Un jour un train arriva en gare de la Ciotat

18 août 2017
01m 22s
Réf. 00677

Notice

Résumé :

Cette courte archive a été tournée à La Ciotat le 26 décembre 1961, pour célébrer, à 48 heures près, le 66e anniversaire de la toute première séance publique du Cinématographe Lumière. Le reportage s'ouvre sur un plan qui reproduit L'arrivée du train tandis que le commentaire précise qu'il s'agit d'un « geste pieux ». On parcourt ensuite les lieux qui marquent le souvenir laissé par les célèbres frères et leurs films à La Ciotat.

Date de diffusion :
26 décembre 1961
Source :

Éclairage

« M. Antoine Lumière, le grand industriel lyonnais, qui a fixé sa résidence de saison dans notre ville maritime, inaugurait la magnifique habitation qu'il a fait construire dans le style toscan, en face du merveilleux golfe des Lecques ... » écrivait, en 1893, le correspondant local du Petit Marseillais à La Ciotat. Qui est donc devenue « le Berceau du cinéma »... parce que la famille Lumière y possédait une résidence secondaire !

Le 13 février 1895, soit moins de deux ans après cette brillante pendaison de crémaillère, les deux fils d'Antoine, Louis et Auguste, déposent en effet le brevet du Cinématographe. Louis, qui en est, en fait, le véritable inventeur, tourne parallèlement les premiers films. D'abord à Lyon - le tout premier montre la sortie des ouvriers (et ouvrières) de l'usine familiale - mais aussi, très rapidement, à La Ciotat où les Lumière descendent le plus souvent possible.

Et le hasard a voulu que ce soit les films « ciotadins » qui deviennent les plus célèbres ! Dès la première projection publique, le 28 décembre 1895 à Paris, dans le Salon Indien du Grand Café, ce sont eux qui « accrochent » le public. Tourné dans le petit port privé des Lumière, la mer fait rêver (Les congés payés n'existent pas encore, et beaucoup de gens n'ont jamais vu la grande bleue). Le repas de bébé - le bébé en question étant la nièce de Louis - émerveille parce que la scène est charmante et aussi parce qu'à l'arrière-plan, on voit les frondaisons du Château Lumière agitées par le vent («Oh, les feuilles bougent !» s'exclament les spectateurs). Mais le film qui se taille le plus grand succès, c'est L'arroseur arrosé, la première comédie sur pellicule, tournée pendant l'été à La Ciotat avec la complicité du jardinier des Lumière, François Clerc, et d'un autochtone appelé Léon Trotobas.

L'arrivée du train (en gare de La Ciotat), que Louis a également tourné pendant l'été, ne figure pas au programme de cette première séance. Cette « vue » (le mot anglais « film » ne se généralisera qu'à partir de 1910) sera projetée quelques jours plus tard, en janvier 1896. Le Cinématographe cesse alors d'être une curiosité pour devenir un événement mondial. Car les fameuses réactions des spectateurs, paniqués de voir le train « foncer » sur eux, ne relèvent pas de la légende ! Georges Franju exagère à peine quand il affirme que « L'arrivée du train est le premier film d'épouvante » !

Est-ce en raison de cette émotion initiale que ce petit film de 59 secondes est resté gravé dans la mémoire collective ? Toujours est-il que les cinéphiles lui vouent un véritable culte. Les uns vantent son remarquable sens de la mise en scène. Les autres soulignent qu'il contient déjà toute la grammaire du cinéma (échelle des plans, jeu sur la profondeur de champ, etc). Des exégètes ont repéré Madame Lumière mère dans la foule des voyageurs, tandis que d'autres, non moins maniaques, ont identifié le train ! (Après étude approfondie de la topologie de la gare, de l'indicateur Chaix de 1895, et de l'heure approximative donnée par la lumière du film, il s'agit de l'omnibus qui reliait quotidiennement Marseille à Vintimille en 56 arrêts...)

En tout cas, comme on le voit dans l'archive proposée ici, le souvenir des frères Lumière est resté extrêmement vivace à La Ciotat. Outre la plaque commémorative apposée dans la gare en 1942, un monument en leur honneur a été édifié, face à la mer, en 1958. Et le meilleur est à venir ! Du temps où la famille Lumière venait en villégiature à La Ciotat, il existait une salle de spectacle, L'Eden Concert, où Antoine est venu plusieurs fois tourner la manivelle pour présenter aux autochtones les « vues » réalisées par ses illustres fils. Très vite, l'Eden est devenu un cinéma qui a fonctionné jusqu'à l'orée des années 80. Or, le bâtiment est toujours debout et quasi intact ! Racheté par la Ville et actuellement en cours de restauration, il rouvrira ses portes en octobre 2013, toujours habité par le souvenir des Lumière, pour devenir très officiellement « le plus vieux cinéma du monde », et, plus qu'un musée, un berceau pour le cinéma d'hier et de demain.

Bibliographie

Jacques Rittaud-Hutinet, Les frères Lumière, l'invention du cinéma. Flammarion, 1995

Ressources en ligne

Le programme de la première séance (Paris, 28 décembre 1895) peut être intégralement visionné sur le site de l'Institut Lumière qui propose également une vidéo montrant le fonctionnement du Cinématographe.

L'arrivée du train est visible sur You Tube.

Jeanne Biscioni-Baumberger

Transcription

(Musique)
Journaliste
Rien n’est plus quotidien que l’entrée en gare d’un train à La Ciotat. Rien n’est plus banal et ces voyageurs eux-mêmes s’étonnent de l’intérêt insolite que leur porte notre caméra. Disons que de la part de ladite caméra, il s’agit là d’un geste pieux, d’un ex-voto en somme, à l’image, c’est bien le cas de le dire, de cet autre gravé dans le marbre.
(Musique)
Journaliste
C’était le 28 décembre à Paris dans les sous-sols du Grand Café, après une projection privée dans la maison familiale de La Ciotat ; les frères Lumière présentaient à une foule étonnée et parfois terrorisée L’entrée d’un train en gare , le premier film de tous les temps.