Les AMAP (Association Pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne)

20 mars 2009
06m 54s
Réf. 00660

Notice

Résumé :

La région a vu naître le mouvement des AMAP (Associations Pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne). Ces associations sont en plein essor. Le reportage évoque l'activité de l'AMAP AURIBEL, à Tanneron (Var), en donnant la parole à des producteurs et des consommateurs qui en font partie, ainsi qu'à la coordinatrice. Le but des AMAP, dont le fonctionnement est soumis à une charte, est de participer au maintien d'une agriculture paysanne et d'offrir aux « amapiens » une alimentation saine. Le reportage est complété par l'interview de José Florini, représentant l'AMAP Balico de Nice. Il en explique le fonctionnement (engagement pour 6 mois, livraisons des productions de saison sur le parvis de la gare du Sud) et évoque un succès qui ne permet pas de satisfaire toutes les demandes d'adhésion.

Date de diffusion :
20 mars 2009
Source :

Éclairage

L'histoire des AMAP - Associations Pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne – est étonnante à plusieurs titres. Il s'agit en effet d'une expérience sociale, née en Provence, dans un secteur qui paraît souvent, et non sans raisons, plutôt en repli et pas forcément le lieu de toutes les audaces. Pourtant, ce sont les menaces qui pèsent sur les exploitations situées dans les zones très urbanisées de la région qui ont stimulé cette initiative et contribué à un succès remarquable. Le contexte de leur succès est aussi celui de l'émergence d'une agriculture alternative, tournée vers l'écologie, les cultures dite « biologiques » et la recherche d'un mode de vie et de production plus respectueux des personnes et de leur environnement.Organisé autour de la Confédération paysanne, ce mouvement conteste les syndicats d'agriculteurs les plus puissants et plutôt conservateurs.

L'initiative de la première AMAP est née à Ollioules, dans la zone d'urbanisation du « Grand Toulon », dans une exploitation de maraîchers située en lisière d'un hypermarché et de la kyrielle d'établissements commerciaux qui accompagnent ces implantations. Ces maraîchers, Denise et Daniel Vuillon, qui sont très attachés à leur terre et qui ont une expérience de l'engagement social, ont découvert, en voyage, à New York, les CSA (Community Supported Agriculture) qui associent agriculteurs et consommateurs dans un circuit d'échanges court et « humain ». Ils découvrent aussi les Teikei japonais, coopératives de produits biologiques, créées avec succès dans les années 60, à un moment où le Japon était traumatisé par la pollution au mercure de la baie de Minimata.

Prenant pour modèle la CSA Roxburry Farm, c'est ce concept qu'ils ont proposé d'adapter en France sous le nom d'AMAP durant le premier trimestre de 2001. La France sort alors de la crise de la « vache folle » et de plus en plus de consommateurs se soucient de sécurité alimentaire, en même temps que du maintien d'une agriculture de proximité, échappant au productivisme. La première AMAP est créée à partir des Olivades, l'exploitation des Vuillon, en avril 2001 grâce aux liens noués avec des consommateurs d'Aubagne. Une journée « portes ouvertes » leur avait permis de visiter l'exploitation et la première vente a lieu le 17 avril sur un parking de la ville. Quelques mois après, trois groupes de 50 familles étaient constitués et le mouvement s'étendait au-delà d'Aubagne et de l'Ouest-toulonnais. Une deuxième AMAP était créée non loin de Draguignan, au Flayosquet autour d'une production laitière. Devant l'écho rencontré, se lançant dans une action militante en faveur de créations de ce type, les Vuillon fondent, avec l'appui de la Région, Alliance Provence, pour regrouper les associations et faire ce qu'ils nomment de l'« essaimage ». Le succès est régional (12 AMAP en Provence en 2004) et national, le modèle étant adopté dans le Sud-Ouest, la Haute-Savoie, l'Ile-de-France, etc.

Pour Daniel Vuillon, il s'agit de « sortir de la logique de l'économie de marché pour pérenniser une agriculture durable ». Il s'agit aussi de favoriser le maintien d'exploitations agricoles à dimension humaine, des savoir-faire, de « relocaliser » la nourriture, de respecter les saisons et la bio-diversité, et, pour cela, instaurer un circuit local de consommateurs et de producteurs responsables.

Le reportage, qui a été tourné dans les Alpes-Maritimes, département où la paysannerie est particulièrement menacée par l'urbanisation, illustre le succès de l'entreprise, huit ans après son démarrage. Le Var reste le berceau des AMAP avec 40 associations en juin 2009, sur la centaine que compte l'ensemble de la région, soit 160 exploitations. En 2011, la région recense 156 groupes (300 agriculteurs) distribuant 7 000 paniers à 25 400 familles, tandis que la France compte 750 AMAP. Le plus souvent, ces AMAP sont situées en zone périurbaine et sont tournées vers l'horticulture (fruits et légumes), les production laitière ou celle des volailles. La distribution se fait en général une fois par semaine, après le ramassage. Le calcul du prix du panier est calculé sur la base des coûts de production, en non en fonction des cours du marché. Le panier est conçu pour une famille (couple et deux enfants), avec un minimum de dix produits par saison. Comme le reportage l'indique, le succès est tel que souvent les nouveaux adhérents doivent s'inscrire sur des listes d'attente.

Bibliographie

Denise Vuillon, Histoire de la première AMAP. Soutenir les paysans pour se nourrir durablement, Paris, L'harmattan, 2011, 258 p.

Annie Weidknnet, AMAP histoire et expériences, Toulouse, Nouvelles éditions Loubatières, 2011, 192 p.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
La deuxième partie du journal avec le dossier de la rédaction est consacrée ce soir aux AMAP, les Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne. Vous êtes 30000 en région PACA, 30000 consom'acteurs, vous vous faites appeler donc consom'acteurs, je le précise bien. Vous avez décidé tout simplement d'aller directement acheter vos produits aux producteurs. C'est un phénomène qui prend de l'ampleur, 30000 en PACA, dossier préparé par Gérard Pilon et Benoît Lotte.
Journaliste
Dans le massif du Tanneron, Laure a repris son métier d'agricultrice sur la petite exploitation familiale d'à peine 1 ha. Ici, elle pratique une culture traditionnelle, naturelle, comme le faisaient ses parents.
Laure Orosco
Au niveau de la préparation des sols, on ne doit pas utiliser d'engrais chimique. Donc, c'est ce qui est pratiqué ici, on utilise du fumier de cheval ou du migon et des engrais naturels, des engrais organiques qui sont également utilisables en agriculture biologique.
Journaliste
Une partie de la récolte est vendue sur les marchés, mais pour l'essentiel, Laure écoule sa production par l'intermédiaire d'une AMAP, Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne. Les consommateurs qui adhèrent à cette association pour se procurer des produits de qualité ne viennent jamais acheter sur place.
Laure Orosco
Ils viennent à la production, au moment de la visite de l'exploitation, au moment de la signature des contrats. A ce moment-là, on fait une visite et donc, on discute du prix des paniers et de la composition des paniers aussi.
Journaliste
Cette année, les paniers sont à 16 euros, le même prix qu'en 2008.
Laure Orosco
En fonction donc de la saison, donc là au mois de mars, on leur propose des poireaux, des carottes, des topinambours, choux verts, choux de Bruxelles, pommes de terre, salades, épinards et mâche.
Journaliste
Les AMAP ont pour but de maintenir l'agriculture paysanne et de permettre aux consommateurs de se nourrir sainement. Une coordination favorise les échanges entre les adhérents acheteurs et les paysans producteurs qui s'engagent à respecter la charte des AMAP.
Johanne Blanc
A chaque distribution, c'est la surprise de trouver essentiellement des produits frais. Parfois, il y a des produits un peu originaux, il y a des topinambours ou des salades qu'on ne connaît pas ou des produits qu'on ne trouve plus sur le marché. C'est une démarche qui peut être un peu intellectuelle au départ pour certaines personnes. Pour moi, c'est vraiment, cela passait d'une envie de rester au plus près de la terre tout en ayant un travail dans le secteur tertiaire, donc en ayant quitté les champs, cela me permettait quand même de relier et de refaire prendre conscience à d'autres que c'est que du bonheur de manger des bonnes choses.
Journaliste
L'AMAP Auribelle se diversifie et propose à sa vingtaine d'adhérents, d'autres produits naturels de la région en complément des paniers maraîchers. Avec 30 ans d'expériences, Sophie tire de ses chèvres un excellent lait pour fabriquer ses fromages.
Sophie Guigou
Il faut 24 heures de caillage entre 18° et 20° ; ceux-là sont des bacs d'hier soir qui ont pris, vous voyez, comme un yaourt.
Journaliste
Quel est votre intérêt à vous de travailler par l'intermédiaire de l'AMAP ?
Sophie Guigou
Déjà, c'est beaucoup plus rapide, c'est du direct, et en plus, comme je ne fais pas les marchés, je n'ai pas le temps, donc je vends une partie de ma production en une demi-heure, je vends au prix fort, à 3 euros quoi.
Journaliste
Tous les mardis, les amapiens, comme ils s'appellent entre eux, viennent chercher leurs paniers en fin d'après-midi sur une place publique du village. La distribution a lieu en présence des producteurs et de la coordinatrice.
Emmanuelle Bastian
L'intérêt, c'est la traçabilité du produit, c'est-à-dire on connaît la productrice, on sait comment elle va cultiver ses légumes ou ses fruits, la biodiversité et également la fraîcheur.
Anne Marcouyoux-Maupas
C'est extraordinaire, ce sont des légumes qui ont du goût.
Journaliste
Un bon goût et une attitude responsable à transmettre pour la santé des futures générations.
Présentateur
Et avec nous ce soir, on reçoit donc un amapien, comme ils se définissent, José Florini, bonsoir. Vous êtes donc un amapien, vous êtes un consom'acteur aussi, pourquoi avoir décidé de passer directement vers le producteur ?
José Florini
Bien tout simplement, c'est pour accéder sans circuit dérivé, de manière directe à un maraîcher, et après on verra qu'il y a d'autres possibilités.
Présentateur
Sans grande distribution, sans marchand de légumes, vous allez directement là-bas.
José Florini
Voilà, enfin, disons que c'est lui qui vient à nous à un endroit précis, il apporte sa production, c'est une production locale, c'est une production de saison, légumes et fruits de saison et voilà.
Présentateur
C'est l'envie de retrouver le vrai goût aussi des choses ?
José Florini
Absolument, le vrai goût qu'on a connu, en tous les cas, moi, je l'ai connu puisque je commence déjà à avoir les cheveux légèrement blancs, je l'ai connu du temps de mes parents et même de mes grands-parents, puis, je l'avais perdu, et là, je le retrouve.
Présentateur
Et là, vous l'avez retrouvé donc en tant que consommateur. Vous êtes venu avec un plateau de légumes qui sont produits par des paysans de la région. Il faut expliquer comment cela se passe, vous passez un contrat finalement avec ces paysans, vous faites un chèque, vous passez un contrat pour six mois et en retour, il vous donnent un panier toutes les semaines, c'est à peu près cela ?
José Florini
Voilà, c'est cela, il y a deux saisons, la saison d'été et la saison d'hiver. Donc, on s'engage en tant que consom'acteur pour six mois, il y a la possibilité de mettre un chèque ou six chèques, un par mois, qui sera donc prélevé tous les mois. L'intérêt de cette opération, c'est que le paysan en quelque sorte, il est assuré que pour six mois...
Présentateur
C'est cela, il a une garantie de revenu.
José Florini
Il a une garantie, et donc, il ne perd pas son temps à s'éparpiller dans des supermarchés à chercher des clients, etc., il se consacre vraiment à son métier et ses méthodes.
Présentateur
Alors, à ce moment-là, les consommateurs, vous vous donnez rendez-vous sur une place de village ou dans un quartier, à Nice notamment, c'est dans les quartiers, voilà.
José Florini
A Nice, pour notre AMAP, qui est l'AMAP Balico, qui est le nom niçois du basilic, on est sur le parvis de la Gare du sud, tous les jeudis soirs.
Présentateur
Alors, on a vu aussi que les paniers, eh bien, c'est entre 15, 20 ou 25 euros à peu près, avec une dernière chose, on a décidé de faire ce dossier parce qu'il y a un phénomène incroyable, 30000 consommateurs qui ont décidé directement d'aller voir les producteurs en PACA, c'est énorme. Vous avez des listes d'attente terrible de consommateurs, vous ne pouvez pas faire face ?
José Florini
Oui, hier soir, donc jeudi, on était sur le parvis, il y avait donc le maraîcher, on avait de la viande bio venant de l'arrière pays, Pierlas, on avait aussi du pain bio, des oeufs et des fromages et puis, j'ai été obligé de répondre à trois demandes de gens qui voulaient absolument s'inscrire. Et donc, je leur ai dit qu'ils étaient en attente.
Présentateur
Merci en tout cas donc d'être venu dans notre journal. Je rappelle, c'est le phénomène des AMAP, vous pouvez aller bien sûr Internet vous renseigner, pour savoir quelle est l'AMAP, l'association dans votre quartier, il y en a plein dans le Var et dans les Alpes-Maritimes.