La victoire du vin rosé sur la Commission européenne

09 juin 2009
01m 42s
Réf. 00662

Notice

Résumé :

L'abandon par la Commission européenne de la possibilité de mélanger vin blanc et vin rouge pour fabriquer du vin rosé ravit les viticulteurs varois qui sont les principaux producteurs de ce vin dont la Provence produit plus d'un million d'hectolitres. Le reportage se déroule au domaine Bunan, installé depuis 1962 dans l'aire d'appellation Bandol, qui vinifie 50 % de sa récolte en rosé.

Date de diffusion :
09 juin 2009
Source :

Éclairage

La Commission européenne vient de renoncer à faire adopter par l'Union européenne l'autorisation de fabriquer du vin rosé en coupant du vin rouge avec du vin blanc. L'annonce de cet abandon et donc la préservation de la vinification traditionnelle du vin rosé (à partir de cépages rouges) constitue une victoire pour les viticulteurs provençaux. En effet, la Provence est la première région mondiale productrice de rosé de qualité, sous appellation d'origine contrôlée (AOC), avec, en 2011, 170 millions de bouteilles proposées par 600 producteurs et 70 sociétés de négoce. Le coupage proposé à Bruxelles constituait donc une menace contre une production emblématique, au point d'être devenu indissociable d'une certaine image touristique et culturelle de la région.

Le projet de modification de la réglementation européenne a bien failli passer. La représentation française ne s'y était pas opposée le 27 janvier, lors d'une première consultation indicative. Le projet était fortement soutenu par le négoce (le Comité européen des entreprises du vin) qui voyait là un moyen de profiter du succès du vin rosé auprès des consommateurs en « baptisant » avec du vin rouge du vin blanc bas de gamme difficile à écouler. Introduit dans le nouveau règlement européen des pratiques œnologiques, le coupage devait se faire sur la base de 98 % de vin blanc et 2 % de vin rouge. La justification officielle était que cette pratique était déjà utilisée par les principaux concurrents de l'Europe dans le monde, en Australie ou en Afrique du Sud, et qu'elle devait servir à pénétrer le marché asiatique. Le risque était de dénaturer l'image du rosé, image en très nette amélioration grâce au travail de longue haleine mené, notamment en Provence, par les vignerons et les œnologues, pour transformer un « petit » vin de vacances en produit de qualité. L'enjeu économique pour la région est essentiel, puisque, depuis plusieurs années, le rosé voit ses exportations se développer et sa consommation s'accroître en France alors que la consommation globale de vin est à la baisse.

Ayant failli se laisser piéger, la viticulture provençale s'est mobilisée durant le premier semestre 2009, réunissant dans la défense du vrai rosé les collectivités locales, à commencer par le Conseil régional comme en témoignait la grande banderole qui barrait la façade de l'Hôtel de région. Il fallait convaincre Bruxelles (la commissaire à l'Agriculture, Mariann Fischer-Boel) et le gouvernement français (le ministre de l'Agriculture Michel Barnier), sensibles à d'autres intérêts régionaux ou professionnels, qui proposaient une distinction claire entre vin rosé "coupé" et "traditionnel". La France, soutenue par la Hongrie, puis par la Grèce ayant fait part de ses "réserves" à Bruxelles, la Commission européenne a dit prendre conscience "des préoccupations des producteurs de certaines régions, comme ceux de Provence", avant d'abandonner le projet avant même la décision finale, qui était attendue pour le 19 juin.

Le reportage fait part de la satisfaction de producteurs de l'appellation Bandol. Il se déroule dans l'un des domaines importants de cette petite appellation (une soixantaine de producteurs et 55 000 hl de vin sur 1 500 hectares environ), celui de la famille Bunan, une famille de rapatriés d'Algérie installée à La Cadière et au Castellet en 1962. Le choix de ce site est paradoxal, mais significatif. En effet, l'AOC Bandol, l'une des premières AOC de la région, a bâti légitimement sa notoriété sur un vin rouge de garde, provenant d'un cépage, le mourvèdre. Or l'engouement des consommateurs, l'association de la Provence touristique et du rosé, les besoins de trésorerie (le rosé n'a pas à être gardé en cave plusieurs années) ont conduit les viticulteurs de l'AOC Bandol à s'engager à leur tour dans la production de rosé. Elle correspond aujourd'hui à près de 65 % de la production totale.

Le cœur de la production n'en reste pas moins l'AOC Côtes de Provence, qui, avec 20 000 ha, couvre l'essentiel du Var et l'est des Bouches-du-Rhône, et vinifie plus de 80 % de sa production (1 million d'hl) en rosé. À ses côtés, les deux autres AOC jumelles les Coteaux d'Aix-en-Provence et les Coteaux varois, soit un peu plus de 6 000 ha qui vont des Alpilles à la région de Brignoles, vinifient elles aussi entre 70 et 80 % de leur production en rosé (200 000 hl). Au total, la Provence représente aux environs de 45 % de la production nationale de vin rosé et en exporte 10 % production, surtout en Europe (Suisse, Belgique, Allemagne, Pays-Bas). En 1999, les producteurs et négociants provençaux ont créé à Vidauban (Var) le Centre de recherche et d'expérimentation sur le vin rosé, expression de leurs ambitions et de leur souci de promouvoir une production enviée.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
De longues semaines de doute et finalement la bonne nouvelle pour les producteurs de rosé. Nous vous en parlions hier, la Commission de Bruxelles a abandonné l'idée de permettre le coupage du vin. Une victoire au parfum particulier pour des viticulteurs en quête de reconnaissance.
Viticulteur
C'est une joie et c'est une grande nouvelle, c'est une belle nouvelle et on a besoin, nous les vignerons, d'avoir de bonnes nouvelles comme cela. Enfin, les européens et ces commissions européennes ont compris les vignerons et le problème que pouvait faire ce coupage du rosé par rapport à un rosé naturel, comme nous les avons toujours élaborés depuis très très longtemps.
Journaliste
Depuis 1962 exactement, date de la première récolte du domaine Bunan, près de 50 ans d'un travail passionné, pour arriver à faire admettre au monde entier que le rosé est un vin à part entière.
Viticultrice
On s'en rend compte parce qu'on a de moins en moins de questions sur comment est fait le rosé, est-ce que c'est du blanc et du rouge mélangés, justement, on avait de moins en moins ces questions-là qui, avec l'idée de ce décret, revenaient.
Journaliste
En 30 ans, les exploitations viticoles, le plus souvent familiales, ont presque triplé dans le Bandolais. Ici, 50 % de la production est du vin rosé. Plus largement, la Provence produit chaque année plus d'un million d'hectolitres de rosé. La levée de l'interdiction du coupage aurait eu un effet dévastateur.
Viticulteur 2
Exactement, oui, c'est toute une vie de travail, une vie... Tous les vignerons qui travaillent pour le rosé, ils font du rosé, ça a été donc... Il y a... la clientèle est habituée à ces goûts-là, et là il y aurait eu une confusion, une confusion.
Journaliste
La volte-face de Bruxelles est certes bien vue d'ici, mais désormais, on regardera de plus près le travail des députés européens, si loin soient-ils.