Visite du premier ministre Manuel Valls à Menton

16 mai 2015
02m 02s
Réf. 01015

Notice

Résumé :
Le premier ministre Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, se sont rendus à Menton cet après-midi. Ils sont venus inspecter les renforts de sécurité mis en place cette semaine à la frontière franco-italienne pour faire face à l'afflux de migrants qui arrivent d'Afrique. Manuel Valls a déclaré que la France était opposée au système des quotas qui devrait répartir les migrants dans chaque pays d'Europe.
Date de diffusion :
16 mai 2015
Source :

Éclairage

La frontière franco-italienne, entre Menton et Vintimille, est de longue date un point de passage pour les migrants. De la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960, ce sont des centaines de milliers d’Italiens sur le « chemin de l’espérance » qui y passent de manière légale ou illégale. D’autres suivront, en provenance d’Europe de l’Est ou du Maghreb. Avec la mise en place de la libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne par les accords de Schengen en 1995 et le renforcement des contrôles aux frontières de l’Europe, et alors que l’Italie accueille un flux croissant de migrants, la question du contrôle migratoire entre la France et l’Italie se pose à nouveau au début du XXIe siècle. Ceux qui aspirent à une vie meilleure en Europe, après avoir débarqué sur l’île italienne de Lampedusa, située à seulement 138 kilomètres des côtes tunisiennes, traversent la Péninsule pour se retrouver au poste frontière du Pont Saint-Louis à Menton. Ils cherchent parfois à le contourner en franchissant le « pas de la mort », un chemin escarpé et accidenté au départ du village italien de Grimaldi. Parmi ces migrants, les Tunisiens sont en nombre. En 2008 et 2009, les gouvernements français et italiens signent des accords avec la Tunisie afin de réguler le flux sur le mode d’une « immigration choisie » faisant la part belle aux diplômés dans des secteurs d’activité demandeurs. Pour les autres, des mesures favorisant leur « réadmission » dans leur pays d’origine sont adoptées. Conjugués au renforcement de l’activité de l’agence européenne de surveillance des frontières (FRONTEX), les résultats vont dans le sens d’une forte décrue du nombre de migrants tunisiens. La chute du régime autoritaire de Ben Ali à Tunis, le 14 janvier 2011, inaugurant le « Printemps arabe », et notamment l’insurrection en Libye, réactive toutefois le mouvement. Avec la « Révolution de Jasmin », ce sont en quelques semaines 20 000 Tunisiens qui débarquent à Lampedusa où les capacités d’accueil ne sont que de 850 personnes. Le relâchement sécuritaire consécutif à la chute du régime, le maintien de fortes inégalités sociales, les incertitudes liées au bouleversement politique expliquent pourquoi ceux qui ont sans doute un projet migratoire de longue date font le choix de migrer massivement à ce moment plutôt que de profiter d’une liberté retrouvée.
En Italie, le ministre de l’Intérieur du gouvernement Berlusconi, Roberto Maroni, issu de la xénophobe Ligue du Nord, parle d’une invasion. Face à l’afflux soudain de ces migrants tunisiens, un « état d’urgence humanitaire » est décrété. Les autorités se disent « laissées seules » et en appellent au soutien des partenaires européens. Si, dès le mois de février 2011, les patrouilles maritimes sont renforcées le long des côtes tunisiennes dans le cadre du dispositif FRONTEX, aucun voisin n’entend accueillir ces migrants considérés comme irréguliers. La France est particulièrement concernée. En effet, une part importante des migrants tunisiens entend s’y rendre. La présence de 625 000 compatriotes (soit 56% des Tunisiens à l’étranger) offre des perspectives d’accueil dans le cadre de solidarités familiales ou villageoises. Mais le président de la République Nicolas Sarkozy redoute un « flux migratoire incontrôlé ». Son ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, est envoyé à Tunis pour demander le respect de l’accord de 2008 et indiquer que la France « n’accepte plus d’immigration irrégulière ». Les rapports avec l’Italie se tendent. Paris dénonce le « laxisme » des autorités italiennes qui accordent des permis de séjour temporaire, ne respectant pas, dès lors, les règles établies par la convention de Schengen qui stipulent que les migrants doivent présenter un passeport en règle et des ressources suffisantes pour pouvoir séjourner dans le pays de destination puis repartir dans leur pays. En d’avril 2011, un train de migrants tunisiens en direction de Nice est bloqué à la frontière et le trafic ferroviaire est suspendu momentanément. La France déroge ainsi à la convention de Schengen ; ce que le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, juge « illégitime ». Paris « viole clairement les principes généraux de l'esprit européen » déclare-t-il. Le retour des contrôles frontaliers par un déploiement d’importantes forces de polices et le renvoi systématique des Tunisiens ont pour conséquence leur concentration à Vintimille. Leurs conditions de séjour sont très précaires et une partie de la société civile s’organise pour leur venir en aide.
Au printemps 2015, une nouvelle « crise migratoire » ravive les tensions à la frontière franco-italienne. Au cours de l’année 2014, le nombre de migrants qui débarquent sur les côtes européennes est à la hausse. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve s’inquiète d’une « pression migratoire très forte » tandis qu’à la fin de l’année, le préfet des Alpes-Maritimes remarque que les migrants sont « plus que lors du printemps arabe ». L’agence FRONTEX en dénombre 283 000, entrés illégalement dans l’Union européenne au cours de cette année 2014. L’aggravation du conflit en Libye, la guerre civile en Syrie et en Irak contribuent à alimenter le flux. Au début de l’année 2015, des renforts de police sont dépêchés à la frontière franco-italienne afin de renforcer les contrôles. Dans les premières semaines de mai, la police procède à près de 1 000 interpellations dans la bande frontalière de 20 kilomètres ; les deux tiers sont « réadmis » en Italie. Les élus locaux de droite, habitués aux déclarations en faveur du renforcement de la sécurité et de la lutte contre l’immigration, s’alarment de la situation. Le député de Nice, Éric Ciotti, demande au Premier ministre socialiste en visite au festival de Cannes de venir sur place en prendre la mesure. Le 16 mai, Manuel Valls se rend à la gare de Menton, au poste frontière de Saint-Louis ainsi qu’au péage autoroutier de La Turbie afin d’inspecter le dispositif de contrôle. Il déclare à cette occasion devant les médias être opposé à la politique des « quotas » préconisée par la Commission européenne. Selon le plan d’action défini à Bruxelles en fonction du PIB, de la population et du niveau de chômage du pays, la France doit accueillir 14,17 % des migrants soit 2 375 personnes. Or le premier ministre Manuel Valls estime qu’il convient de « tenir compte des efforts déjà consentis » en référence aux populations accueillies par le passé. Il s’agit surtout pour le gouvernement de donner des gages à une opinion publique de plus en plus sensible aux discours anti-immigration d’une partie de la droite et surtout d’une extrême droite à l’audience croissante. Il convient pourtant de relever que, contrairement aux Tunisiens en 2011, ces migrants ne manifestent pas l’intention de s’installer en France et que le passage de la frontière n’est qu’un transit vers l’Europe du Nord. Dans les semaines qui suivent la visite de Manuel Valls, le gouvernement leur en interdit la possibilité en fermant en juin la frontière à Menton, conformément aux règles adoptées par l’Union européenne en 2013 qui permet le franchissement de la frontière dans des « circonstances exceptionnelles ». Les pays de l’Union continuent d’afficher leurs divergences sur la question migratoire. Pendant ce temps, les centres d’hébergement de Vintimille se retrouvent surchargés tandis que des campements s’installent dans des conditions de fortune à quelques mètres du poste frontière. Il faudra la diffusion de la photographie d’un très jeune garçon mort, échoué sur une plage turque au début du mois de septembre 2015 pour que, sous le coup de l’émotion qui saisit les opinions publiques, les gouvernements européens trouvent un terrain d’entente et que la France, par la voix du président de la République, revienne sur son opposition aux quotas. La situation se débloque à Menton, même si les contrôles demeurent de rigueur, cette fois justifiés par la menace terroriste.
Sur le même thème, voir Entre Menton et Vintimille, aider les migrants après la « Révolution du Jasmin ».
Bibliographie
Stéphane Mourlane

Transcription

Présentateur
Le Premier ministre Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, se sont rendus à Menton cet après-midi. Ils sont venus inspecter les renforts de sécurité mis en place cette semaine à la frontière franco-italienne pour faire face à l’afflux de migrants qui arrivent d’Afrique. Manuel Valls a déclaré que la France était opposée au système des quotas qui devrait répartir ces migrants dans chaque pays d’Europe. Henri Migout, Laurent Verdi avec Coralie Chaillan.
Journaliste
9000 réfugiés syriens et irakiens accueillis en France depuis 2012. Depuis plusieurs mois, des flux migratoires deux fois plus importants que ceux liés au printemps arabe, un millier de clandestins interceptés en trois jours dans les Alpes Maritimes, la visite de Manuel Valls à Menton avait un caractère d’urgence. Le Premier ministre est revenu sur le plan d’action pour l’immigration et l’asile, présenté mercredi par la Commission Européenne. La France est, plus que jamais, attachée au droit d’asile ; en revanche, elle est contre le projet de quotas pour les migrants.
Manuel Valls
Ceci n’a jamais correspondu aux propositions françaises. En revanche, l’Europe doit avoir une politique de l’asile et la France a entrepris de réformer la sienne pour la rendre plus efficace. Le texte est en discussion, actuellement, au Sénat.
Journaliste
Autre proposition de l’Union Européenne, un transfert des demandeurs d’asile entre les pays européens. Aujourd’hui, la France, l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni, et la Suède accueillent 75% des demandeurs d’asile. Beaucoup passent par l’Italie et ensuite par la France, via Menton.
Jean-Claude Guibal
Nous les voyons passer, ils ne créent pas de trouble à l’ordre public, ils passent discrètement parce qu’ils sont dans la zone des 20 kilomètres où ils peuvent faire l’objet d’un contrôle, d’une interpellation et d’un renvoi à la frontière, de l’autre côté de la frontière…
Journaliste
La visite de Manuel Valls a laissé beaucoup d’élus locaux sur leur faim : ils souhaitent que soit étendue cette bande des 20 kilomètres, définie par la loi, dans laquelle les contrôles peuvent amener à une reconduite à la frontière avec, également, une révision plus générale des accords de Schengen sur la libre circulation dans l’Union Européenne.