Cannes : Bilan du G20

04 novembre 2011
01m 58s
Réf. 01000

Notice

Résumé :
Le G20, réuni à Cannes les 3 et 4 novembre 2011 dans un contexte difficile, doit faire face à la crise grecque et à ses conséquences sur l’économie européenne, mais aussi à la situation délicate de l’Italie. Nicolas Sarkozy, qui le présidait, et Angela Merkel, soutenus par Barack Obama, ont fait plier la Grèce et mis l’Italie sous surveillance. Le G20 a traité également de la lutte contres les « paradis fiscaux » et du projet de taxe sur les transactions financières.
Date de diffusion :
04 novembre 2011
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Éclairage

Le G20 qui est réuni à Cannes, au palais des Festivals, les 3 et 4 novembre 2011 est la plus grande rencontre internationale organisée en France. Il réunit en effet les chefs d’État ou de gouvernement des pays les plus riches de la planète. Ce n’est pas la première fois que Cannes, proche de l’aéroport de Nice et aux grandes capacités hôtelières, accueillait un événement de ce type. En 2007, c’est là que s’était tenu le 24e sommet France-Afrique (Voir ce document). Mais la réunion du G20 a une toute autre ampleur et importance. Pour cet événement planétaire, 33 délégations étaient attendues, soit 6 000 délégués. Au total, près de 15 000 personnes (dont 3 000 journalistes) sont à Cannes pour un sommet de première importance pour la vie du monde.
Ces rencontres ont été créées au moment du premier choc pétrolier en 1975-76 avec d’abord 6 puis 7 grandes puissance (G7, comprenant les États-Unis, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, le Japon, l’Italie et le Canada), auxquelles sont venues s’ajouter au fil du temps, la Russie, puis la Chine, le Brésil, l’Argentine, l’Inde, l’Indonésie, la Corée du Sud, l’Australie, l’Afrique du Sud et l’Arabie saoudite, plus l’Union européenne, d’où le G20. Leurs réunions tournent de pays à pays en fonction de l’État qui le préside. Les précédentes ont eu lieu en 2010 à Toronto et Séoul. La présidence ayant échu à la France, c’est elle qui a organisé le sommet de Cannes. La finalité de ces rencontres est d’abord économique. Il s’agit d’abord, sinon de régler les crises, du moins de discuter des moyens d’y faire face et de coordonner les politiques. Préparé de longue date, le G20 de Cannes devait à quelque mois de l’élection présidentielle, constituer une sorte de couronnement international pour le président de la République, Nicolas Sarkozy. Or, la crise grecque qui a pris un tour aigu depuis le printemps, vient bousculer cet agenda. C’est elle qui occupe l’essentiel des discussions entre délégations. Il s’agit en effet de traiter à chaud du problème posé par une Grèce incapable de rembourser la dette colossale qu’elle a contractée et mettant en péril la zone euro où elle a été imprudemment intégrée en 2001. L’économie mondiale, déjà fragilisée par la crise dite des subprimes partie des États-Unis en 2006, risque la paralysie et la situation est particulièrement préoccupante dans l’Union européenne. L’atmosphère est tendue. Soutenu par Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel font plier le gouvernement du socialiste Georges Papandreou qu’ils ont rencontré à Cannes à la veille du G20 en lui imposant le deuxième plan de sauvetage négocié fin octobre à Bruxelles (il prévoit, en échange d’un appui financier, des économies drastiques et la restructuration de la dette grecque avec abandon par les banques de 50 % de leurs créances). Ils reçoivent l’appui de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, ancienne ministre des Finances du gouvernement français, qui a menacé la Grèce de lui couper les crédits, ce qui aurait entraîné la faillite du pays. Georges Papandreou doit abandonner le projet de référendum sur le plan de sauvetage qu’il comptait proposer aux Grecs, alors que, depuis les coupes budgétaires du printemps, le pays est secoué par la révolte sociale. Le G20 examine aussi la cas italien et, en dépit des rodomontades de Silvio Berlusconi (contraint de céder sa place à Mario Monti peu après), met le pays sous surveillance du FMI. La suite montrera que rien n’a été réglé, en particulier en Grèce. L’adoption d’un plan d’action pour la croissance et l’emploi reposant largement sur la bonne santé économique des pays émergents (Chine, Brésil, Turquie) n’aura guère de traduction, ces pays entrant à leur tour dans des temps difficiles. Déjà, l’idée d’un financement international pour lutter contre le réchauffement climatique est avancée, tandis qu’un nouvel appel à signer les textes de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui protègent les travailleurs est lancé… Le G20 discute aussi de la taxe sur les transactions financières, mais José Manuel Barroso et Nicolas Sarkozy qui la défendent échouent devant les oppositions américaines et britanniques.
Un succès relatif concerne les « paradis fiscaux », en mettant à l’index 11 d’entre eux, dont la Suisse. Ce résultat est salué par les ONG qui suivent le G20 avec attention. Ce sont elles qui mobilisent une partie des altermondialistes qui manifestent en marge du sommet (voir L'action des altermondialistes contre le G20 de Cannes). La ville de Cannes étant bouclée par la police, les manifestations ont lieu à sa périphérie, au Cap d’Ail, à Nice et même à Monaco. Elles réunissent plusieurs milliers de personnes (5 à 10 000 à Nice) venues à l’appel d’un large éventail d’associations qui vont d’Emmaüs, Oxfam, Action contre la faim à des groupes d’extrême gauche comme Attac. Elles mettent l’accent sur ce qui devrait être à leurs yeux les priorités sociales et environnementales des gouvernants. Elles dénoncent l’immoralité de la finance internationale faisant un large usage des « paradis fiscaux » par où transitent les profits d’entreprises multinationales, où l’argent de tous les trafics est blanchi et où sont localisés les fonds spéculatifs. À la différence de ce qui s’était produit à Toronto ou Séoul, ces manifestations se font sans violence et sont plutôt organisées sur un mode festif comme le montre le rassemblement qui se tient sur la place Garibaldi, à l’orée de la vieille ville de Nice ou la baignade (sous haute surveillance) qui a lieu sur la plage de la Réserve près du port de cette ville.
Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Alors, que faut-il retenir de ce sommet de Cannes, G20 qui a été annexé par la crise de la Zone Euro ? Tractations, ambiance et dernières déclarations avec Jean-Paul Chapel et Alain Dubat.
Journaliste
Temps gris, tendance orageuse, le ciel de Cannes aura été à l’image de ce G20 de crise. Parmi les rares éclaircies, une petite avancée dans le projet de taxes sur les transactions financières. La France et l’Allemagne veulent l’appliquer dès l’an prochain, le Brésil et l’Argentine se disent intéressés, mais les Etats-Unis et l’Angleterre restent farouchement opposés. La lutte contre les paradis fiscaux se poursuit, une nouvelle liste est publiée, onze pays mis à l’index, dont la Suisse et le Liechtenstein. Le Président français affiche son volontarisme.
Nicolas Sarkozy
Les gouvernements peuvent agir et ne sont pas condamnés à subir.
Journaliste
Les pays qui ont des excédents, comme la Chine, se sont engagés à soutenir la croissance mondiale ; mais c’est la crise en Europe qui a mobilisé l’essentiel du temps et de l’énergie des vingt chefs d’Etats.
Barack Obama
Sarkozy, Merkel, Barroso, en plaisantant ils m’ont dit que j’ai eu droit, en quelques jours, à un cours accéléré de politique européenne.
Journaliste
Après la Grèce, l’Italie. Sa dette inquiète les marchés financiers, ses comptes publics sont jugés peu crédibles. Elle sera mise sous surveillance du Fonds Monétaire International.
Christine Lagarde
Je crois fondamentalement que l’Italie mène une politique, engage des réformes qui sont appropriées.
Journaliste
Mais ça ne suffit pas pour convaincre les marchés.
Christine Lagarde
Eh bien, il faut peut-être qu’un tiers, extérieur, qui a l’expertise de ce genre de situation, qui agit de manière totalement indépendante et très exigeante vienne dire, c’est fait ou ce n’est pas fait.
Journaliste
Et c’est vous, le FMI.
Christine Lagarde
C’est, en l’occurrence, le FMI qui est invité et j’espère que nous pourrons aller sur place avant la fin du mois de novembre.
Journaliste
Un FMI qui pourra, en prime, apporter l’aide financière d’urgence dont l’Europe risque d’avoir besoin bientôt.