Gustave (condamné en novembre 1952 pour non assistance à personnes en danger) et Clovis, accusent leur père et celui-ci, à son tour, désigne son fils Gustave. Le "clan" Dominici se déchire. Des aveux sont faits plusieurs fois et rétractés. Le mystère de ces assassinats, la rencontre entre deux mondes, celui de touristes étrangers et celui de campagnards frustes, passionnent le public et les médias, fascinés par les thèses qui s'opposent : le crime passionnel (Dominici aurait fait des propositions sexuelles à Mme Drummond, et aurait voulu faire taire le mari), le règlement de comptes (Drummond serait un agent secret britannique), le conflit de famille autour de la ferme, la méprise (Drummond a été pris pour un "agent" américain). Les souvenirs de la Résistance remontent. Gabriel Domenech, journaliste au quotidien de droite Le Méridional, met en cause les maquisards FTP (dont Gustave faisait partie) et les communistes, ce qui lui donnera une telle notoriété locale qu'il sera élu conseiller général du canton de Peyruis contre le sortant communiste en 1958 et, quelques mois après, député UNR du secteur.

En novembre 1953, Gaston Dominici vient d'avouer qu'il est l'assassin, ce qui conforte la thèse du commissaire Sébeille ; une reconstitution est ordonnée sur les lieux du crime, en présence de la presse et d'un public curieux, visible à l'écran.

Le procès Dominici débutera le 17 novembre 1954 à Digne : il a une ampleur internationale et mobilise les grands noms du journalisme et des écrivains comme Armand Salacrou et Jean Giono, venu en voisin et en parfait connaisseur de la paysannerie locale. Gaston, le vieux paysan moustachu de 77 ans, qui a troqué le pantalon de velours et la talhola (la ceinture de flanelle) pour une tenue de ville, tient la vedette avec ses foucades, ses réparties, ses silences. Au bout de douze jours d'audience, il est déclaré coupable, sans circonstances atténuantes, malgré l'absence de preuves. Il est condamné à mort. Le verdict ne clôt pas le dossier car une nouvelle enquête est ordonnée peu après, compte tenu de certaines invraisemblances relevées durant le procès. Cette contre-enquête, diligentée à la demande de la Chancellerie, est conduite par des "parisiens", des policiers célèbres, dont le commissaire Chenevier (persuadé que le crime ne peut avoir été commis par un seul homme), snobant le "provincial" Sébeille et jouant de la médiatisation. Mais elle fait chou blanc. En 1957, le président de la République, René Coty, commue sa peine en travaux forcés à perpétuité, qu'il purge à la prison des Baumettes, à Marseille, et, le 14 juillet 1960, le général de Gaulle lui accorde sa grâce. Dominici retourne dans sa ferme, devient l'ami d'un moine bénédictin du monastère tout proche de Ganagobie qui a reçu sa confession. Gaston Dominici décède en 1965, emportant le secret de son implication dans ce triple meurtre.

Bibliographie :

Jean Meckert, La Tragédie de Lurs, Paris, Gallimard, 1954 (rééd. Joëlle Losfeld, 2007).

Jean Giono, Notes sur l'affaire Dominici, Paris, Gallimard, 1955.

Edmond Sébeille, L'affaire Dominici. La vérité sur le drame de Lurs, Paris, Plon, 1970.

Gabriel Domenech, Comment devenir député, Paris, Albin Michel, 1973.

Filmographie :

Outre plusieurs documentaires,

L'Affaire Dominici, Claude Bernard-Aubert, 1972 (avec Jean Gabin dans le rôle de Gaston Dominici).

L'Affaire Dominici, Pierre Boutron, 2003 (téléfilm avec, cette fois-ci, Michel Serrault dans ce rôle et Michel Blanc dans celui du commissaire).

Marie-Françoise Attard

Transcription

(Musique)
Journaliste
Voici l'assassin. Gaston Dominici, le gand-père, a avoué son crime. La veille encore, malgré les dénégations forcenées des femmes de la famille, qui injuriaient les enquêteurs, sa culpabilité ne faisait plus de doute. Ses deux fils, Gustave d'abord, Clovis ensuite, qui avait fini par parler après 15 mois de silence, avaient montré dans une grange de la Grande Terre, la place où le père était allé décrocher l'arme avec laquelle il allait abattre la famille Drummond, et qu'il avait ensuite jetée dans un trou de la Durance.
(Musique)
Journaliste
A nouveau, malgré les cris et les serments des femmes, Clovis et Gustave remontaient en voiture pour être ramenés à Digne.
(Musique)
Journaliste
A Digne, au palais de justice, l'audition de l'aïeul se poursuivait. C'est là qu'après 36 heures d'interrogatoire, il devait dire enfin : c'est moi. Malgré les routes barrées, c'est devant une foule où l'on reconnaissait, Paul Maillet, l'un des premiers témoins, que Gaston Dominici a été ramené à la Grande Terre pour la reconstitution de l'effroyable drame. Sous la direction du commissaire Sébeille, autour de la voiture des Drummond, ramenée pour la circonstance, on revoyait se dérouler les phases du crime.
(Musique)
Journaliste
On revoyait Gaston Dominici faire les gestes de la nuit tragique.
(Musique)
Journaliste
Le silence est brisé. Grâce aux efforts du commissaire Sébeille, enfin triomphant après 15 mois de patience, le crime aura son châtiment. Les trois victimes de l'affreux vieillard seront vengées. La justice a eu le dernier mot.