L'architecte niçois Marc Barani reçoit l'Equerre d'Argent

17 mars 2009
02m 07s
Réf. 00659

Notice

Résumé :

L'Équerre d'Argent vient d'être décernée à l'architecte niçois Marc Barani pour le « pôle multimodal » du Rouret. L'architecte explique les difficultés de réalisation de ce terminus des tramways niçois, implanté dans un quartier de grands ensembles, au pied d'une colline, sur un espace de 2 ha .Cet ouvrage aux lignes cinématographiques se veut aussi écologique avec des toits de verdure, un éclairage naturel et de grandes baies vitrées . Ce projet urbain est aussi un projet social puisqu'il permet de mieux intégrer le quartier de Las Planas à la ville. Marc Barani revient sur la question désormais cruciale en architecture urbaine qui est celle de la gestion des densités. La récompense qu'il vient d'obtenir lui permet de figurer comme l'un des cinq finalistes du prix européen de l'architecture contemporaine.

Date de diffusion :
17 mars 2009
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

L'Équerre d'Argent est en France dans le domaine de l'architecture l'équivalent de ce que le prix Goncourt est en littérature. Il a été créé en 1983 par le Groupe Le Moniteur – principale maison d'édition consacrée à la construction - afin de promouvoir la création architecturale contemporaine. Si certaines des réalisations retenues par son jury ont pu faire polémique par le passé, il n'en va pas de même avec le choix fait en 2009 en faveur de l'architecte niçois Marc Barani, reconnu depuis longtemps par ses pairs pour sa capacité à maîtriser des sujets complexes, ce qui était le cas avec ce terminal de tramways à édifier sur un terrain étroit, accidenté, au milieu de barres d'immeubles et d'autoroutes. Son choix a été de traiter l'ensemble par strates, avec, au premier niveau, les tramways, puis une esplanade pour piétons et un parking relais, et enfin, au-dessus, le pôle de commandement. La réalisation est significative d'une tendance de l'architecture contemporaine qui entend s'intégrer dans le tissu urbain plutôt que se distinguer par une rupture radicale et agressive. Privilégiant des lignes douces et des matériaux « chauds », elle veut relier le projet architectural à une certaine vision sociale et à des références naturelles, sinon écologiques (toits-pelouses, utilisation du bois et de pierre, lumière naturelle). Sans doute les curiosités de Marc Barani n'y sont pas étrangères, lui, qui est allé séjourner en anthropologue chez les Newar de la vallée de Katmandou, au Népal, où le travail du bois en sculpture et architecture est particulièrement remarquable.

Né à Menton en 1957, installé à Nice, Marc Barani a œuvré jusqu'ici principalement dans sa région d'origine. Il s'est fait connaître par le cimetière Saint-Pancrace à Roquebrune-Cap-Martin (1992), qui a été sa première commande publique, et une villa particulière édifiée sur les hauteurs de Cannes en 2004. Sortant plus récemment de la Côte d'azur, il vient à l'époque du prix de réhabiliter les églises Sainte-Croix et Saint-Georges à Chelles. Depuis, il a réalisé une autre œuvre remarquée, le pont Renault reliant l'île Seguin à Boulogne-Billancourt, et achève le nouveau Centre de Congrès de Nancy, chantier « emblématique » de l'EcoQuartier Gare-Nancy Grand Cœur.

Sur le plan régional, cet architecte est représentatif à deux titres. D'une part, il fait partie de la petite cohorte d'artistes contemporains sortis de l'École nationale supérieure d'architecture de Marseille, qui apparaît comme un des lieux de formation et de création importants en France. C'est aussi dans cette école qu'a été formé Rudy Ricciotti, grand prix national d'architecture en 2006, installé à Bandol et devenu un architecte de renommée mondiale. Il est l'auteur du Musée Jean Cocteau, inauguré à Menton en 2011, et celui du futur MUCEM à Marseille. Par ailleurs, ces architectes rappellent par leurs œuvres que la Provence littorale a noué depuis longtemps des liens privilégiés avec une architecture d'avant-garde. Les créations de Le Corbusier (à Marseille et Roquebrune-Cap-Martin notamment) ne résument pas à elles seules ces rapports. Des architectes aussi marquants que Robert Mallet-Stevens

(Villa Noailles à Hyères), Georges-Henri Pingusson (hôtel Latitude 43 à Saint-Tropez), Auguste Perret et Fernand Pouillon (reconstruction du Vieux-Port de Marseille, etc.), Jean Dubuisson, pour ne citer que des noms « historiques », ont laissé leur empreinte, dans des styles divers, tout au long d'un littoral où leur originalité tranche sur la banalité dominante.

Bibliographie

Marc Barani, Gare des tramways de Nice/Tramway Terminal of Nice, Nice, Ateliers d'architecture Marc Barani, 2010.

Jean-Lucien Bonillo et Jean-François Pousse, avec Marc Barani et Francis Rambert, L'architecture contemporaine sur la Côte d'Azur (1945-1980), Dijon, Les Presses du réel, 2011, 304 p.

Jean-Lucien Bonillo coord., L'architecture du XXe siècle dans le Var. Le patrimoine labellisé et protégé, Marseille, Editions Imbernon, 2011, 212 p.

Jean-Lucien Bonillo, Fernand Pouillon, architecte méditerranéen, Marseille, Editions Imbernon, 2001, 256 p.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentatrice
On l'appelle du monde entier pour ses compétences en matière d'urbanisme. Marc Barani est architecte, il vient de recevoir l'Equerre d'argent pour son travail au dépôt du tramway du Rouret. Rencontre avec un niçois discret et efficace, Nils Brunelli et Yannick Fournigault.
Nils Brunelli
C'est la pièce maîtresse du tramway niçois, le pôle multimodèle du Rouret, un centre de maintenance, un centre de commandement, un terminus et un parking relais. Il fallait faire rentrer tout cela sur moins de 2 ha, d'habitude il en faut au moins le double. Marc Barani, architecte niçois, a réussi ce tour de force.
Marc Barani
On a tout rempli, et ensuite, on a creusé les endroits où les trams devaient circuler, où les autos devaient circuler et où les piétons devaient circuler. Ensuite, tout le travail, cela a été de connecter tous ces flux et de faire en sorte qu'ils se rencontrent aux endroits où ils doivent se rencontrer et qu'ils puissent avoir leurs autonomies à d'autres endroits.
Nils Brunelli
Vainqueur cette année de l'Equerre d'argent, le Goncourt des architectes, Marc Barani a créé un espace au décor très cinématographique.
(Musique)
Nils Brunelli
Où l'écologie a toute sa place, des toits recouverts de verdure pour une meilleure isolation, éclairage naturel grâce aux puits de lumière, immense baie vitrée séparant les ateliers et bureaux du monde extérieur.
Yannick Laurens
Avec des métiers qui sont souvent peu connus du public, et là, on est en complète transparence et notamment au niveau des bâtiments techniques, les ateliers de maintenance qui sont à proximité du public qui vient et qui va, et cela est très apprécié par le personnel parce qu'ils ne se sentent pas enfermés, ils se sentent en contact direct avec le monde autour d'eux.
Nils Brunelli
Le projet technique s'est transformé en projet urbain et social. Grâce au terminus du tramway le quartier de Las Planas a été reconnecté à la ville, son travail va désormais servir d'exemple.
Marc Barani
La densité, c'est effectivement un des enjeux à venir pour les architectes puisque la ville doit se construire sur la ville, on va être amené de plus en plus à travailler sur ces questions de densité, c'est-à-dire comment on peut mettre le maximum de choses dans un minimum d'espace mais tout en conservant évidemment une qualité à ces lieux.
Nils Brunelli
Un trèfle à quatre feuilles sur les toits du dépôt du Rouret, la chance sourit à Marc Barani, son agenda est bien rempli, il a des projets partout dans le monde.
Présentatrice
Et avec cette réalisation, Marc Barani fait partie des cinq finalistes pour le prix européen de l'architecture contemporaine.