Parcours thématique

Mémoires de la Seconde Guerre mondiale

Michèle Zancarini Fournel

Introduction

Il faut distinguer l'histoire de la Seconde Guerre mondiale (objet d'un autre parcours) et les mémoires. La mémoire est la présence du passé dans le présent ; c'est aussi une appropriation sélective des souvenirs du passé : la mémoire est compagne de l'oubli. La mémoire est individuelle, mais elle peut être aussi une mémoire collective. Mémoire individuelle, elle s'enracine dans le vécu et le récit des souvenirs des témoins. Mémoire collective, mémoire familiale ou mémoire de groupe, elle contribue à la construction des identités ; elle peut être nationale, si elle s'appuie sur une expérience commune, celle d'une « communauté imaginée » et célébrée. La mémoire, matériau de l'histoire, est partie prenante du récit historique, mais la mémoire elle-même a aussi une histoire.

La mémoire a une histoire

L'histoire de la mémoire a été développée par les travaux d'Henry Rousso sur la mémoire du régime de Vichy (1940-1944) : l'historien a démontré qu'au lendemain de la guerre, il y avait eu amnésie, puis - dans le second vingtième siècle - une hypermnésie sur la période, c'est-à-dire l'obsession de Vichy. On peut étendre cette périodisation au génocide des Juifs : en publiant en 1978 un mémorial des Juifs de France déportés et tués dans les camps nazis, Beate et Serge Klarsfeld ont contribué à faire resurgir les mémoires enfouies. Pour mesurer l'écart entre le développement de cette mémoire du génocide à la fin des années 1970 et l'amnésie de l'immédiat après-guerre il faut évoquer l'affaire Finaly.

L'affaire Finaly

L'affaire Finaly

Retour sur l'affaire Finaly qui passionna la France de l'après guerre. Deux enfants juifs furent adoptés pendant la Seconde Guerre par la très catholique Mademoiselle Brun, qui refusa ensuite de les rendre. De retour en France 40 ans après les faits, les enfants, devenus adultes, racontent.

19 avr 1993
02m 23s
Fiche (00065)

C'est l'histoire de deux enfants juifs de 5 et 6 ans que leurs parents avaient placés pour les sauver dans une institution catholique avant d'être eux-mêmes déportés à Auschwitz et d'y mourir. Ces deux enfants ont subi une conversion forcée en 1948, puis ils ont été cachés aux membres survivants de leur famille dans une congrégation. Un compromis fut trouvé en juin 1953, les enfants rendus à leur famille et toute poursuite abandonnée.

De même, c'est très tardivement que fut reconnue l'action de Justin Godart, parlementaire lyonnais qui cacha et sauva des Juifs pendant la guerre. L'émission du 17 décembre 1971 ne le mentionne pas. Il est vrai qu'à cette date le génocide des Juifs n'était pas au centre de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. En 2004, Justin Godart reçoit, à titre posthume, la médaille des Justes décernée par l'État d'Israël pour les personnes qui ont aidé les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Justin Godart

Justin Godart

Le musée Gadagne organise une exposition sur Justin Godart, dont la carrière politique a été extrêmement importante et en particulier à Lyon. L'archéologue Amable Audin évoque ses souvenirs avec ce grand personnage.

17 déc 1971
03m 07s
Fiche (00368)

Lieux de mémoire : la publication des souvenirs des résistants et déportés

Dès la fin des combats paraissent les premiers souvenirs des « acteurs » qui prennent en main la construction de l'histoire et de la mémoire. Dans les très nombreux témoignages publiés, nous retiendrons - pour son contexte spécifique - celui édité en 1973 par Joseph Sanguedolce, Résistance. De Saint-Etienne à Dachau, ancien mineur devenu à cette date dirigeant départemental de la CGT. Membre des Francs Tireurs Partisans français (FTPF), communiste, il est arrêté par la police française en 1943, puis déporté au camp de concentration de Dachau. Il est intéressant de noter que ce témoignage est publié au moment où le secrétaire général du parti communiste français, Georges Marchais, était accusé d'être parti volontairement travailler en Allemagne lors de la Relève en 1942 : il s'agissait ainsi de montrer que des communistes avaient résisté et avaient été envoyés dans des camps (en 1973, on ne faisait pas encore couramment la distinction entre camps d'internement et camps d'extermination).

Joseph Sanguedolce, maire de Saint-Etienne

Joseph Sanguedolce, maire de Saint-Etienne

Ce reportage est consacré au maire communiste de Saint-Etienne. Il évoque son passé, en tant que mineur, ses actes de résistance, son retour de déportation et son action à la mairie de Saint-Etienne.

29 juil 1982
06m
Fiche (00269)

Lieux de mémoire et commémorations : un usage politique du passé dans le présent

La mémoire collective est alimentée par les commémorations, manifestations volontaires et organisées, porteuses d'une représentation du passé. Ces commémorations qui prennent la forme de manifestations officielles sont très présentes dans les actualités cinématographiques ou les reportages diffusés à la télévision. L'hommage aux défunts est en général rendu par l'armée et la musique militaire, en présence des personnalités et des acteurs de cette histoire encore vivants, qui se retrouvent pour commémorer le sacrifice de leurs compagnons d'armes.

Dans la région Rhône-Alpes, deux lieux sont le symbole de la Résistance : les Glières et le Vercors. L'Association des rescapés des Glières est née dès septembre 1944 et elle entend « maintenir l'esprit du Plateau » et « maintenir le culte des camarades tombés pour la France aux Glières ». La première commémoration des combats du Vercors a eu lieu dès le 5 août 1945 devant les résistants et les habitants survivants. La commune de Vassieux-en-Vercors est faite « Compagnon de la Libération » : « Principal centre de parachutage pour l'aviation alliée sur le plateau, a toujours aidé de tous ses moyens les militaires du Maquis dans les opérations de ramassage d'armes. Très violemment bombardé le 14 juillet, attaqué par 24 planeurs allemands les 21 et 22 juillet, a eu 72 de ses habitants massacrés et la totalité de ses maisons brûlées par un ennemi sans pitié ».

Vincent Auriol au plateau des Glières

Vincent Auriol au plateau des Glières

Vincent Auriol, le président de la République s'est rendu à Evian les Bains pour rendre hommage aux résistants du plateau des Glières. Il est venu se recueillir devant les tombes du cimetière de Morette.

29 mai 1947
52s
Fiche (00202)

En 1947, la nécropole nationale de Morette commémorant la résistance des Glières est inaugurée par le président de la République, Vincent Auriol ; il célèbre ainsi l'héroïsme et le sacrifice du bataillon des Glières et de son chef le lieutenant Morel, qui résista du 24 au 26 mars 1944 aux assauts de la Milice et d'une division allemande avec 465 hommes et ce malgré les bombardements d'artillerie et d'aviation. Chaque année, les associations des survivants et leurs familles se recueillent ici. Sur ce même lieu des Glières, 60 ans plus tard, le président Sarkozy décide lors de sa campagne électorale d'en faire un rendez-vous mémoriel personnel et d'effectuer, à des dates variables, une visite annuelle destinée à célébrer le roman national.

Hommage aux résistants au plateau des Glières

Hommage aux résistants au plateau des Glières

Nicolas Sarkozy s'est rendu en Haute-Savoie pour rendre hommage aux résistants de la Seconde Guerre mondiale sur le plateau des Glières. Ce fut également l'occasion pour le chef de l'état d'un changement de cap dans sa communication.

18 mar 2008
02m 14s
Fiche (00217)

Le Vercors avait été choisi par les dirigeants de la Résistance pour abriter un maquis ravitaillé par des parachutages. C'est du ciel que sont arrivés les soldats allemands qui ont investi le plateau en juillet 1944. En 1990, à l'occasion du 45ème anniversaire des massacres du Vercors, les cérémonies rendent hommage aux victimes militaires et civiles et rappellent à la population les épisodes dramatiques de l'été 1944.

Le musée de la Résistance à Vassieux-en-Vercors

Le musée de la Résistance à Vassieux-en-Vercors

A l'occasion du 45ème anniversaire du 8 mai dans le Vercors, ce reportage se consacre à ce haut lieu de la Résistance et de massacres. M. La Picirella, fondateur du musée de la Résistance, n'a de cesse de faire connaître ce sombre passé.

08 mai 1990
04m 51s
Fiche (00452)

Lieux de mémoire et transmission : les musées de la résistance et de la déportation

Les musées de la résistance et de la déportation se multiplient dès les années 1960, souvent à l'initiative d'anciens résistants et déportés qui veulent transmettre aux jeunes générations leur expérience et les valeurs de la Résistance. À Lyon, dès 1965, un premier musée existait, géré et animé par une association jusqu'en 1985. Il en est de même à Grenoble. Dans le Vercors, à Vassieux, village martyr qui vit une partie de ses habitants massacrés lors de l'assaut de l'armée nazie en juillet 1944, un ancien maquisard, Joseph La Picirella, a fondé en 1973 grâce aux dons des habitants - des anciens résistants ou leurs descendants - un musée qui relate les combats des maquisards à qui il donne un visage grâce aux photographies et qui montre aussi les exactions des armées allemandes et de la milice. En 1999, le musée est passé sous la responsabilité du conseil général de la Drôme.

Au milieu des années 1980, ces musées de la résistance, souvent gérés par des associations, se sont transformés en institutions officielles qui ont associé dans la commémoration résistance et déportation, comme le CHRD à Lyon ouvert en 1992.

Le musée de la résistance à Grenoble

Le musée de la résistance à Grenoble

Le nouveau musée de la Résistance a été conçu en collaboration avec des résistants et des historiens. Il tente de plonger le visiteur dans l'atmosphère de ces années là en Dauphiné, en mêlant reconstitutions, images d'archives et témoignages.

30 juin 1994
02m 47s
Fiche (00442)

Des morts pour la France aux morts à cause de la France

Pendant les septennats de François Mitterrand (1981-1995), on est passé des « morts pour la France » commémorés à date fixe le 8 mai (fin des combats, capitulation à Berlin) ou le 6 juin (débarquement de 1944), aux morts « à cause de la France », actant ainsi la présence des victimes comme place centrale dans les mémoires. En mars 1985, une loi crée la mention « mort en déportation » qui légitime ainsi les victimes qui ne peuvent se reconnaître dans la catégorie « morts pour la France » et qui s'inscrit dans un processus de construction de la mémoire française par rapport à la période de l'occupation nazie En 1993 est instituée une « journée nationale des persécutions racistes et antisémites ». Par un décret présidentiel du 3 février 1993, la Maison d'Izieu (où le 6 avril 1944, 44 enfants et leurs sept éducateurs sont arrêtés sur ordre du chef de la gestapo de Lyon, Klaus Barbie), est reconnue avec l'ancien Vélodrome d'Hiver et l'ancien camp d'internement de Gurs comme l'un des trois lieux de la mémoire nationale des « victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l'humanité commis avec la complicité du gouvernement de Vichy ». La maison d'Izieu a été inaugurée le 24 avril 1994 par le président de la République, François Mitterrand (Rhonal00408).

Inauguration de la maison d'Izieu

Inauguration de la maison d'Izieu

Le président de la République est venu inaugurer la maison des enfants juifs à Izieu. Ce lieu symbolique a été l'objet d'une rénovation. François Mitterrand y a tenu un discours, rappelant le rôle essentiel de l'école et de la mémoire.

24 avr 1994
02m 13s
Fiche (00408)

En 1995, le président Jacques Chirac reconnaît pour la première fois la responsabilité de l'État français dans la mise en œuvre du génocide juif, en particulier lors de la rafle du Vel d'Hiv à Paris les 16 et 17 juillet 1942. En 2000, un décret institue une mesure de réparation pour les orphelins dont les parents ont été victimes de persécutions antisémites. L'édification de monuments (Mont Valérien), de mémoriaux (Mémorial de la Shoah) et de musées (Centre d'histoire de la résistance et de la déportation - CHRD - à Lyon inauguré en 1992 dans les locaux de l'ancienne Gestapo) appartiennent à ce processus mémoriel centré sur les victimes - en particulier sur le génocide des Juifs - qui a été alimenté par les procès des années 1990.

Les procès lieux de mémoire : juger les coupables de crimes contre l'humanité

Les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale sous le régime de Vichy sont devenus un enjeu mémoriel important dans les deux dernières décennies du XXe siècle. Le premier inculpé pour crime contre l'humanité pour la rafle du Vel' d'Hiv, en juillet 1942 a été Jean Legay (mort en 1989) représentant de René Bouquet, secrétaire général de la police en zone occupée de mai 1942 à janvier 1944. Bousquet a été assassiné à Paris en juin 1993 avant que son (nouveau) procès n'ait pu être organisé. Entre temps, deux procès pour crimes contre l'humanité ont concerné spécifiquement la région Rhône-Alpes : le procès Barbie et le procès Touvier.

Le procès Barbie s'est ouvert le 11 mai 1987 devant la cour d'assises du Rhône. Barbie, ancien officier SS, chef de la Gestapo de Lyon, est le premier accusé en France à répondre de crimes contre l'humanité et non de crimes de guerre, ces derniers étant prescrits à la date où, extrait de son refuge bolivien, il a été remis à la justice française. Les chefs d'accusation sont l'expédition montée le 6 avril 1944 à la Maison d'Izieu dans l'Ain et la déportation de quelque 650 personnes le 11 août 1944 dans le dernier convoi qui quitta Lyon à destination des camps d'extermination ; les tortures et la mort, la déportation de plusieurs personnes. Dans son procès, la parole des témoins a été fondamentale. Condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l'humanité, Klaus Barbie meurt en prison à Lyon en 1991.

Le procès de Klaus Barbie

Le procès de Klaus Barbie

Le 11 mai 1987, le procès de Klaus Barbie commence. Il est accusé de crime contre l'humanité. Ce procès, qui a lieu à Lyon, réveille les passions devant l'absence de repentir du criminel. La communauté juive de Lyon n'oublie pas ce qu'il s'est passé.

04 juil 1987
07m 58s
Fiche (00162)

Après la grâce accordée au milicien Paul Touvier en 1972, le président de la République Georges Pompidou avait déclaré : « Le moment n'est-il pas venu de jeter le voile, d'oublier ces temps où les Français ne s'aimaient pas, s'entre-déchiraient et même s'entre-tuaient ? ». Une plainte est alors déposée contre Touvier pour crime contre l'humanité notamment pour l'assassinat d'Hélène Basch et de Victor Basch (ancien président de la Ligue des Droits de l'Homme) le 10 janvier 1944 et l'exécution de sept Juifs à Rillieux-la-Pape le 29 juin de la même année. Mais Touvier reste introuvable ... jusqu'à son arrestation le 24 mai 1989, dans une institution catholique de Nice (Rhonal00164). Paul Touvier est mort, le 17 juillet 1996, à la prison de Fresnes.

Verdict du procès de Paul Touvier

Verdict du procès de Paul Touvier

Après 23 ans de procédure judiciaire, la justice reconnaît Paul Touvier coupable de crime contre l'humanité. La cour d'assises de Versailles l'a condamné aujourd'hui à la réclusion criminelle à perpétuité.

20 avr 1994
03m 40s
Fiche (00164)

Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de la Gironde de 1942 à 1944, (ancien préfet de police de Paris et ancien ministre) est condamné en 1998 à Bordeaux à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité (la déportation d'enfants juifs de Gironde en juillet 1942). Libéré en 2002, pour maladie incurable, il est mort en 2007.

Réparations des spoliations des biens juifs

Après la reconnaissance en 1995 par le président de la République Jacques Chirac de la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs, le Premier ministre confie à Jean Mattéoli une mission d'étude pour déterminer les spoliations organisées par le régime de Vichy (1940-1944) et pour faire le bilan de ce qui a été restitué depuis la Libération. À Grenoble, la municipalité de gauche de Michel Destot met en place dès 1997 une commission pour dresser un inventaire systématique de la spoliation des biens juifs.

La spoliation des biens juifs en Isère

La spoliation des biens juifs en Isère

Un colloque international, consacré à la spoliation des biens Juifs pendant la deuxième guerre mondiale, s'est ouvert à Grenoble. A cette occasion, l'historien Tal Bruttmann a été l'invité du Journal Télévisé.

01 juin 2010
07m 33s
Fiche (00437)

Sur le plan national, il est prévu que les fonds en déshérence seront versés à la Fondation pour la mémoire des victimes de la Shoah.

Bibliographie

  • BARRIERE Philippe, Tal Bruttmann, Jean-Claude Duclos (dir.), L'Isère en Résistance : l'espace et l'histoire, Veurey, édit. DL, 2005.
  • BENSOUSSAN Georges, Auschwitz en héritage. D'un bon usage de la mémoire, Paris, Fayard, Mille et une nuits, 2003, (Ière édition 1998).
  • BRUTTMANN Tal, Aryanisation économique et spoliations en Isère, 1940-1944, Presses Universitaires de Grenoble, 2010, 255 p.
  • EMPRIN Gil, « Les associations d'anciens résistants et l'écriture de l'histoire : Glières une historiographie sous tutelle », in Laurent Douzou (dir.), Faire l'histoire de la résistance, Rennes, PUR, 2010, p.187-200.
  • MATTEOLI Jean (dir.), Rapport général de la Mission d'étude sur la spoliation des Juifs de France,), Documentation française, janvier 2000.
  • ROUSSO Henry, Le syndrome de Vichy, Paris, Points Seuil, 1987 (1ère édition).
  • SANGUEDOLCE Joseph, Résistance. De Saint-Etienne à Dachau, Paris, ESF, 1973.
  • TRUCHE Pierre (dir.), Juger les crimes contre l'humanité. 20 ans après le procès Barbie, Lyon, ENS éditions, 2009.
  • VIDAL NAQUET Pierre, Les Assassins de la mémoire, Paris, La Découverte, 1987.
  • WIERVIORKA Annette, Déportation et Génocide. Entre la mémoire et l'oubli, Paris, Plon, 1992 ( 2ème édition coll. Pluriel).