Cinq colonnes à la Une : le Sergent Robert

09 janvier 1959
15m 55s
Réf. 00607

Notice

Résumé :

La famille d'un soldat, originaire de Bonnieux (Vaucluse), est présentée dans son environnement familier - la ferme, la cuisine - au début du reportage. La caméra montre ensuite ce héros d'un soir en Algérie, dans le djebel, au milieu de ses camarades. On le voit participer à "l'action pacificatrice" (soins médicaux, scolarisation, encadrement sportif), puis aux opérations en cours, et enfin au retour à la caserne. L'émission se termine comme elle a commencé, avec les parents du héros.

Type de média :
Date de diffusion :
09 janvier 1959
Source :

Éclairage

À l'occasion de son premier numéro, le nouveau magazine télévisé Cinq colonnes à la une consacre un reportage à un soldat considéré comme exemplaire et représentatif de ces dizaines de milliers de jeunes appelés qui, depuis 1956, sont envoyés en Algérie. Le héros de cette soirée, Charlie Robert, est originaire de Bonnieux. La première partie du reportage se passe chez ses parents, une famille d'agriculteurs provençaux. Après avoir montré leur décor quotidien, les abords de la ferme, la tablée familiale, la caméra retrouve les parents et l'une des soeurs installés, le soir du Nouvel An, dans la cuisine (qui est, dans le milieu rural, la pièce où l'on vit). Interviewés par un journaliste radio très connu, Roland Dhordain, dont l'aisance et le ton contrastent avec leur simplicité, ils sont extrêmement émus - et sans doute flattés - par la présence de la caméra et de l'équipe qui vient ainsi bouleverser leur univers. Les mots ne sortent pas facilement dans un milieu et à une époque où la télévision garde un caractère extraordinaire. L'émotion est aussi suscitée par la présence presque simultanée de ce fils qui va rentrer bientôt, mais qu'ils n'ont pas vu depuis plusieurs mois, depuis qu'il se trouve, loin, en Algérie, et pour lequel ils s'inquiètent.

Le reportage est évidemment contrôlé par les services de propagande de l'armée. Les images (guerre et pacification) ne sont pas choisies au hasard, pas plus que le héros de la soirée. Il est l'image même du bon soldat, méritant, venant d'un milieu simple et dixième d'une famille de douze enfants. Chef de groupe au 15e Bataillon des tirailleurs algériens, il se trouve dans la région des monts Hodna, au sud de Sétif. Cette région semi-désertique et déshéritée, en lisière des Hauts Plateaux, est une zone de passage pour les groupes du FLN qui bénéficient de la solidarité de la population. Les accrochages y sont fréquents, comme le général Buis, qui y commandait, en a témoigné. Dans ce reportage, l'armée française est montrée sous son meilleur jour. Ses hommes, installés sur les pitons, tiennent le djebel, du moins durant la journée. Le fortin, en cours de construction, dans lequel ils sont casernés domine la plaine et ses mechtas. Le secteur est régulièrement ratissé avec, éventuellement, un appui aérien. Mais, si l'on tient à montrer l'armée en opération - et dans une position qui rassure sur son contrôle du terrain -, le reportage insiste aussi sur ce que l'on désigne comme "l'action pacificatrice". L'assistance médicale gratuite est assurée auprès des populations, dont on mesure l'état de misère, par les infirmiers - improvisés - des unités. L'armée fait également un effort notable de scolarisation en utilisant les enseignants qui se trouvent sous les drapeaux et les appelés qui ont, comme Charlie Robert, quelques aptitudes à l'encadrement des jeunes. Rien n'est dit des exactions et destructions qui accompagnent souvent les opérations dans les mechtas, ou des internements arbitraires et autres violences (torture systématique, exécutions sommaires) que le pouvoir métropolitain tente difficilement de limiter. Cette réalité-là, ce sont au même moment des reportages dans la presse engagée qui, en dépit, de la censure, la dévoilent. Ce sont aussi les lettres que les appelés adressent à leur famille qui peuvent en témoigner. Ce que le reportage met ici en évidence, c'est l'importance du lien qui est assuré par le courrier, tant du côté de la famille où l'on attend l'arrivée du facteur, que du côté de l'appelé qui n'est pas moins impatient.

En dépit de ses silences, le reportage donne à voir des pans de réalité "ordinaire" avec une certaine simplicité. Elle rompt avec l'emphase d'autres émissions qui sont, elles, de pure propagande. C'est sur ce type de reportage portant sur le quotidien des gens "d'en bas", leurs problèmes, leurs loisirs, l'ordinaire de la vie, que Cinq colonnes à la une va construire une partie de son originalité. Mais ce magazine que Pierre Lazareff vient de lancer en y associant Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère, offre aussi une remarquable fenêtre sur le monde, avec une ouverture et une liberté de ton qui tranche avec le conformisme de la télévision d'alors. C'est ce qui fera son succès et explique la trace qu'il continue de laisser dans les mémoires.

Bibliographie :

Georges Buis, La Grotte, Julliard, 1961.

Jean-Marie Guillon, Paul-Albert Février, un historien dans l'Algérie en guerre, un engagement chrétien, Paris, Éditions du Cerf, 2006.

Jean-Charles Jauffret, Soldats en Algérie, Paris, Autrement, 2000.

Filmographie :

INA, Cinq colonnes à la une, DVD (sélection des émissions), 2007.

Jean-Marie Guillon

Transcription

André Hugues
Dites, je vous demande pardon de vous interrompre, vous êtes instituteur ?
(Musique)
Pierre Desgraupes
C'est en effet sur ces images prises pour la première fois parmi les hommes d'une compagnie opérationnelle en Algérie, que nous avons tenu à ouvrir ce premier numéro de Cinq Colonnes à la Une. L'Algérie où vivent et se battent des milliers et des milliers de jeunes gens de France, les Appelés. Nous allons vous faire vivre ce soir la vie de l'un d'eux, le sergent Charlie Robert, 1ère section, 3ème compagnie, 15ème bataillon de tirailleurs algériens. L'histoire du sergent Robert, elle s'inscrit entre ce piton rocheux en Algérie - sa vie d'aujourd'hui - et ce village de Provence où habitent ses parents - sa vie d'hier. Quand le sergent Robert pense à la France, c'est à ce village, à cette maison qu'il pense. Sa maison et son village natal. Il pense à ce visage qui est celui de sa mère, à cet instant qui presque à la même heure dans tous les villages de France, est le meilleur de la journée : l'instant du facteur.
(Musique)
Pierre Desgraupes
Il pense aussi sans doute à ce remue-ménage bruyant qui est celui d'une maisonnée de 11 enfants. Le 12ème n'est pas là, car le 12ème c'est lui, le sergent Robert.
(Musique)
Pierre Desgraupes
Il pense à cette tablée de midi où l'on commentait il n'y a guère longtemps en riant ses exploits d'adolescents et où aujourd'hui on lit ses lettres à haute voix à l'heure sacrée du repas, dans un silence recueilli. Alors ce soir, à l'occasion du nouvel an, Cinq Colonnes à la Une a voulu offrir un cadeau à la famille Robert, et à travers elle à toutes les familles de France, dont des êtres chers se battent en Algérie. Grâce à nos envoyés spéciaux André Hugues et Roland Hulot, grâce à la télévision qui abolit les distances, grâce à notre collaborateur Roland Dhordain, qui se trouve en ce moment en Provence auprès d'eux devant le petit écran, nous allons faire vivre pendant quelques instants à son père, à sa mère, à ses frères et à ses soeurs la vie du soldat Robert de la 1ère section, 3ème compagnie, du 15ème bataillon de tirailleurs algériens. Alors Dhordain, sommes-nous prêts ?
Roland Dhordain
Le cercle de famille est un peu restreint ce soir, mais il y a beaucoup d'émotion ici, vous devinez pourquoi. Madame Robert, merci de nous avoir reçu, je ne présente pas non plus monsieur Robert, nous l'avons vu. Mademoiselle Annie, vous êtes quel numéro de la famille, vous qui représentez les enfants ce soir. Vous êtes le numéro combien ?
Annie Robert
Le 8ème.
Roland Dhordain
Le 8ème, eh bien vous allez donc voir grâce aux envoyés spéciaux de Cinq Colonnes à la Une, le document tourné il y a quelques 24 ou 48 heures en Algérie. Alors si vous êtes prêts, Paris, à vous !
Pierre Desgraupes
Eh bien madame Robert, monsieur Robert, à partir de cet instant, c'est à vous que nous allons nous adresser. Regardez bien ces vues, elles ont été prises avec votre fils, il n'y a pas 48 heures en Algérie. Et j'ai en ce moment à côté de moi le lieutenant Philippe Héduy qui appartient au même bataillon que votre fils et qui est arrivé la nuit dernière tout exprès de Sétif pour faire vivre à votre intention ces images que vous n'avez sans doute jamais vues, et auxquelles pourtant vous avez du si souvent songer. Alors, lieutenant Héduy, où sommes-nous ?
Philippe Héduy
Eh bien nous sommes sur la piste, l'unique piste qui conduit au poste où vit actuellement le sergent Robert. Donc plus généralement nous sommes au pied des monts du [incompris], massif du [incompris], qui se trouve entre les Aurès et la Kabylie et qui est un des derniers refuges de la rébellion.
Pierre Desgraupes
Je crois d'ailleurs que dans quelques secondes, on va apercevoir des guetteurs sur une crête et parmi eux se trouvent, ce jour-là, se trouvait ce jour-là le sergent Robert.
Philippe Héduy
Exactement, comme chaque fois, chaque jour, le convoi qui monte vers le poste est protégé.
Pierre Desgraupes
Le voilà.
Philippe Héduy
Le voilà, Charlie. Charlie, qui est chef de groupe de combat, et voici son groupe de combat. Ils se tiennent sur la crête à environ 1.200 mètres d'altitude.
André Hugues
Bonjour.
Soldat
Bonjour.
André Hugues
Merci de nous protéger.
Soldat
C'est rien, c'est notre boulot.
André Hugues
Vous êtes d'où ?
Soldat
De Nantes.
André Hugues
Quel âge ?
Soldat
22 ans.
André Hugues
Vous êtes appelé ?
Soldat
Oui, appelé.
André Hugues
Durée de service ?
Soldat
24 mois en Algérie.
André Hugues
Et combien de permission en 2 ans ?
Soldat
15 jours seulement.
André Hugues
Pas beaucoup. Qu'est-ce que vous faites dans le civil ?
Soldat
Pâtissier.
André Hugues
Ah bien j'irai vous voir à Nantes. Et vous ?
Soldat 2
Moi je suis originaire de Toulouse.
André Hugues
Et votre métier ?
Soldat 2
Mécanicien.
André Hugues
Bravo ! Ah voilà le chef de section.
Sergent Baoui
Sergent [Baoui].
André Hugues
Combien d'années de service ?
Sergent Baoui
12 ans.
André Hugues
Ca, c'est un vieux tirailleur, c'est bien. Et vous ?
Tirailleur
Tirailleur [incompris].
André Hugues
Ah vous êtes alsacien vous ?
Tirailleur
Non je suis Lorrain.
André Hugues
Lorrain, et quel métier ?
Tirailleur
Scieur.
André Hugues
Et le copain à côté ?
Tirailleur 2
Moi je suis parisien, du 9ème arrondissement.
André Hugues
Bravo !
Pierre Desgraupes
Regardez bien madame Robert.
André Hugues
Hep, hep, hep, vous n'êtes pas le sergent Robert ?
Charlie Robert
Ah c'est moi le sergent Robert, 3ème compagnie de tirailleurs algériens.
André Hugues
Ah ben ça tombe bien justement on voulait vous voir. Euh en ce moment, votre père, votre mère, vos frères, vos soeurs sont en train de vous regarder, alors si vous avez quelque chose à leur dire, profitez-en.
Charlie Robert
Ah ben je peux leur dire que je les embrasse bien fort, et au plaisir de les revoir bientôt parce que naturellement je suis de la classe.
André Hugues
Bravo.
Charlie Robert
Je m'excuse de... Il faut que j'aille revenir le poste que vous arrivez. Allez tu peux y aller.
Tirailleur 2
Piémontais noir, ici Piémontais noir mobile, je vous signale l'arrivée du convoi, reçu, parlez !
Pierre Desgraupes
Vous voyez, Philippe Héduy, que en ce moment la famille Robert regarde ces images. Nous allons donc essayer de faire vivre une journée du sergent Robert à son père et à sa mère. Et nous allons commencer par l'endroit où il se réveille chaque matin qui est ...
Philippe Héduy
Qui est euh le poste, un poste tout nouvellement construit, qui n'est d'ailleurs pas entièrement achevé. Ce poste se trouve au centre d'une région complètement dénudée.
Pierre Desgraupes
Combien y a-t-il d'hommes dans ce poste ?
Philippe Héduy
Une centaine, une centaine euh divisée comme ceci : 50% environ de français de souche et 50% de français musulmans. Ce qui est à peu près l'effectif d'une compagnie normale.
Pierre Desgraupes
Et au-delà des murs de ce poste ?
Philippe Héduy
Le djebel, vous apercevez le djebel et dans ce djebel, les fellagas.
Pierre Desgraupes
Est-ce qu'on les aperçoit par exemple, est-ce que ce guetteur, est-ce que le sergent Robert lorsqu'il est sur cette terrasse...
Philippe Héduy
Il arrive, il arrive que l'on aperçoive quelques guetteurs là, exactement au sommet de cette montagne.
Pierre Desgraupes
Et qui vit dans ce village ?
Philippe Héduy
Vous ne vous rendez pas peut-être bien compte mais ces mechtas, ces maisons, euh sont à quelques, à 50 m environ du poste. Le poste protège.
Pierre Desgraupes
Voilà Robert, où va-t-il ?
Philippe Héduy
Robert est accompagné d'une, d'un jeune appelé comme lui, qui est le taleb, le taleb qui est aussi l'infirmier de la compagnie, le taleb est le maître d'école du village.
Taleb
Ah aujourd'hui il a plu hein ?
Charlie Robert
Il fait pas beau hein.
(Bruits)
Philippe Héduy
Vous ne vous rendez peut-être pas bien compte mais une scène comme celle-ci était absolument impensable il y a 2 ans. Et c'est parce que pendant plusieurs mois, Charlie et le taleb se sont promenés dans ces mechtas que vous pouvez voir ces images.
(Bruits)
Taleb
Maintenant tu viens à l'école Aziza hein ? Non.
André Hugues
Vous êtes médecin alors, je vous vois soigner ?
Taleb
Non.
André Hugues
Qu'est-ce que vous faites dans le civil ?
Taleb
Je suis plâtrier à Villenauxe la Grande, dans l'Aube.
André Hugues
Vous êtes un appelé ?
Taleb
Oui.
André Hugues
Quel âge avez-vous ?
Taleb
22 ans.
André Hugues
Et vous venez de parler de l'école aussi, vous avez beaucoup d'élèves ?
Taleb
Oui, j'en ai 80.
André Hugues
Vous y allez maintenant ?
Taleb
Oui.
André Hugues
Ben on va voir ça alors, on vous suit.
Pierre Desgraupes
Madame Robert, c'est le meilleur copain de votre fils.
Philippe Héduy
Ce que le taled n'a pas dit, c'est que il y a 2 ans, 2 ans à peine, il n'y avait pas 80, 80 gosses à l'école, il y en avait à peine un ou deux. Et que c'est par des promenades passant au coeur de ces mechtas que vous avez vues, promenades que le taleb a fait avec Charlie que peu à peu les 80 gosses sont venus.
(Bruits)
Philippe Héduy
L'école est provisoirement installée dans l'ancien poste.
Taleb
Silence, silence ! On va faire un petit exercice de lecture, on va prendre une phrase de la leçon d'hier, vous allez répéter après moi. A
Enfants
A
Taleb
L'école
Enfants
L'école
Taleb
Je
Enfants
Je
Taleb
n'ai pas
Enfants
n'ai pas
Taleb
le chèche
Enfants
Le chèche
Taleb
Sur
Enfants
Sur
Taleb
La tête
Enfants
La tête
Philippe Héduy
Une nouvelle école va être construite en éléments préfabriqués. Une nouvelle école et un nouveau village, à cet endroit là. Et c'est l'armée, c'est le sergent Robert et tous ses camarades qui vont construire le nouveau village avec les habitants. Ici les gens sont très pauvres, quelques moutons, quelques moutons, quelques bourriquots et une terre pleine de caillasses, on se demande comment ils vivent.
Pierre Desgraupes
Est-ce que le sergent Robert a une fonction dans cette école ?
Philippe Héduy
Oui, il est le professeur de gymnastique, le professeur de gymnastique.
Pierre Desgraupes
Tous les jours il joue comme ça avec les enfants ?
Philippe Héduy
Oui, qui l'aiment beaucoup, et qui l'appellent Sergent, ou même les plus grands l'appellent Charlie. La cour de récréation se trouve à l'intérieur des barbelés de l'ancien camp.
Pierre Desgraupes
Une vision vraiment extraordinaire.
(Bruits)
Philippe Héduy
Au fond, toujours le djebel.
Pierre Desgraupes
Lieutenant, je crois que ce garçon, qui a cette curieuse coiffure et qui ressemble un peu à Yves Montand a une curieuse histoire. Là Robert jouant au football. Voulez-vous la raconter à madame Robert ?
Philippe Héduy
Eh bien, aujourd'hui c'est un civil mais hier c'était un militaire, c'était un jeune appelé qui a lu dans les journaux une petite annonce comme quoi on demandait un ancien militaire pour faire la classe à cet endroit-là.
Pierre Desgraupes
Et il est resté.
Philippe Héduy
Il est resté, il était instituteur dans le civil, et le voici maintenant de nouveau instituteur, mais dans ce bled perdu. Vous avez vu euh l'aspect pacificateur du sergent Robert et de ses camarades. Il n'y a pas hélas que cet aspect là. Vous allez maintenant vivre l'aspect du combattant, dans la salle de radio du poste. Le radio est en train de recevoir un message en langage codé, un message qui appelle la compagnie en opération. Et la compagnie va fournir une section au bataillon, la section désignée sera celle du sergent Robert, que voici, qui marche en tête de son groupe de combat. Et de, derrière lui vous apercevez son radio. Pour une opération comme celle-ci à l'échelon bataillon, euh tous les moyens euh seront mis en oeuvre, l'artillerie, même l'artillerie lourde, l'aviation.
Pierre Desgraupes
N'oublions pas que ces images ont été prises en Algérie, il y a moins de 48 heures par nos envoyés spéciaux. Voilà Robert.
Philippe Héduy
Robert, nous sommes ici en zone interdite, en zone interdite c'est-à-dire une zone où l'artillerie et l'aviation peuvent tirer à n'importe quel moment euh de la journée et de la nuit car la zone a été évacuée de tous les habitants.
Pierre Desgraupes
Combien dure une opération de ce genre lieutenant ?
Philippe Héduy
Une opération de ce genre peut durer quelques heures, ou quelques jours, ou même aller jusqu'à 15 jours. Celle-ci s'achèvera avec la nuit. Résultat vous allez peut-être me demander, résultat, Euh comme il arrive souvent, le résultat euh a l'air, sera peut-être décevant car ici, là, nous n'avons rien trouvé, les fellagas ayant emporté euh les morts et les blessés. Ne croyez pas que chaque jour, chaque fois que nous sortons en opération, nous nous accrochons comme ça. Généralement le rebelle, lui, décroche. L'artillerie et l'aviation, l'aviation [qui trace].
(Bruits)
Pierre Desgraupes
C'est Robert je crois qu'on aperçoit ici à la [incompris].
Philippe Héduy
Il fait progresser son groupe de combat, ils vont aller vers la crête qui se trouve plus loin.
Pierre Desgraupes
J'imagine que de tels moyens mis en oeuvre présentent une sécurité certaine pour les hommes.
Philippe Héduy
Oui, vous avez seulement en face, dans ce cas,
Pierre Desgraupes
Quelques hommes.
Philippe Héduy
Quelques hommes, une quinzaine de rebelles tout au plus. La nuit est tombée, la section rentre d'opération. Voici Robert avec tous ses camarades, ils portent le chapeau de brousse, comme armement, pistolet mitrailleur ou fusil et euh ils vont entrer dans leur chambrée.
Pierre Desgraupes
Quelle heure est-il à peu près ?
Philippe Héduy
Il est à peu près 9 heures du soir ; ils ont déjeuné et dîné sur le terrain. Robert se présente au commandant de compagnie, il lui demande comment s'est passée l'opération.
Pierre Desgraupes
Et c'était avant hier.
Philippe Héduy
Les tirailleurs remettent leurs pistolets mitrailleurs au...
Pierre Desgraupes
Au râtelier.
Philippe Héduy
Au râtelier, et voici Robert qui rentre, il donne un coup de sécurité à son pistolet mitrailleur, il trouve une lettre sur son lit.
Pierre Desgraupes
Eh bien, ce sont les dernières heures de la journée du sergent Robert, et elles sont les mêmes pour tous les gars de toutes les compagnies. C'est l'heure la plus agréable, celle où on se laisse tomber sur son lit, fatigué, et où l'on trouve le courrier de la journée. Peut-être est-ce une lettre de vous madame Robert qui attendait ce soir là votre fils ? Que lui disiez-vous ?
Roland Dhordain
Eh bien vous avez entendu la question de Pierre Desgraupes, madame Robert, que lui écriviez-vous à Charlie ?
Madame Robert
Enfin, on lui racontait ce qui se passait dans la famille.
Roland Dhordain
Oui les nouvelles de tout le monde.
Madame Robert
Les nouvelles de toute la famille, du travail, enfin de la ferme.
Roland Dhordain
Monsieur Robert, je vous ai vu sourire, je vous ai vu écraser une larme comme maintenant, je vous ai vu approuver. Est-ce que vous saviez qu'il était aussi professeur de gymnastique, Charlie ?
Monsieur Robert
Ah, ah, ah non.
Roland Dhordain
Non ? Vous ne l'aviez pas découvert.
Monsieur Robert
Non, non, non.
Roland Dhordain
C'était une vocation, c'est un exercice qu'il a découvert là bas avec beaucoup d'autres. Et vous mademoiselle, vous l'avez reconnu ?
Annie Robert
Oui, oui, je l'ai bien reconnu.
Roland Dhordain
Il était bien sous son grand chapeau ?
Annie Robert
Oui, vraiment bien.
Roland Dhordain
Ecoutez, euh, je comprends monsieur.
Monsieur Robert
C'est un garçon très estimé d'ailleurs,
Roland Dhordain
Oui.
Monsieur Robert
Par la population de chez lui,
Roland Dhordain
Oui.
Monsieur Robert
On le voit que ça se rapporte à...
Roland Dhordain
A son action.
Monsieur Robert
A son action.
Roland Dhordain
Ce qu'il était parmi vous dans votre famille, eh bien il l'est resté là bas,
Monsieur Robert
Voilà.
Roland Dhordain
C'est-à-dire un chic garçon, comme il y en a tant en Algérie. Eh bien, nous n'allons pas pro, prolonger cette minute d'émotion que vous comprendrez toutes et tous qui nous regardez, et nous allons remercier madame Robert, monsieur Robert, et mademoiselle Annie, de nous avoir reçu ce soir ici pour les caméras de Cinq Colonnes à la Une ; à vous Paris !