La gestion du Palais des Papes d’Avignon par l'entreprise Culturespaces

29 juin 1992
02m 05s
Réf. 01054

Notice

Résumé :
Le palais des Papes d'Avignon est l’un des dix monuments les plus visités en France. Pour améliorer l’accueil du public, la mairie en a confié la gestion à une entreprise spécialisée, Culturespaces. Un premier bilan est fait. .
Date de diffusion :
29 juin 1992
Source :
FR3 (Collection: Atr2 )

Éclairage

Ce reportage permet d’évoquer l’un des principaux monuments de Provence et les problèmes que pose l’encadrement d’un tourisme de masse, nécessitant désormais une meilleure attention à ses demandes. Le pont d’Avignon (pont Saint-Bénézet) a certainement assuré à la ville sa notoriété, mais c’est le Palais des papes qui en est le principal atout touristique. C’est là d’ailleurs, dans la cour d’honneur, que le Festival, créé en 1947 (voir ce document), a établi sa principale scène. Le nombre de ses visiteurs n’a fait que croître depuis la popularisation de la voiture puisqu’Avignon se trouve sur la route, la RN7, qui conduit des millions de vacanciers sur le littoral (voir ce document). Le palais est passé de 65 000 visiteurs en 1932 à plus de 260 000 en 1974. C’est un public hétérogène, régional et national, français et étranger, éclairé et populaire, qui vient découvrir la résidence que les papes, repliés à Avignon pour fuir les guerres intestines romaines, ont fait édifier au milieu du XIVe siècle. En 1992, le nombre de visiteurs dépasse les 500 000. Il est déjà l’un des 10 monuments les plus visités de France. Il le reste aujourd’hui avec autour de 600 000 entrées. Il est vrai qu’il a été classé en 1995, avec le pont et le centre historique de la ville, au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco.

Dominant le Rhône avec ses hautes tours crénelées, édifié en partie sur le rocher des Doms, le Palais des papes est une des grandes réalisations gothiques du Moyen Âge en Provence. Voulu par le pape Benoît XII qui a fait édifier le « palais vieux » sur l’ancienne résidence épiscopale, il a été étendu par son successeur, Clément VI, avec la construction du « palais neuf ». Les travaux se sont étendus sur plus de 30 ans, entre 1335 et 1367, tandis que la décoration de ses principales salles était confiée, principalement, au peintre siennois Simone Martini (mort à Avignon en 1344), puis à son élève Matteo Giovannetti. Mais, après le retour des papes à Rome, l’immense bâtiment, mal entretenu, s’est dégradé au fil du temps. C’était une caserne lorsque Prosper Mérimée, nommé inspecteur général des Monuments historiques en 1834, fait la description émerveillée de ce qu’il perçoit davantage comme « la citadelle d’un tyran asiatique plutôt que la demeure du vicaire d’un Dieu de paix ». C’est après cette visite que le monument est classé en 1840. Récupéré par la ville en 1902, il commence alors à être restauré et cette restauration s’étendra sur presque tout le XXe siècle. En même temps, certaines de ses parties sont affectées aux Archives départementales du Vaucluse, au musée du Vieil Avignon et, en 1976, à un Centre international des congrès. Plus récemment y a été ouvert le Musée de l’œuvre du Palais des papes.

Ce patrimoine exceptionnel est une ressource essentielle pour une ville qui a vu son centre perdre une partie de sa population (souvent la plus aisée) et de ses activités vers ses périphéries, mais c’est aussi une charge très lourde qui s’ajoute à l’entretien d’autres monuments historiques protégés (la ville en compte plus de 150 classés ou inscrits). C’est sans doute pourquoi la municipalité en a confié la gestion à une jeune société, Culturespaces, créée par Bruno Monnier, un temps chargé de mission au secrétariat d’Etat à la Culture. La gestion du Palais des papes est le premier contrat obtenu, dès sa création en 1990, par cette entreprise, soutenue par plusieurs grands groupes nationaux (principalement le groupe Suez). Cette irruption d’une société privée dans ce domaine soulève des craintes, en particulier celle d’une « marchandisation » de la culture, d’où la référence à Disneyland. Culturespace, qui fait entrer dans son giron la Villa Ephrussi de Rothschild (Saint-Jean-Cap-Ferrat) en 1992 et, l’année suivante, le château des Baux, se défend en mettant en avant les aménagements qu’elle a fait réaliser pour faciliter les visites du public et l’augmentation de la fréquentation des lieux. On lui doit l’organisation de plusieurs expositions (sur Bottero en 1993, Dubuffet en 1994 et « Picasso au Palais des Papes 25 ans après » en 1995), mais la convention passée par elle avec la ville ne sera pas renouvelée à l’issue des 6 ans du bail. La ville est alors dans une situation financière très difficile (sous tutelle jusqu’en 1998) et se tourne vers l’Etat pour l’aider à exploiter le Palais. L’influence de Culturespace n’en continue pas moins de croître dans la région, puisque cette entreprise récupère en 2001 la Villa « grecque » Kérylos (Beaulieu-sur-Mer), puis, l’année suivante, le Théâtre Antique d’Orange, classé au Patrimoine mondial de l’Humanité, et qu’elle a acquis l’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence, ouvert en 2015 pour des expositions temporaires consacrées à la peinture et au piano.

Site

Bibliographie
  • Dominique Vingtain, Avignon, Palais des papes, La Pierre-qui-Vire, coll. Zodiaque, 1998, 480 p. et, du même auteur, Le palais des papes d’Avignon XVIIIe-XXe siècles. L’invention d’un monument historique français, Paris, Honoré Clair, 2015, 400 p.
Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Après bien des péripéties, le palais des papes d'Avignon vient de retrouver une nouvelle jeunesse. Vous le savez, depuis un an le palais est géré par une socité privée, Culturespaces, qui très vite avait annoncé qu'elle opèrerait des transformations. Ces dernières sont terminées, et apparemment, nous dit Josée Saint-Paul, elles n'ont en rien défiguré le monument.
Journaliste
Le palais des papes allait-il devenir un Eurodisney médiéval ? Les rumeurs en tout cas les plus folles circulaient l'an dernier à Avignon. A l'origine de la polémique, la décision de la mairie de confier la gestion du monument à une association parisienne, Culturespaces, spécialisée dans l'aménagement de lieux historiques. Le palais des papes, avec ses 500 000 visiteurs par an, est l'un des dix monuments les plus visités en France. Alors comment concilier l'amélioration du confort des touristes, tout en respectant ce lieu chargé d'histoire ? Deux points forts, dans un premier temps, ont été réalisés. L'aménagement d'une part, du cloître Benoît XII, véritable lieu de repos. Le palais n'étant plus seulement un lieu de visite, mais aussi un espace de détente à l'ombre des grands murs. Autre espace aménagé, la terrasse des grands dignitaires, offrant pour la première fois une vue sur la ville et abritant surtout un bar dont l'installation avait été aussi sujet à polémique.
Jean-Paul Trinquier
Le programme qui a été élaboré a été élaboré par monsieur Blanc, conservateur du monument, et qui est très attaché, comme tout le monde sait, à son palais des papes, et qui en fait, a été l'instigateur de toute cette nouvelle politique de mise en valeur et de présentation, pour faire de ce palais un monument modèle.
Journaliste
Les gestionnaires ont essayé par ailleurs d'accueillir le festival dans les meilleures conditions possibles, sans que ce dernier gêne pour autant les visiteurs de la journée. Des projets à plus long terme vont être réalisés, comme l'aménagement du jardin et du verger Urbain V, et l'installation surtout d'un musée sur la vie du palais à l'époque des papes. Des projets qui représentent, bien sûr, de grosses sommes d'argent. Pendant des années, Avignon a profité de l'avantage culturel et surtout financier qu'elle pouvait tirer d'un tel monument. Elle sait désormais que pour garder ce privilège, il faut qu'elle y mette du sien.