Lancement du bananier Comoe à Port de Bouc

10 novembre 1956
01m 57s
Réf. 00618

Notice

Résumé :

Les chantiers navals de Port de Bouc sont en fête pour le lancement de leur dernier paquebot : le bananier Comoe. Madame Poirier est la marraine de ce nouveau navire.

Date de diffusion :
10 novembre 1956
Source :

Éclairage

Le reportage rend bien compte du caractère spectaculaire d'un évènement qui marquera régulièrement la vie de la cité, du moins jusqu'à la fermeture des chantiers en 1966.

Le chantier de construction navale de Port-de-Bouc est le dernier grand chantier édifié en France. À l'origine de la société des Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) créée en 1899, Alfred Fraissinet, héritier d'une vieille famille d'armateurs de Marseille, directeur de la Compagnie française de navigation appelée plus communément la Compagnie Fraissinet. Il réunit autour de lui les grands noms du négoce et de la banque de Marseille. Il reçoit le soutien de Jules Charles-Roux qui obtient de l'État le financement des travaux du dragage de la rade de Port de Bouc et de la passe du canal de Caronte, en fait des espaces reliant le chantier à la mer.

Dès 1900, les chantiers emploient près de 1100 personnes, alors que la commune ne comptait que 1 400 habitants deux ans auparavant. Aussi, Port-de-Bouc est devenue un exemple de "ville usine", structurée autour de son entreprise qui a imprégné la cité de ses références culturelles et idéologiques. Ce processus s'est trouvé renforcé par la nature même du bien produit, à savoir le bateau. À la base des processus, les bruits - bruits des frappeurs, des façonneurs, des riveurs, des ponts roulants -, mais aussi la masse des navires en construction qui dépasse rapidement les murs d'enceinte de l'entreprise. Aussi, l'acte de travail n'est plus confiné dans l'espace usinier, mais devient un acte public, visible par tous. À cela s'ajoute le lancement des bateaux qui pour le plus grand nombre est vécu comme un spectacle rendu possible grâce à la configuration du site : spectacle de la masse de fer qui pénètre la mer dans un bruit conséquent ; spectacle de la vague qui vient s'écraser le long des quais. Mais le lancement est aussi une fête qui rassemble l'ensemble de la cité, jusqu'aux enfants des écoles qui viennent assister à l'évènement, accompagnés de leurs instituteurs. Pour les garçons surtout, il est chargé d'une valeur initiatique d'autant plus forte que, jusqu'aux années 1960, ceux-ci aspirent à reprendre le métier de leur père et à "rentrer aux chantiers".

Le reportage porte sur le lancement du Comoé, un cargo-bananier de 115 mètres de long, de 4 370 tonneaux de jauge brute construit pour la compagnie Fraissinet-Fabre. Notons que le premier bananier est lancé en 1936. Pour la direction des chantiers, ce nouveau type de bateau est alors perçu comme pouvant participer durablement à la permanence de l'entreprise. Mais la Seconde Guerre mondiale a cassé le processus engagé. Ce n'est qu'en 1950 que le programme a été repris. En définitive, les chantiers lanceront des cargos-bananiers pour un tonnage total de 71 735 tonneaux de jauge brute. Ces bananiers représentent 28 % des bateaux lancés de 1945 à 1964.

Bibliographie :

Jean Domenichino, Une Ville en Chantiers. La construction navale à Port-de-Bouc. 1900-1966. Édisud, Aix-en-Provence, 1989.

Jean Domenichino

Transcription

(Musique)
Journaliste
Au micro, Pierre Cordelier.
(Musique)
Pierre Cordelier
Les chantiers de Port-de-Bouc sont en fête, car des chantiers de construction navale sont toujours en fête lorsqu'on procède au lancement de leur dernière oeuvre. Cette oeuvre, c'est, ici, le bananier Comoé. Je n'ajoute pas un mot, vous en savez autant que moi.
(Musique)
Pierre Cordelier
Une à une, les épontilles culbutent comme des quilles, et chaque élément du navire est prêt à entrer en action, telle cette monumentale hélice que vous allez voir.
(Musique)
Pierre Cordelier
Monsieur [Birot], directeur des chantiers, est à l'honneur, et va assister à la prière rituelle dite par le père Pierre de Perceval, en présence de la marraine, madame Poirier.
(Musique)
Pierre Cordelier
Bénédiction du navire, et madame Poirier tranche, d'un coup de hachette, le dernier et symbolique lien qui sépare le navire de ce qu'on a coutume d'appeler son élément.
(Musique)
Pierre Cordelier
Le Comoé pénètre dans l'eau pour la première fois, tandis que dans la tribune officielle, on applaudit et qu'on range dans son écrin la hachette qui a servi à libérer le navire, et qui servira, bien sûr, pour le prochain lancement.
(Musique)
(Silence)