Le barrage de Donzère-Mondragon

05 octobre 1950
45s
Réf. 00634

Notice

Résumé :

Les travaux de creusement du canal sur le Rhône et de construction d'un barrage, entre Donzère (Drôme) et Mondragon (Vaucluse) ont commencé. C'est le résultat du plan Marshall pour l'industrie hydroélectrique.

Date de diffusion :
05 octobre 1950

Éclairage

La reconstruction du pays bat son plein, mais aussi sa modernisation. Le plan Monnet dont il est question dans le reportage est la première étape de la planification "à la française", dont Jean Monnet est l'initiateur et qui, grâce à l'argent américain donné dans le cadre du Plan Marshall - dont il est aussi question - doit permettre d'équiper le pays, de développer ses ressources énergétiques et son industrie. L'équipement hydro-électrique du Rhône va profiter de cette manne. En dépit des difficultés du moment (salaires bas, inflation forte, graves problèmes de logement, etc.), l'avenir paraît ouvert et le ton du commentaire est significatif des espérances de l'époque.

L'aménagement du Rhône a commencé dans l'Entre-deux-Guerres, assez lentement il est vrai. Confié à une société mixte, la Compagnie nationale du Rhône (CNR), il a débuté en aval de la frontière suisse par la construction du barrage de Génissiat qui ne s'est terminée qu'en 1948. Il s'agit non seulement de fournir de l'électricité, mais aussi de régulariser le fleuve pour en permettre la navigation et l'irrigation des plaines voisines. La construction du barrage de Donzère-Mondragon est au coeur de la deuxième étape de cet aménagement, celle du "Tiers central". Le chantier, commencé en octobre 1947, est devenu gigantesque. C'est l'un des plus grands du monde (et non "le" plus grand), et certainement le plus important d'Europe à cette époque. Il s'agit de construire un canal de dérivation plus large que le canal de Suez de l'époque et long de 28 km, détournant une partie du cours du fleuve entre Donzère dans la Drôme et Mondragon au nord du Vaucluse. Sur ce canal, est édifiée une centrale "au fil de l'eau" qui portera le nom du physicien André Blondel et dont les six turbines produiront 2 000 Gigawatts/heures/an. Cette centrale, construite sur les plans de l'architecte Théo Sardnal, sera inaugurée par le président de la République Vincent Auriol la 4 juillet 1952, mais le chantier ne sera clos qu'en octobre 1953. Huit cités ouvrières sont construites pour les ouvriers du chantier dans les communes des alentours. La petite ville de Bollène, où est implantée la centrale, voit naître un quartier nouveau à Bollène-Écluse (du nom de l'écluse qui jouxte la centrale) et sa population qui était de 5 200 habitants en 1948 a grimpé à 15 000 trois ans plus tard.

Donzère-Mondragon va servir de modèle pour les aménagements qui se succèderont par la suite, d'abord dans son prolongement, dans le "Tiers central" (de Montélimar à Bourg-les-Valence), puis dans le "Tiers amont", entre Lyon et Valence, enfin dans le "Tiers aval", le Bas-Rhône provençal et gardois, à partir de la construction de la retenue de Vallabrègue (en 1965) jusqu'à celle de l'usine de Saint-Chamas avec laquelle se termine l'aménagement d'un fleuve devenu un " escalier " de barrages et le principal gisement hydro-électrique français.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Journaliste
L'un des chantiers les plus gigantesques du monde se trouve actuellement en France. Entre Donzère et Mondragon, 6000 ouvriers spécialisés travaillent en effet à détourner le cours du Rhône sur une distance de 28km. Le résultat sera, dans un an, une production de deux milliards de kilowatts. Et pour arriver à ce résultat sans précédent, il aura fallu un budget de 75 milliards et 25 années d'étude. Il aura fallu raser 3000 hectares et fouiller 50 millions de mètres cube de terrain. Ce prodigieux effort technique fourni par la France dans le cadre des plans Monnet et Marshall suffit à démontrer la valeur et l'efficacité des réalisations de l'industrie hydro-électrique française.
(Musique)