Le premier sommet de l'Union pour la Méditerranée à Marseille

04 novembre 2008
02m 11s
Réf. 00656

Notice

Résumé :

Le premier sommet de l'Union pour la Méditerranée s'est achevé au palais du Pharo, à Marseille. Il réunissait les vingt-sept ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne et leurs seize homologues des pays de la rive sud de la Méditerranée. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, annonce que Barcelone hébergera le siège de l'Union et que la France et l'Égypte se partageront sa présidence. Son conseiller, Henri Guaino, l'un des maîtres d'œuvre de cette union, considère que la rive nord a tout à gagner à ce que le bassin méditerranéen soit un lieu de paix, de prospérité et de stabilité. On évitera ainsi les flux migratoires, l'importation du terrorisme, les catastrophes écologiques et humaines. Pour Michel Vauzelle, il s'agit d'un plus pour la région, car la création d'un Comité des régions euroméditerranéennes apportera un soutien financier européen à ses actions.

Date de diffusion :
04 novembre 2008
Source :

Éclairage

Durant deux jours, les 3 et 4 novembre 2008, Marseille a accueilli le sommet chargé de mettre en œuvre l'Union pour la Méditerranée (UPM), lancée à Paris le 13 juillet précédent. Il réunissait l'ensemble des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) et leurs homologues de la rive sud de la Méditerranée. Il avait pour objectif de préciser le fonctionnement de l'UPM et, notamment, de fixer son siège. Plusieurs villes étaient en lice : Marseille avait posé sa candidature, Tunis avait la faveur de Nicolas Sarkozy, mais le choix s'est finalement porté sur Barcelone, d'où était parti en 1995 ce que l'on avait appelé « le processus de Barcelone » et dont l'UPM était un prolongement. Le siège de l'union étant situé dans un pays du Nord, l'assemblée a décidé que le secrétaire général serait originaire d'un pays du Sud (ce sera un Jordanien). La parité Nord-Sud étant de règle, il sera aidé par cinq adjoints : trois du Nord et deux du Sud. Par ailleurs, la Ligue arabe est acceptée comme membre à part entière de l'UPM.

L'initiative de cette union revient à Nicolas Sarkozy qui en avait émis l'idée, alors qu'il n'était que candidat, lors d'un meeting à Toulon le 6 mai 2007, et qui, une fois élu, l'avait reprise dans son discours de Tanger, le 23 octobre suivant. Il avait invité tous les dirigeants des pays riverains de la Méditerranée à participer « sur un pied d'égalité » à sa création lors d'une conférence à Paris en juin 2008, alors que la France devait présider l'Union européenne. En fait, c'est le 13 juillet que le sommet fondateur de l'UPM a eu lieu à l'invitation de la France et de l'Égypte, qui assureront les premières co-présidences. Sous la pression de l'Allemagne, irritée par une initiative lancée sans concertation et qui soulève des réserves dans l'Union européenne, l'union porte le nom officiel de « Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée ». Cependant, cette création est considérée comme un succès diplomatique pour la France, qui est parvenue à rassembler presque tous les États riverains de la mer Méditerranée, dont Israël et l'Autorité palestinienne, mais à l'exception de la Lybie, qui n'a qu'un statut d'observateur, puisque le colonel Khadafi, aspirant au leadership en Afrique, était résolument hostile à l'initiative. En tant que cadre favorisant la paix au Proche-Orient, l'UPM paraît partir sous de bons auspices puisque sa création a été précédée, le 12 juillet 2008, par la rencontre à l'Élysée du président syrien Bachar el-Assad et du président libanais Michel Sleimane, et de leur engagement à normaliser leurs relations.

L'UPM choisit d'ailleurs de traiter de sujets fédérateurs et consensuels :

• la dépollution de la Méditerranée, régions côtières comprises, et la création de zones marines protégées ;

• la mise en place d'autoroutes maritimes et terrestres pour améliorer les liaisons entre les ports et faciliter la circulation des personnes et des marchandises ;

• un programme de protection civile pour répondre au risque de catastrophes naturelles ou causées par l'homme ;

• un plan solaire méditerranéen ;

• une université euro-méditerranéenne ;

• une initiative méditerranéenne de développement des petites entreprises.

À l'inverse, des thèmes comme l'immigration, la nature des régimes politiques des pays concernés ou la question du Proche-Orient ont été écartés. Du moins dans un premier temps, car il ne vont pas manquer de rejaillir ensuite sur le bon fonctionnement de l'UPM. Il faut ajouter que, pour le président de la République française et sa majorité, l'UPM avait aussi pour objet d'offrir une alternative à la candidature turque à l'Union européenne, candidature à laquelle ils étaient – et restent - opposés.

De son côté, soucieux de se démarquer et de proposer un cadre plus ambitieux, Michel Vauzelle, président de l'Eurorégion Alpes-Méditerranée et président du Conseil régional de Provence Alpes-Côte d'Azur, avait lancé un appel, le 28 mars 2008, réclamant un véritable « plan Marshall » pour la Méditerranée, afin « d'assurer la paix et la sécurité dans l'espace euro-méditerranéen dont les peuples sont liés par leur communauté de destin ». Cet appel reprenait une idée lancée jadis par l'Espagne et l'Italie.

Cette idée de plan Marshall ou de communauté sur le modèle de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier, créée par Jean Monnet en 1954, et prémisse de l'Union européenne) a repris une vigueur nouvelle depuis les révolutions que le monde arabe a connues en 2011. Il est vrai que l'UPM, déjà mise à mal par l'attaque de la bande de Gaza par Israël fin 2008, risque de disparaître, son principal promoteur, la France, ayant soutenu les dictateurs qui ont été chassés du pouvoir en Égypte et en Tunisie.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Le premier sommet de l'Union pour la Méditerranée s'est achevé tout à l'heure à Marseille. Les 27 Ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne ainsi que leurs homologues de 16 pays riverains de la Méditerranée se sont donc quittés sur une belle photo de famille, mais surtout avec le sentiment d'être au début d'une très belle histoire. Hugues Girard et Francis Di Cesare.
Hugues Girard
La photo de famille est dans la boîte. 27 ministres européens des Affaires étrangères, 16 Ministres de la rive Sud de la Méditerranée, plus un représentant de la ligue arabe, cette photo marque la naissance officielle de l'Union Pour la Méditerranée. Sarkozy l'avait rêvée lors d'un discours de fin de campagne à Toulon en 2007, ses ministres et ses conseillers l'ont fait. L'Union Pour la Méditerranée a un siège, Barcelone, deux coprésidents, la France et l'Egypte, bientôt un Secrétaire Général et de l'argent pour faire fonctionner la machine et réaliser les projets. C'est l'Europe du Nord et particulièrement la France qui ont porté cette union sur les fonts baptismaux, mais qu'avons-nous à gagner ?
Henri Guaino
La rive Nord, elle va gagner beaucoup parce qu'elle a tout intérêt, elle a même un intérêt vital à ce que le bassin méditerranéen soit un lieu de paix, de prospérité, de stabilité, elle a intérêt à ce qu'il n'y ait pas de grands déplacements de population chassée par la misère ou par la guerre, elle a intérêt à ne pas importer chez elle la violence, le terrorisme et la haine, elle a intérêt à éviter les catastrophes écologiques qui menacent la Méditerranée, voilà, elle a un intérêt politique, social, économique, écologique, à ce que tout se passe bien en Méditerranée.
Hugues Girard
Le siège de l'Union ne sera donc pas à Marseille mais à Barcelone, en Espagne, mais pour autant, la création de cette union sera un plus pour les provençaux.
Michel Vauzelle
Je peux apporter une contribution formidable à la création de ce comité des régions euro-méditerranéennes qui va nous permettre d'avoir des actions financées par Bruxelles, par l'Europe, et donc de renforcer encore une action qui était très politique et qui va maintenant devenir également très intéressante d'un point de vue économique.
Hugues Girard
Les années à venir diront si les musiciens étaient à la hauteur de la partition écrite à Marseille. En politique comme en musique, il y a parfois des fausses notes.