Inondations catastrophiques à Arles

06 décembre 2003
03m
Réf. 00541

Notice

Résumé :

Les eaux du Rhône ont commencé leur décrue, après avoir envahi une partie de la ville d'Arles. La situation est grave. Plus de 4 000 personnes ont dû être évacuées. Des sauveteurs sont venus de toute l'Europe. Le président de la Région, Michel Vauzelle, critique l'État qui aurait dû déclencher le plan ORSEC, tandis que le préfet de région défend les initiatives prises.

Date de diffusion :
06 décembre 2003
Source :

Éclairage

L'endiguement des divers bras du Rhône a toujours tenté de contenir les crues qui se produisent régulièrement et de limiter les inondations dans le Bas Rhône. C'est surtout au XIXe siècle que le système a pris de l'ampleur, notamment après les crues de 1840 et de 1856. La digue à la mer qui sert, elle, à limiter les remontées marines provoquées par les vents, est édifiée en 1859 et les digues anciennes sont exhaussées. Or, brutalement, ces protections sont remises en cause par le retour d'inondations catastrophiques à la fin du XXe siècle. Les crues d'octobre 1993 et de janvier 1994, puis celle de décembre 2003, sont d'ampleur "quasi-centennale".

En octobre 1993, des milliers d'hectares ont été inondés en Camargue par suite de la rupture de la digue du Figarès, édifiée en 1840 pour contenir les eaux du Petit Rhône. La crue de janvier 1994 a été moins importante, mais, au total, une quinzaine de brèches ont été ouvertes et près de cent familles ont dû être évacuées. Le système de gestion des eaux du Rhône, beaucoup trop morcelé entre divers intervenants, a révélé ses insuffisances et a du être rationalisé. Les associations traditionnelles ont été dissoutes en décembre 1996 et, après une nouvelle crue en décembre 1998, un syndicat Intercommunal de gestion des digues du Rhône et de la Mer (SYMADREM), regroupant les communes d'Arles, des Saintes-Maries-de-la-Mer et de Port-Saint-Louis, a été créé.

Mais les inondations catastrophiques de décembre 2003 contraignent à aller plus loin. Depuis plusieurs jours, les conditions climatiques étaient épouvantables, avec des pluies abondantes et un fort vent de sud qui empêchait l'eau de s'écouler vers la mer. À partir du 1er décembre, les communes en amont d'Arles, en particulier la vallée des Baux et la plaine dite du déversoir (Boulbon, Tarascon, etc.) sont inondées. Le débit du Rhône dépasse les 13 000 m3/s. Les digues résistent, mais l'eau ouvre des brèches dans la voie SNCF. Dans la nuit du 3 au 4 décembre, une partie du nord de la ville d'Arles est envahie par plusieurs mètres d'eau. Les deux quartiers du Trébon et de Montplaisir, et une zone industrielle (comprenant 250 entreprises) sont touchés de plein fouet. Vingt mille personnes sont sinistrées, douze mille évacuées. On déplore le décès d'une vieille dame. Au total, 750 entreprises subissent des dommages, plus de 2 000 salariés sont soumis au chômage technique. Certaines entreprises - en particulier l'usine Lustucru - ne reprendront plus leur activité. Rapidement les secours se sont organisés avec des moyens exceptionnels et des renforts venus d'un peu partout. Au total, cinq cents pompiers français ou éléments de la sécurité civile, mille pompiers européens (allemands, italiens, belges et tchèques), plusieurs centaines de militaires et de policiers sont déployés. Il faudra plusieurs jours de pompage pour que l'eau se retire.

Ces inondations donnent lieu à polémique entre Michel Vauzelle, alors maire d'Arles et président du SYMADREM (en charge des digues, qui ont tenu, ce qui a évité une nouvelle inondation catastrophique en Camargue), et le représentant de l'État, le préfet de région Christian Frémont, par ailleurs décidé à tout remettre à plat. Le 27 décembre 2004, le SYMADREM deviendra interrégional en associant les collectivités de Provence et du Languedoc-Roussillon et ayant en charge une politique globale de prévention, tandis qu'un Plan Rhône, portant sur la totalité du cours du fleuve, sera élaboré sous l'égide de l'État. L'évènement a donc accéléré la prise de conscience de l'inadaptation des structures chargées d'entretenir les berges du Rhône, dans leur ensemble et bien au-delà du seul Bas Rhône, et de la nécessité de mettre en oeuvre une stratégie globale de prévention.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Madame, monsieur, bonsoir, une partie d'Arles a toujours les pieds dans l'eau ce soir. Même si la décrue du Rhône se poursuit, les premiers renforts de pompiers allemands, belges et italiens sont sur place, munis de 40 pompes de grande capacité. Michel Vauzelle a donc proposé cet après-midi une aide d'urgence de 20 millions d'euros aux sinistrés. Michel Vauzelle, qui reproche toujours à l'Etat de ne pas avoir déclenché le plan Orsec. Au total ce sont 4 000 personnes qui ont du être évacuées depuis jeudi soir. Robert Papin et Roch Di Meglio ont passé la journée à Arles.
Robert Papin
Enfin, ils arrivent au sec. Beaucoup ne voulaient pas quitter leur domicile, mais depuis 48 heures le niveau de l'eau ne baisse pas, alors ils ont fini par se résigner.
Sinistrée
Pas de téléphone, pas d'électricité, pas d'eau chaude, les sanitaires qui s'écoulent très, très mal, c'est devenu très difficile pour les enfants et pour moi-même.
Robert Papin
Dans les quartiers du Trebon et de Montplaisir, au nord de la ville, il y a encore un mètre d'eau. Ici, depuis 24 heures, c'est une noria incessante de camions pompiers. Des évacuations au compte-goutte, les camions ne peuvent embarquer que quelques personnes à la fois. Les rotations sont d'autant plus longues qu'il faut parfois dégager des voitures qui obstruent le passage. Les gens partent de chez eux mais sans savoir quand ils pourront revenir.
Christian Fremont
J'ai mis en place depuis ce matin des cellules de soutien psychologique et des cellules de soutien médical. Plus le temps va passer, plus ça va être difficile. Tout ce que nous faisons, tout ce que nous essayons de faire en tout cas, c'est que très vite la situation redevienne normale.
Robert Papin
Quelques-uns vont dans leur famille ou chez des amis, mais la plupart sont acheminés vers des centres d'hébergement.
Sinistrée 2
J'ai pris des couches, j'ai pris du lait euh mais bon, c'est pas assez quoi, il faudrait savoir combien de temps on va rester ici quoi.
Robert Papin
Tous les gymnases de la ville ont été transformés en dortoirs. Jeunes, vieux, pour beaucoup c'est la détresse.
Sinistrée 3
Ils nous trimballent d'un côté, il nous trimballent de l'autre, han ! Moi je suis fatiguée, je dois être, j'ai plein de, de problèmes de santé et puis je prends des antibiotiques et tout, je suis pas bien...
Robert Papin
Une détresse qui provoque la colère du président de la région. Pour Michel Vauzelle, il fallait que l'Etat déclenche immédiatement le plan Orsec.
Michel Vauzelle
Le refus absolu depuis 3 jours de la part du préfet de déclencher le plan Orsec et de dénigrer le plan Orsec, c'est un refus de prise de responsabilité, et de prise de responsabilité également financière de l'Etat, qui est inacceptable pour la population arlésienne.
Robert Papin
A défaut de plan Orsec, pompiers allemands, italiens et belges sont venus prêter main forte à leurs homologues français. Ils ont amené avec eux des dizaines de pompes supplémentaires. Il faut évacuer au plus vite les millions de litres encore piégés au nord de la ville, pour que les habitants reviennent rapidement chez eux, mais ce ne sera que pour constater les dégâts.
Présentateur
Le préfet de région, qui a par ailleurs annoncé qu'une mission d'évaluation des dommages se rendra mardi dans les zones des Bouches-du-Rhône les plus touchées. Et puis l'Etat a fait savoir qu'une commission examinera jeudi, cette fois-ci, les dossiers des communes qui ont demandé à être classées en zone de catastrophe naturelle. Les informations pratiques à présent qui concernent ...