Et Bardot inventa Saint-Tropez...

23 octobre 2017
02m 23s
Réf. 00700

Notice

Résumé :

Dans cette archive de décembre 1982, Brigitte Bardot évoque ses souvenirs du film Et Dieu créa la femme, tourné 27 ans plus tôt. Sur les images de la fameuse séquence du mambo, le commentateur rappelle tout d'abord que c'est grâce au succès de scandale remporté par le film aux Etats-Unis que Brigitte Bardot est devenue un mythe. L'actrice raconte que le film a pu se financer grâce à l'adhésion de Curd Jürgens au projet et rend hommage au comédien allemand.

Type de média :
Date de diffusion :
19 décembre 1982
Source :

Éclairage

Quand, en 1955, Roger Vadim commence à écrire le scénario de Et Dieu créa la femme avec l'aide du producteur Raoul Lévy, il ambitionne de « restituer le climat d'une époque. » Et il veut le faire à travers un personnage - Juliette - qui lui est très fortement inspiré par sa jeune et fantasque épouse de 20 ans, Brigitte Bardot. « Juliette, écrit-il, est une fille de son temps, qui s'est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société et dont la sexualité est entièrement libre. »

Comme le raconte Brigitte Bardot dans notre archive, personne ne veut financer ce film porté par un producteur inconnu, associé à un réalisateur et à une starlette qui n'ont pas fait ses preuves, et dont le sujet est de surcroît « osé » (BB doit notamment apparaître nue, ce qui, à l'époque, est tabou). Le trio concocte alors un plan de bataille. Tandis que Bardot se rend au Festival de Cannes, où elle fait tout pour attirer l'attention des photographes, Vadim et Lévy vont voir Curd Jürgens, star alors très bankable, pour tenter de le convaincre de jouer dans le film. Pari gagné ! L'acteur allemand accepte le rôle, spécialement mitonné pour lui, et le film trouve aussitôt son financement. Il pourra même être tourné en couleurs !

Mis à part des intérieurs réalisés dans les studios de la Victorine, à Nice, Et Dieu créa la femme est tourné à Saint-Tropez, qui n'est alors qu'une bourgade un peu endormie du Var. (Même si les lieux ont passablement changé depuis les années 50, on peut encore reconnaître, en toile de fond, les quais Frédéric Mistral et Jean Jaurès, le môle Jean-Reveille, La Ponche ou encore la rue Cepoun San Martin.) Brigitte Bardot tombe follement amoureuse et de l'endroit et de son partenaire Jean-Louis Trintignant, mais ne restera fidèle qu'au premier.

Quand le film sort sur les écrans français en novembre 1956, la critique n'est tendre ni pour Vadim, accusé de facilité, ni pour Bardot, jugée exécrable. Le chroniqueur Paul Reboux, aujourd'hui bien oublié, écrit même qu'elle a « le physique d'une boniche et la façon de parler des illettrés ». Dans un premier temps, le public, lui, ne repère tout simplement pas le film.

Et Dieu créa la femme ne se transforme véritablement en phénomène que quelques mois plus tard, lors de sa sortie aux USA. La presse américaine, complètement subjuguée par l'affriolante Française, titre : « Et Dieu créa la femme et le diable créa Bardot » et le film remporte un énorme succès de scandale. Brigitte Bardot devient alors un sex symbol dans le monde entier, « le fantasme inaccessible de tous les hommes mariés », comme le lui avait promis Vadim. Mais, à la fois ingénue et libertine, impudique et franche, elle est aussi le modèle absolu de la femme libérée, auquel Simone de Beauvoir elle-même apporte sa caution. Brigitte Bardot, écrit celle-ci, ne se soucie pas le moins du monde de l'opinion des autres [...] Elle suit ses penchants. Elle mange quand elle a faim et elle est amoureuse avec la même simplicité, sans cérémonie. Le désir et le plaisir sont pour elle plus convaincants que les préceptes et les conventions. [...] Elle fait ce qui lui plaît et c'est cela qui est troublant ».

La mythification de Saint-Tropez suit de près celle de l'actrice. Le film « lance » le paisible village, qui devient le point de ralliement de la jet set, l'endroit incontournable où il faut être. D'autant que quelques mois après ce fracassant succès, Brigitte Bardot y déniche enfin la villa de ses rêves et commence à y vivre une partie de l'année. Sea, sex and sun, La Madrague entre alors dans la légende de la Côte d'Azur et de ses folles nuits. Et cela, parce qu'un jour Et Dieu créa la femme...

Bibliographie

Brigitte Bardot : Initiales BB : mémoires, Grasset, 1996

Dossier de présentation de l'exposition Brigitte Bardot, les années « insouciance », Boulogne Billancourt, 2009.

Filmographie :

Roger Vadim : Et Dieu créa la femme, 1956 (disponible en dvd)

Jeanne Biscioni-Baumberger

Transcription

(Musique)
Journaliste
16ème film, Et Dieu créa la femme , les Américains rajouteront Et le diable créa Bardot .
(Musique)
Journaliste
En fait, c’est aux Américains que Brigitte Bardot doit peut-être sa carrière. Après une apparition complètement ignorée en France, le film fera un succès aux Etats-Unis ou plutôt dérangera, il n’en fallait pas plus.
(Musique)
Brigitte Bardot
Et Dieu créa la femme , Vadim, Raoul Lévy et moi qui n’étions rien, ni des uns ni des autres ; ni Raoul Lévy comme producteur, ni Vadim comme metteur en scène, ni moi comme actrice, avaient décidé de faire un film. Or, le film ne pouvait être fait qu’en noir et blanc parce qu’on était tous les trois des ringards et qu’aucun distributeur ne voulait mettre un sou sur ces trois ringards. Alors, Raoul Lévy et Vadim ont dit, on va demander à Curd Jürgens de jouer un rôle là-dedans. Vadim en quelques heures a écrit un rôle comme deux cheveux sur de la soupe pour Curd Jürgens. Et ils sont partis à Munich tous les deux avec le scénario sous le bras pour essayer de décrocher Curd Jürgens ; parce que s’il y avait Curd Jürgens, on pouvait faire le film en couleur. Puis, il y avait plein d’argent, tout s’ouvrait, les portes et les portefeuilles et tous le tintouin. Et Curd Jürgens a lu et il a accepté de jouer dans Et Dieu créa la femme, à une seule condition, c’est qu’il soit seul au-dessus du titre. Curd Jürgen dans Et Dieu créa la femme . Bon, très bien, moi, je passais adieu la balayette derrière.
Journaliste
Ça ne vous dérangez pas, il était un peu fait pour vous ce film ?
Brigitte Bardot
Il était fait pour moi, mais moi, je n’étais rien du tout. Bon, il fallait vraiment faire le film. Et quand le film a été monté, et qu’on l’a présenté à Curd Jürgen, il a été formidable. Vraiment, là, je dois lui rendre un hommage ; parce que je trouve que c’est quelqu’un d’abord qui a disparu et qui était merveilleux, un homme d’une grande classe, un prince. Il a dit, ce film est le film de Brigitte Bardot, elle y est remarquable ; et je tiens absolument à ce qu’elle soit au-dessus du titre avec moi. C’est comme ça que Et Dieu créa la femme a été présenté avec Curd Jürgens et Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme . C’est un beau cadeau.