Parcours thématique

De l'aménagement à la protection de l'environnement

Jean-Marie Guillon

Introduction

La Provence a connu, durant les soixante dernières années, des mutations paysagères considérables sur fond de forte croissance démographique. Le passage de politiques tournées vers les grands aménagements à d'autres plus soucieuses de l'environnement reflète cette transformation. De ce point de vue, la région apparaît comme un laboratoire à l'échelle nationale et méditerranéenne.

Le contraste est grand entre l'image de la Provence en particulier et de la Méditerranée en général - le soleil, la mer, la douceur du climat, la beauté de la nature - et la réalité d'un monde qui, de tout temps, a été caractérisé par les caprices de ses éléments naturels et les catastrophes qu'ils pouvaient provoquer. La nature est donc un atout, mais peut être aussi un problème. Le demi siècle qui vient de s'écouler a vu les hommes essayer d'y parer. Ils ont tenté de réduire, en particulier, les menaces des eaux et de tirer parti des cours d'eau les plus importants, d'où les modifications importantes apportées à certains sites. La région possède un environnement privilégié, mais il est fragilisé par l'engouement même qu'il a suscité et la surfréquentation, permanente ou saisonnière, qui en a résulté. La multiplication de zones protégées résulte de cette prise de conscience. Il s'agit en fait de canaliser une occupation humaine qui, en voulant s'approprier une nature d'exception, tend, en même temps, à la faire disparaître.

Affronter une nature rebelle

Déchaînements

Le climat comme le relief sont, en Provence, pour le moins contrastés. La montagne n'est jamais très loin de la mer et sa présence indique bien que l'on se trouve dans une zone de rencontre de plaques continentales et donc de fragilité de l'écorce terrestre. Si la période la plus contemporaine n'a pas connu de séismes importants, la menace existe, elle est régulièrement agitée. Le souvenir du tremblement de terre qui, le 11 juin 1909, a secoué la région de Saint-Cannat (Bouches-du-Rhône) et provoqué plusieurs dizaines de morts ainsi que des dégâts considérables, est régulièrement réactivé. La presse s'est inquiétée récemment de ce qu'il adviendrait en cas de raz-de-marée. La région en a connu un, limité, le 16 octobre 1979. Les travaux d'extension de l'aéroport de Nice en étaient la cause. Il a provoqué, outre d'importants dégâts, la mort de onze personnes.

Les violences du climat sont plus fréquentes. De fortes sécheresses affectent régulièrement la région et la période récente en a connu plusieurs. Celle de 1967 a menacé l'alimentation en eau de villes comme Toulon, avant que l'on apporte l'eau des Alpes de Provence au bas pays. Chaque été, la sécheresse et le vent provoquent leur lot d'incendies et de désolation, calcinfnt forêts, garrigues et des maquis qui mettront du temps à se reconstituer. La région est l'une des plus boisées de France, mais, depuis les années soixante, plusieurs milliers d'hectares, chaque année, sont ainsi consumés. Certains feux ont été plus spectaculaires que d'autres, parfois meurtriers. L'incendie de la Sainte-Victoire du 28 août 1989 a suscité l'émotion et une mobilisation rare. Il est vrai qu'il touchait un paysage emblématique et qu'il s'inscrivait dans un contexte d'extrême gravité puisque plus de 30 000 ha sont ravagés cette seule année dans la région. C'est dans l'été 1970 que le tribut humain le plus lourd a été payé, avec, en particulier, la mort de sapeurs pompiers au Faron, près de Toulon, et celle de la famille de Martin Gray dans le Tanneron (neuf morts au total). Mais d'autres drames sont venus s'ajouter depuis, notamment dans les Maures, avec là encore, à plusieurs reprises, la mort de combattants du feu.

On n'imagine guère la Provence sous la pluie et dans le froid. Or la violence de l'une et la rigueur de l'autre sont des composantes régulières de son histoire, y compris à l'époque récente. Beaucoup de Provençaux se souviennent du mois de février 1956, de sa neige et du froid qui a tué l'essentiel d'une oliveraie - 6 millions d'oliviers - qui était alors en grand déclin. Mais les tragédies les plus graves, c'est l'eau qui les a provoquées. La brutalité des orages d'été engendre régulièrement la crue d'oueds ordinfirement à sec, menaçant et parfois inondant les localités qu'ils traversent. C'est ce qui s'est produit en septembre 1992 sur les versants du Mont Ventoux, en particulier à Vaison-la-Romaine. Mais la tragédie est révélatrice des illusions d'aujourd'hui. Les risques naturels sont aggravés par une urbanisation inconsidérée. C'est l'imprudence des hommes, leur oubli des réalités climatiques qui a transformé l'épisode naturel, certes violent, en drame puisque l'on avait construit ou aménagé (en camping, en centre commercial) des terrains inondables.

 Inondations catastrophiques à Vaison la Romaine

Inondations catastrophiques à Vaison la Romaine

 A Vaison-la-Romaine dans le Vaucluse, les pluies diluviennes et la crue de l'Ouvèze ont dévasté plusieurs quartiers de la ville. Une vague a tout emporté sur son passage, surprenant la population et détruisant tout un lotissement de la ville.

22 sep 1992
01m 35s
Fiche (00027)

La responsabilité des décideurs est désormais de plus en plus souvent engagée, au point qu'il a fallu encadrer par la loi et le règlement leurs errements afin d'empêcher la prolifération de constructions dans les zones à risques.

C'est la pluie qui est aussi à l'origine de la pire catastrophe que la région ait connue dans la période proche, la catastrophe de Fréjus. Mais, là encore, les hommes ne sont pas sans responsabilités puisque c'est la rupture de la digue du barrage de Malpasset qui a entraîné le déferlement des flots dans la plaine de l'Argens et le désastre dans les quartiers bas de la ville de Fréjus. Des pluies diluviennes depuis plusieurs jours, un barrage qui, depuis sa mise en eau, n'avait jamais été rempli, des travaux aux alentours qui ont peut-être fragilisé la structure de la retenue, une solution technique audacieuse (et qui sera abandonnée par la suite), ces divers éléments se sont combinés pour aboutir à un drame qui émeut la France entière.

 Malpasset : la tragédie de Fréjus

Malpasset : la tragédie de Fréjus

Sur un ton dramatique, le commentateur rappelle le bilan de la catastrophe de la rupture du barrage de Malpasset qui a provoqué un véritable raz-de-marée sur la ville de Fréjus. Une semaine après ce cataclysme, les opérations de secours et de sauvetage sont organisées et se poursuivent : aide alimentaire, campagne de vaccination, bureaux de secours sont mis en place.

09 déc 1959
02m 02s
Fiche (00002)

Les pluies de Fréjus étaient des pluies d'automne, les principales dans le climat méditerranéen. Il leur arrive, assez régulièrement, de provoquer des crues. Les plus redoutables sont celles du Rhône et de ses affluents. Depuis longtemps, les hommes ont essayé de s'en protéger, mais c'est assez récemment qu'une ville comme Avignon peut y échapper grâce à la régularisation du fleuve par l'escalier de barrages qui en maîtrise le cours. En aval, dans le delta de la Camargue, l'eau et la terre se confondent, mais, derrière, cette apparente imbrication, il y a tout un système de régulation aux origines anciennes puisque les travaux n'ont pas cessé entre le XIIe et le XIXe siècle. C'est en 1869 que les bras actifs du Rhône sont complètement endigués. Cependant, les digues du Petit Rhône ont cédé après de fortes pluies, en octobre 1993. Les inondations qui en ont résulté et celles de janvier 1994 ont remis sur le tapis la question d'une gestion coordonnée de l'ensemble, mais les crues catastrophiques du début décembre 2003, principalement à Arles, ont montré que le problème n'avait pas été totalement résolu.

Aménagements

Le plus souvent, les aménagements de cours d'eau permettent, comme sur le Rhône, de régulariser les débits, de "lisser" la montée des flots et de pourvoir aux besoins des populations.

Les plus spectaculaires de ces aménagements ont concerné la Durance et le Verdon au point de les transformer en château d'eau pour une population de Basse Provence littorale qui ne cesse de croître et qui, ainsi pourvue, ne mesure plus assez combien l'eau, ici, reste une ressource rare.

L'aménagement du Verdon et de la Durance s'est en fait étalé sur un siècle. Dès le XIXe siècle, leurs eaux ont commencé à être dirigées vers les villes mal approvisionnées des Bouches-du-Rhône. Le canal de Durance, dont le parcours est marqué par le spectaculaire aqueduc de Roquefavour (Ventabren, 1847), pourvoit aux besoins de Marseille. Un peu plus tard, avec la première retenue de Quinson, le Verdon met la ville d'Aix à l'abri de la pénurie. Mais c'est bien évidemment dans la deuxième moitié du XXe siècle que l'essentiel est réalisé. La loi du 5 janvier 1955 est l'étape décisive pour l'aménagement de la Durance. En aval du barrage-usine de Serre-Ponçon, onze autres installations hydro-électriques barrent son cours : Sisteron, Salignac, L'Escale, Oraison, La Brillane, Manosque, Sainte-Tulle, Cadarache, Jouques, Mallemort. La dernière de ces installations, à Saint-Chamas, est mise en eau en 1966. Elle est située sur la dérivation de la Durance qui reprend le tracé de son ancien cours, non sans poser quelques problèmes à l'Etang de Berre, comme on le dira un peu plus loin. L'aménagement du Verdon, commencé comme celui de la Durance, avant la Deuxième Guerre mondiale, s'est accéléré après 1945 avec les crédits du Plan Marshall. Le barrage de Sainte-Croix en a été la pièce maîtresse, mais il est complété en amont et en aval par d'autres installations. Les barrages de Castillon (1949) et Chaudanne (1952) l'ont précédé. Il a été suivi par la retenue de Gréoux (lac d'Esparron-du-Verdon) en 1967 et par le deuxième barrage de Quinson en 1975 (lac de Montpezat).

Ces aménagements ont complètement transformé les vallées en accélérant leur basculement de l'agriculture vers les activités liées aux loisirs. À dix ans d'intervalle, la même transformation s'est opérée en aval d'Embrun avec le lac de Serre-Ponçon et au débouché du canyon du Verdon avec celui de Sainte-Croix. Témoignent de cette transformation les localités de Savines, dans les Hautes-Alpes, et des Salles, dans le Var, toutes deux reconstruites sur les bords de la retenue ainsi créée, alors que le village d'origine était recouvert par les eaux et, avec lui, fermes et champs. Dans les deux cas, le tourisme d'été, qui n'était pas l'objectif premier de la construction de ces barrages, est devenu la ressource principale. L'environnement et la fréquentation des lieux en ont été totalement modifiés.

 La mise en eau du barrage de Serre Ponçon

La mise en eau du barrage de Serre Ponçon

Le plus grand barrage d'Europe, celui de Serre Ponçon dans la vallée de la Durance, vient officiellement d'être mis en eau. Deux villages, Savines et Ubaye, seront recouverts par les eaux. Un nouveau village de Savines est en construction.

02 avr 1960
01m 20s
Fiche (00003)
 Le barrage de Sainte Croix sur le Verdon

Le barrage de Sainte Croix sur le Verdon

Première mise en oeuvre du barrage de Sainte-Croix qui va permettre de retenir les eaux du Verdon pour mieux assurer l'alimentation en eau de la Basse-Provence. L'ingénieur EDF rappelle que dans la réalisation de cet ouvrage, les difficultés techniques ont été bien moindres que le problème social et humain du transfert de toute une population, celle du village des Salles, dans un nouveau lieu. Un monde ancien disparaît, remplacé par de nouvelles ressources.

16 nov 1973
03m 18s
Fiche (00007)

Le barrage de Sainte-Croix et les aménagements du Verdon sont étroitement liés à la construction du Canal de Provence.

"Eici, l'aigo es d'or"

Il n'y a pas de formule plus banale en Provence. Elle rappelle une vérité élémentaire qui caractérise toutes les sociétés méditerranéennes. En la conjurant, le Canal de Provence contribue dans le même temps à la faire oublier à une population qui ne sait plus ce que la rareté de l'eau veut dire. Et pourtant . . .

Le Canal de Provence a été une réalisation de longue haleine. Son histoire commence en 1957, le 11 juillet, par la création de la société d'études du même nom par diverses collectivités, en particulier la ville de Marseille et les départements des Bouches-du-Rhône et du Var, plus les chambres d'agriculture et l'Etat. La société d'économie mixte qui en est issue le 29 septembre 1959 obtient la concession des travaux et aménagements hydrauliques et agricoles du bassin de la Durance le 15 mai 1963. Les travaux qui en résultent s'effectuent en trois tranches. La première, entre 1964 et 1969, alimente le secteur dit de Marseille-Nord qui couvre les besoins d'Aix, via le barrage de Bimont, et ceux de l'Etang de Berre, notamment des installations industrielles de la zone. La deuxième tranche (1969-76) dont le démarrage est accéléré par la sécheresse de 1967 pourvoit aux besoins du littoral varois et, tout particulièrement, de Toulon où son eau arrive en 1975.

 De l'eau pour tous : le Canal de Provence

De l'eau pour tous : le Canal de Provence

La société du Canal de Provence, créée en 1958, a commencé les travaux de dérivation de l'eau du Verdon en 1964. Le canal permet l'alimentation des grandes agglomérations, des zones industrielles et agricoles des Bouches-du-Rhône et du Var à partir d'un système de répartition par modulation électronique. Cette alimentation régulière en eau a permis la diversification des cultures, le développement de l'industrie chimique et éloigné le spectre de la sècheresse estivale en Basse-Provence.

30 sep 1976
12m 41s
Fiche (00010)

Le canal maître, partagé par EDF et la société du canal, part de Gréoux, se divise au niveau de Rians en deux branches, puis se subdivise à Pourcieux entre les branches Marseille-Est et la branche toulonnaise qui elle-même dessert l'Est et l'Ouest de l'agglomération. La troisième tranche (1976-82) assure l'approvisionnement de Marseille-Est. Un système de régulation automatisé, dit "à la demande" et "à niveau aval constant", est commandé à partir du PC du Tholonet qui sert également de siège à la société. La société contrôle 150 km de canaux, autant de galeries de souterraines passant sous les reliefs. Outre l'approvisionnement des villes en eau, elle permet l'irrigation de 55 000 ha et dessert un demi millier d'entreprises selon une tarification qui varie en fonction de l'utilisateur. Forte de son expérience, la société du Canal de Provence a étendu son domaine dans la région. Elle gère les eaux du Calavon sur le versant nord du Luberon, ainsi que celles du canal de Manosque et celles du barrage-réservoir de Saint-Cassien, au nord de l'Esterel, qui concerne la basse vallée de l'Argens (avec son affluent, le Reyran). C'est pour répondre aux besoins grandissants de l'Est-Varois qu'il est question aujourd'hui (début 2008) de relier ce réseau au réseau principal.

La société exporte aussi son savoir-faire en matière de maîtrise de l'acheminement des eaux autour du bassin méditerranéen. Cette coopération interméditerranéenne mérite d'être soulignée. Le premier contrat a été obtenu en Grèce pour l'approvisionnement d'Athènes à partir du barrage du Mornos, situé 200 km plus au Nord.

 Le Canal d'Athènes, une réalisation du Canal de Provence

Le Canal d'Athènes, une réalisation du Canal de Provence

Inauguration aujourd'hui en Grèce du Canal d'Athènes construit par la Société du Canal de Provence. Le Canal d'Athènes fait 200 kilomètres de long. Cet ouvrage d'art, le plus important du XXe siècle en Grèce, résout le problème de l'eau à Athènes dont la population a beaucoup augmenté en 50 ans. Monsieur Zardinidis, ministre des Travaux publics de Grèce, explique pourquoi il a fait appel aux services du Canal de Provence.

08 nov 1979
04m 19s
Fiche (00016)

Contrôler l'urbanisation et préserver des sanctuaires naturels

Pollutions

Le détournement d'une partie des eaux de la Durance en 1967 a entraîné de sérieux problèmes pour l'Etang de Berre, envahi par l'eau douce et des boues qui modifient le milieu naturel. La "malague" menace de tuer l'étang. Un contentieux à rebondissements oppose très vite les communes riveraines et EDF. L'une des étapes de cette partie de bras de fer a été l'organisation d'un référendum d'initiative locale, en 1991, permettant aux municipalités de s'appuyer sur les 250 000 habitants qui expriment, en y participant, leur attachement à la survie d'un des bassins d'eau salé les plus importants de France. Ce lieu de pêche, y compris professionnelle, est surtout, avec ses 80 km de littoral, un espace de loisir pour des habitants dont le nombre a quintuplé. Pour limiter les rejets, EDF a été obligée de réduire l'activité de son installation de Saint-Chamas. Mais il a fallu pour cela, entre le plan Barnier de 1993 et la décision du Conseil d'Etat de 2006, encore plus d'une douzaine d'années d'actions politiques et juridiques. Il est à remarquer que, dès 1972, avec le plan de dépollution de l'Etang de Berre, les industriels du secteur, les raffineries notamment, ont réalisé des efforts considérables en matière d'épuration de leurs eaux usées. C'était le moment où la zone de Fos-sur-Mer et ses environs était en plein développement. Mais la question des rejets aériens reste pendante. Est venue s'y rajouter celle du remplacement de la décharge d'Entressens - qui récupèrent l'essentiel des déchets de Marseille - par un incinérateur contesté par la population locale.

Le problème des pollutions est devenu majeur au fil des ans en particulier le long d'un littoral en voie d'urbanisation accélérée. C'est du milieu des années soixante que date une prise de conscience dont le déclencheur a été l'affaire des "boues rouges", ces rejets de l'usine d'alumine Pechiney (Gardanne), déversé, en dépit des oppositions, au large de Cassis. C'est alors que l'on se rend compte avec étonnement que la plupart des villes, à commencer par les plus grandes, rejettent leurs eaux usées sans traitement dans la mer. Le cas de Marseille est significatif, mais la question concerne toute la Méditerranée. Au milieu des années 1970, le problème est posé sur le plan international. La convention de Barcelone, préparée sous l'égide du Programme environnement des Nations Unies, lance, à partir de 1976, un processus, qui est depuis sans cesse complété et amendé. Le premier texte, signé par les pays riverains, concernait la protection des espèces et des habitats menacés, ainsi que la réduction de la pollution provenant, en particulier, des rejets de navires. Le protocole d'Athènes, signé en mai 1980, étendait la protection de la Méditerranée aux rejets venant du continent. On sait que l'un des objectifs de la toute nouvelle Union pour la Méditerranée est la dépollution de la mer...

Connu dans le monde entier pour ses voyages avec la Calypso, un dragueur de mines anglais qu'il a transformé en bâtiment océanographique, et pour les films sur le monde marin qu'il en a tiré, le commandant Jean-Yves Cousteau est devenu l'un des chantres de l'écologie et l'un de ceux qui vont contribuer le plus à en populariser les thèmes. Il a commencé son aventure - la mise au point d'un scaphandre autonome, pendant la Deuxième Guerre mondiale - entre Toulon et Marseille. Aussi est-il particulièrement sensibilisé à la question de la Méditerranée, tout comme Alain Bombard, le "navigateur solitaire", médecin et biologiste qui a pris en charge l'institut océanographique créé en 1966 par Paul Ricard sur l'île des Embiez (Six-Fours).

Le Commandant Cousteau et la pollution en Méditerranée

Le Commandant Cousteau et la pollution en Méditerranée

Le commandant Cousteau et l'équipage de la Calypso sont chargés de repérer et de filmer les zones polluées de la Méditerranée afin de préparer une réunion d'étude sous l'égide de l'Unesco. Il est en opération aux alentours de Marseille, dans la calanque de Cortiou, à la sortie du collecteur d'égouts de la ville, lorsqu'il donne ses appréciations sur la pollution des zones littorales en général, celle des plages marseillaises et de la zone de Fos-Étang de Berre en particulier.

06 aoû 1977
04m 58s
Fiche (00014)

Peu à peu, les villes de la région (Marseille et Toulon par exemple) font construire des stations d'épuration. Il n'en reste pas moins que l'urbanisation de toute la bande littorale et la pollution venant des bassins fluviaux qui se déversent dans la Méditerranée, en particulier celle du Rhône (dont on vient de souligner une fois encore la gravité) contribuent à affecter une zone littorale presque ininterrompue entre l'Espagne et l'Italie. L'état de l'herbier de posidonies, ces plantes marines essentielles à la respiration de la Méditerranée, inquiète. Attaqué par les pollutions, recouverts par les boues issues des rejets, fragilisé par les ancres des bateaux de plaisance, il recule aussi avec le développement des ports de plaisance, qui étaient déjà au nombre de 120 pour la région à la fin du XXe siècle. Une autre menace s'est ajoutée aux précédentes dont l'existence a été révélée au début des années 1990 : le développement d'une algue exotique, la caulerpa taxifolia, à partir d'un rejet accidentel en 1984. Si son développement n'a pas été aussi foudroyant que ce que l'on a supposé alors et s'il est resté discontinu, il touchait malgré tout 5 000 ha, en 2004, le long des côtes de six pays.

 La prolifération d'une algue tueuse

La prolifération d'une algue tueuse

Sur la côte méditerranéenne, une algue toxique, caulerpa taxifolia, inquiète de plus en plus les spécialistes. Un comité a été constitué pour étudier le danger de sa prolifération.

06 mar 1992
01m 36s
Fiche (00026)

Constructions

L'un des problèmes majeurs du littoral provençal vient de son urbanisation et de la congestion qu'il connaît durant l'été, avec les quelques 10 millions de personnes qui viennent séjourner dans la première région touristique de France. Dès les années 1960-70, la lutte pour l'appropriation d'une portion de cet espace privilégié est particulièrement vive. Alors que le mitage des collines des Alpes-Maritimes et, dans une moindre mesure (à l'époque), du Var est largement entamé, alors que des villas "les pieds dans l'eau" continuent à s'approprier les grèves ou les rochers qui les relient à la mer, les projets d'immeubles et de ports de plaisance fleurissent. Des criques sont privatisées par des ensembles collectifs. Ainsi à Bandol (Résidence Athéna), où, dès les années cinquante, Paul Ricard avait aménagé l'île de Bendor, de manière, il est vrai, moins agressive sur le plan visuel. Ce sont les projets de "marinfs", associant résidences de standing à plusieurs étages et ports privés qui suscitent les refus du "mur de béton" par les premières associations de défenseurs de l'environnement, comme les Amis de la Nature ou l'Union régionale Provence Côte d'Azur Méditerranée pour la sauvegarde de la Vie, de la Nature et de l'Environnement (URVN). Dès les années soixante, des projets d'ensembles immobiliers parviennent à être stoppés, par exemple à Pampelonne (Ramatuelle) en 1968 ou à Bormes, en 1973. D'autres constructions comme les immeubles en hauteur érigés à Mandelieu ou à Villeneuve-Loubet (Marinfs Baie des Anges à partir de 1969) cristallisent les oppositions. En revanche, certains de ces aménagements, Port-Grimaud (1966) et Les Marines de Cogolin au fond du Golfe de Sainte-Maxime-Saint-Tropez ou Port-la-Galère (Théoule) niché dans une crique de l'Esterel, sont acceptés car mieux intégrés.

 Pour ou contre les marinas ?

Pour ou contre les marinas ?

L'urbanisation de la Côte d'Azur suscite des polémiques. Le débat porte en particulier sur les marinas qui empiètent sur l'espace public. Le reportage confronte le point de vue de René Richard, président de l'Union Régionale pour la Sauvegarde de la Vie et de la Nature, et celui de défenseurs de telles constructions (promoteurs, usagers, maires de communes concernées), en prenant les exemples de Marina Baie des Anges à Villeneuve-Loubet, Cannes-Marina à Mandelieu et les Marines de Cogolin.

15 avr 1976
13m 04s
Fiche (00009)

Depuis, diverses dispositions sont venues entraver la privatisation du littoral et son bétonnage. Un ministère chargé de la protection de la nature et de l'environnement est créé en 1971. Une législation plus contraignante a été mise en place progressivement. Les lois "Littoral" (3 janvier 1986) et "Paysage" (8 janvier 1993) sont venues limiter ou entraver l'urbanisation, mais elles suscitent l'hostilité de nombreux élus, et, bien évidemment, celle des promoteurs et des entrepreneurs. Par ailleurs, force est de constater que la pression foncière, héliotropisme aidant, reste si grande que l'intérêt collectif constitue une parade fragile devant les intérêts particuliers.

C'est pour préserver les portions de côte menacées par les constructions que le Conservatoire du Littoral a été créé en 1975, avec pour mission de gérer la diversité écologique et paysagère, de réhabiliter les zones que les hommes ont modifiées, et d'assurer l'accès du public tout en l'informant sur la protection des espèces méditerranéennes. En dépit des coûts des terrains et des difficultés, la délégation régionale du Conservatoire du Littoral a su mener jusqu'ici une politique d'acquisitions judicieuses dans des secteurs fragiles, comme la très convoitée Corniche des Maures, dans le Var, entre Le Lavandou et Cavalaire, ou dans les presqu'îles de Saint-Tropez et de Giens.

 Corniche des Maures : premier don au Conservatoire du littoral

Corniche des Maures : premier don au Conservatoire du littoral

Un geste exemplaire : pour éviter la destruction d'un environnement unique par des constructions, Mireille Foncin vient de faire don de sa propriété - une maison et quinze hectares de colline tout autour - au Conservatoire du littoral. Il s'agit du premier legs fait à la délégation régionale du Conservatoire.

05 oct 1977
02m 47s
Fiche (00015)

Dans la région, le Conservatoire, qui continue à accroître son périmètre, contrôle aujourd'hui plusieurs milliers d'hectares, dispersés entre la Riviera et la Camargue, avec en particulier plusieurs secteurs du massif des Calanques et des zones humides importantes dans la basse vallée de l'Argens, la zone des Salins d'Hyères, les bords de l'Etang de Berre. Il est présent au sein des parcs qui se sont constitués durant la même période sur le rivage, que ce soit à Porquerolles ou en Camargue.

Protection

La protection des zones naturelles la plus drastique passe par leur intégration dans des structures relevant du service public. Ces institutions naissent dans la période où la France bascule dans la société urbaine, industrielle et post-industrielle, caractérisée aussi par l'automobile et les migrations touristiques de masse. Dans cette mutation, la Provence est en première ligne puisqu'elle devient l'une des régions les plus urbanisées du pays. Soumise à cette pression, stimulée par la politique du pouvoir central dans un premier temps, avant que ses collectivités locales ne prennent mieux conscience des enjeux, la Provence voit, peu à peu, entre les années soixante et aujourd'hui, tout un ensemble de mise sous protection de ses espaces les plus remarquables, sous les labels de parcs nationaux ou de parcs naturels régionaux.

Les parcs nationaux, créés par la loi du 22 juillet 1960, ont pour vocation d'assurer une protection de l'environnement maximale dans leur zone centrale, transformée en une sorte de sanctuaire favorisant l'étude scientifique de la faune et de la flore. En revanche, leur zone périphérique doit permettre le maintien d'une activité humaine et l'accueil des visiteurs.

Le parc national de Port-Cros est le deuxième créé en France, dès 1963, peu après celui de la Vanoise. L'île et ses alentours ont été préservés du tourisme de masse et des constructions par quelques amoureux qui ont commencé à la fréquenter dans les années 1920. Le rôle des propriétaires du seul hôtel de l'île, L'Auberge provençale, Mme et M. Henry, a été décisif dans cette protection. C'est Madame Henry, devenue veuve, qui en fait la dévolution à l'Etat et a donc permis de créer un ensemble originfl, puisqu'il est à la fois terrestre et marin.

 Le Parc National de Port Cros

Le Parc National de Port Cros

Le parc naturel de Port-Cros a été créé en 1963. Il protège une partie de l'archipel des îles d'Hyères de la pression immobilière et touristique. C'est aussi le premier parc sous-marin national. On peut dresser un premier bilan au terme de douze ans d'existence. Réserve terrestre mais aussi sous-marine, Port-Cros permet de préserver la faune et la flore menacées et de conduire des études scientifiques.

14 déc 1963
03m 15s
Fiche (00008)

Elu président de la République, Georges Pompidou qui connaissait bien la côte varoise et qui a été le premier président à venir régulièrement au fort de Brégançon, en face des îles d'Hyères, a contribué à l'extension du parc à l'île de Porquerolles en 1970. Celle-ci, la plus grande de l'archipel, posait d'autres problèmes puisqu'elle est habitée (360 habitants en 1970) et extrêmement fréquentée, que ce soit par les visiteurs qui viennent y passer une journée ou par les plaisanciers de la région qui en font une de leurs destinftions préférées. Cette pression, qui n'a cessé d'augmenter, fragilise le parc dans son ensemble et impose de relever de redoutables défis.

La montagne constitue le domaine le plus favorable à la création des parcs nationaux. Celui des Ecrins, créé en 1973 pour protéger le massif de l'Oisans, est à cheval sur la région Rhône-Alpes (l'Isère) et la Provence (les Hautes-Alpes). Sa constitution a été moins malaisée que celle du parc du Mercantour qui voit le jour seulement en 1979 alors que le projet en a été lancé en 1966. Les oppositions viennent de milieux divers, promoteurs et élus soucieux de développement touristique (notamment de stations de sport d'hiver), chasseurs et éleveurs inquiets des restrictions à leur liberté que le parc peut apporter. Le Mercantour verra cinq projets repoussés, bien que l'ensemble concerné soit exceptionnel puisqu'il abrite les gravures de la vallée des Merveilles et qu'il se prolonge sur le versant italien. Sa forme étirée le long de la frontière dit assez bien les compromis qu'il a fallu passer. Il n'en reste pas moins une réalisation exemplaire par bien des points, préfigurant la constitution d'un ensemble naturel véritablement européen. Mais la protection de la nature induit des effets imprévus. C'est en effet par le Mercantour que le loup refait son apparition en France et qu'il essaime depuis 1992, ce qui n'a pas manqué de ressusciter les polémiques à l'encontre d'un parc accusé d'être le responsable du retour du prédateur.

 A la Découverte du Mercantour

A la Découverte du Mercantour

Le Parc National du Mercantour a été crée en 1979. Sa création a suscité polémiques et réactions car les chasseurs se sont sentis menacés. La fonction du parc est de protéger le milieu naturel et connaître les espèces qui y vivent. De même le parc doit accueillir le public et le sensibiliser aux questions d'environnement.

18 aoû 1979
10m 07s
Fiche (00018)

Les parcs naturels régionaux apparaissent un peu plus tard, en 1967. Leur création est négociée par la région avec les collectivités locales concernées. Leur charte constitutive précise un rôle qui fait toujours une part importante, en plus de la protection et de l'étude scientifique, aux activités économiques traditionnelles qu'il s'agit de promouvoir et aux aspects culturels. Le premier PNR a été celui de Corse en 1971, alors que l'île n'était pas encore région administrative. Cette création a été suivie par plusieurs autres en Provence. L'année 1977 a été, sur ce plan, exceptionnelle puisqu'elle a vu la création de deux PNR, fort différents, mais représentatifs des orientations données à ces structures : le Luberon (complété du Pays d'Aigues) en moyenne Provence, à cheval sur le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence, et le Queyras, dans les Hautes-Alpes, vallée d'altitude coincée entre le Mont Viso du côté italien et les gorges du Guil qui ont longtemps barré la route vers la vallée de la Durance.

 Les parcs naturels régionaux du Luberon et du Queyras

Les parcs naturels régionaux du Luberon et du Queyras

Présentation rapide de deux parcs naturels régionaux : celui du Luberon s'étendant entre le Vaucluse et les Alpes-de-Haute Provence et celui du Queyras dans les Hautes-Alpes, bordant la frontière italienne, où se situent les communes les plus hautes d'Europe.

16 mar 1977
01m 29s
Fiche (00012)

Si ces deux créations témoignent d'une conscience partagée de l'intérêt collectif, le cas du PNR de Camargue est exemplaire des difficultés que peuvent rencontrer de tels projets. Créé en 1972, après dix ans de maturation, adossé à l'origine à une fondation, il a eu aussitôt à affronter les oppositions suscitées par les intérêts contradictoires des acteurs qu'il concernait (et qui, pour certains, refusaient sa réalisation). Il concentre en fait toutes les contradictions qui opposent protecteurs de la nature et autres usagers, dans une zone humide d'extrême fragilité, dont l'équilibre dépend de la gestion des eaux par les hommes, en lisière de concentrations urbaines importantes et au sein d'un espace touristique surfréquenté à certaines périodes.

Le Parc naturel régional de Camargue et ses défis

Le Parc naturel régional de Camargue et ses défis

Présentation du Parc naturel régional de Camargue, créé le 12 décembre 1972. La limitation de la pêche, de la chasse et de l'agriculture permettent la protection d'une partie de la zone et la préservation des 150 espèces d'oiseaux qui la fréquentent. Cependant, de nombreuses menaces pèsent toujours sur le parc : le dioxyde de soufre de Fos poussé par le vent d'Est, la fréquentation touristique, les intérêts contradictoires des saliniers et des riziculteurs.

12 déc 1972
01m 24s
Fiche (00013)

Les problèmes camarguais ne sont pas tous résolus. Pourtant l'exemple n'a pas été répulsif, puisque entre 1997 et 2007, deux autres PNR ont vu le jour dans la région, d'abord celui du Verdon en 1997, puis celui des Alpilles en 2007. Au total, la Provence est l'une des régions de France les plus riches en parcs naturels.

Cette expansion, qui, peut-on l'espérer, continuera à s'étendre à d'autres zones remarquables (les Préalpes du Sud dans l'arrière-pays niçois, et à quand un PNR des Maures ?) traduit l'inflexion la plus notable dans le domaine du contrôle de la nature, celle qui a fait passer les hommes de sa transformation à sa préservation.