Naissance difficile pour la région

07 janvier 1974
02m 33s
Réf. 00627

Notice

Résumé :

En Provence Alpes Côte d'Azur, Nice souhaite que les Alpes-Maritimes forment une région indépendante. Le maire de Nice veut que sa ville se démarque de sa rivale Marseille. Au milieu, Toulon et le Var ont du mal à savoir à qui ils doivent être rattachés.

Date de diffusion :
07 janvier 1974
Source :
ORTF (Collection: JT 20H )

Éclairage

La loi du 5 juillet 1972 donne de la consistance à l'organisation régionale. La région acquiert le statut d'Établissement public, mais il faudra attendre 1982 pour que lui soit accordé celui de collectivité territoriale. Le gaullisme au pouvoir craint d'affaiblir la Nation et de laisser se développer des mouvements centrifuges. Aussi la région de 1972 n'acquiert que des compétences restreintes, essentiellement économiques et axées sur le développement local, sous l'autorité du préfet de région et dans le cadre des services de l'État. Le conseil régional n'est pas élu au suffrage universel direct, mais il est composé par les parlementaires des départements formant la région ainsi que des représentants des conseils généraux et des conseils municipaux des villes préfectures et de celles qui ont plus de 30 000 habitants.

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, le premier conseil compte 93 membres : 43 parlementaires, 28 élus par les conseils généraux, 22 désignés par les villes. La gauche est alors assez largement majoritaire et, logiquement, c'est le chef de file "historique" des socialistes, Gaston Defferre, qui doit être élu à la tête du nouveau conseil dont la première session doit commencer le 8 janvier. Mais son élection entérinera le rôle de Marseille en tant que capitale régionale. Cette domination marseillaise suscite le mécontentement de Jacques Médecin et de ses amis des Alpes-Maritimes, fidèles à une tradition localiste sur laquelle les élites niçoises ont fondé en partie leur pouvoir depuis la création du département en 1860. Ces élus, tous de droite, comptaient sur l'appui du gouvernement Messmer pour obtenir la création d'une région Côte d'Azur englobant éventuellement le Var. La position du député gaulliste de Toulon Simon-Lorière, qui soutient lui aussi le gouvernement, montre des réticences devant cette éventualité, comme devant le maintien des limites régionales dans le cadre des six départements provençaux. D'où sa proposition (irréaliste) d'une région plus grande... Le gouvernement et ses successeurs ne modifieront pas les limites de la région, ni en la découpant comme le voulait Jacques Médecin, ni en l'agglomérant à d'autres comme le souhaitait le député du Var. Les élus des Alpes-Maritimes liés à Jacques Médecin, soit 12 sur 19, bouderont le Conseil régional. Ils n'y viendront qu'en juillet 1976 (et le boycotteront encore en janvier 1977 à l'occasion de la réélection de son président et du vote du budget).

Le nom finalement choisi pour la région essaiera de tenir compte des susceptibilités locales puisqu'il devait être adopté par les six conseils généraux qui la composent. Il aboutira à ce compromis très discutable, proposé par Gaston Defferre et finalement adopté en 1975, qui associera au nom de la région, Provence, les Alpes (pour satisfaire le conseil général des Hautes-Alpes qui exigeait l'ajout de Alpes du Sud au nom de la région) et la Côte d'Azur (pour complaire aux tenants de l'identité "azuréenne").

Jean-Marie Guillon

Transcription

Jacques Idier
Pour la région Provence-Côte d'Azur, le problème est inversé. mais qu'éventuellement, il serait possible d'envisager une région des Alpes Maritimes. Là, il ne s'agissait plus de créer une plus grande région. Nice souhaitait que les Alpes Maritimes constituent une région indépendante de Marseille. Là aussi, c'est un exemple extrême. Nice, en fait, a une vieille tradition de séparatisme. Ce n'est qu'en 1860 que par référendum, elle s'est rattachée à la France. L'économie de la région de Nice n'a, de plus, rien à voir avec celle de Marseille : elle est orientée vers le tourisme et, par conséquent, vers la construction. Le maire de Nice est allé voir le Premier ministre à Paris pour lui demander de couper la région en deux.
Jacques Médecin
L'idée de fond : nous voulons une région Côte d'Azur. Nous ne voulons pas porter de jugement sur les autres régions, nous voulons une région Côte d'Azur.
Jacques Idier
Monsieur Pierre Messmer vient de lui répondre que les intérêt des Alpes Maritimes pourraient être sauvegardés dans le cadre de la Provence-Côte d'Azur, En tout cas, le conseil régional de Provence-Côte d'Azur se réunira dès demain. Ce qui sépare également Nice de Marseille, c'est la distance. Actuellement, il faut au moins 2 heures et demie de voiture pour aller d'une ville à l'autre et 2 heures 20 de train. Quant aux liaisons téléphoniques, selon les Niçois, il est plus facile de téléphoner à Paris qu'à Marseille. De plus, pour les Niçois, Marseille, c'est un autre monde : un monstre urbain enfumé, engorgé de voitures. « Marseille, disent-ils, c'est une ville impérialiste que va renforcer le complexe industriel de Fos ». Il est vrai que par la vallée du Rhône, Marseille est plus orientée vers Lyon et les grandes villes du nord de l'Europe que vers Nice. A cette rivalité viennent s'ajouter les problèmes politiques. Le maire de Nice est réformateur, celui de Marseille est socialiste.
Gaston Defferre
J'espère que les choses s'arrangeront entre les Alpes Maritimes et les autres départements. Marseille n'a aucune visée impérialiste.
Jacques Idier
Les aéroports séparent également Marseille et Nice. Il n'y a qu'un seul avion par jour entre les deux villes. Il est vrai que ces aéroports sont beaucoup plus ouverts sur le monde que sur ces deux villes rivales. Dans ce domaine, Nice est gagnant : son aéroport accueillera 5 millions de voyageurs en 1980. Coincé entre les Bouches-du-Rhône et les Alpes Maritimes, le Var ne sait pas très bien s'il faut choisir entre Marseille et Nice. Pour éviter ce choix, certains Varois pensent qu'en fait, cette région Provence-Côte d'Azur est trop petite.
Aymeric Simon-Lorière
Nous voyons que Nice est orienté vers Gènes, que les échanges économiques que Toulon a, bien souvent, sont orientés vers l'Italie. Je crois que le conflit qui existe entre Jacques Médecin et Gaston Defferre, en fait entre Nice et Marseille, et que Toulon pourrait, d'ailleurs, éventuellement, arbitrer, ne se produirait pas si on dépassait les frontières.