Parcours thématique

Les risques dans la région Rhône-Alpes

Anne-Marie Granet Abisset

Introduction

Fortement urbanisée et industrialisée, la région Rhône Alpes concentre un grand nombre de risques, industriels comme naturels. Il n'est que d'évoquer Feyzin, Val d'Isère ou encore le tunnel du Mont-Blanc : ces noms rappellent des événements catastrophiques, avec leur lot de morts et de destructions matérielles. Pour les populations qui ont été confrontées à ces événements ou à d'autres de même nature, ils restent une angoisse latente. Ces catastrophes ont participé à la prise de conscience des risques et contribué à la mise en place de politiques de protection, à l'élaboration d'une législation dont la région a souvent été pionnière pour leur expérimentation. La concentration des risques rassemblés sur l'ensemble du territoire Rhône alpin signale la fragilité des sociétés ; en même temps, les solutions techniques et culturelles mises en œuvre pour y faire face permettent à ces mêmes sociétés de continuer à y vivre et à s'y développer.

Le tunnel du Mont Blanc

Le tunnel du Mont Blanc

Depuis la catastrophe de 1999, qui a fait 39 morts, la question de la sécurité du tunnel du Mont Blanc a été remise en cause. La France, comme l'Italie a lancé, quelques semaines après le drame, une campagne de grands travaux.

08 mar 2002
01m 56s
Fiche (00341)

Une région qui combine l'ensemble des aléas naturels

Parler des « risques naturels », c'est évoquer la manière dont une société fait face à des aléas tels que les inondations, les avalanches, les glissements de terrain, les laves torrentielles, les sécheresses, les séismes , autrement dit l'ensemble des mouvements créés par les forces géophysiques qui ont une certaine intensité dans un temps donné. Dorénavant, ces derniers s'insèrent dans le contexte devenu prégnant du changement climatique. La région Rhône Alpes est particulièrement exposée à l'ensemble des aléas de nature géophysique. Elle l'est à plusieurs titres : en raison de l'importance des territoires de montagne qui concentrent de manière aigue toutes leurs formes, mais aussi par les vallées alluviales, au premier rang desquelles le couloir du Rhône drainant des affluents régis par le régime des crues cévenoles pour sa partie méridionale (Drôme provençale ou Ardèche ), par le régime de la fonte de neige pour ceux provenant des Alpes ou par le régime océanique des crues lentes pour des rivières telles que la Saône.

Un tremblement de terre à Corrençon en Vercors

Un tremblement de terre à Corrençon en Vercors

Hier matin, un tremblement de terre a été ressenti à Corrençon en Vercors. Les dégâts sont nombreux. La secousse a eu des répercussions jusqu'à Lyon et Grenoble mais l'épicentre se situait sous le massif du Vercors.

26 avr 1962
01m 34s
Fiche (00357)
Inondations en Ardèche

Inondations en Ardèche

Des pluies torrentielles se sont abattues sur le sud est de la France et ont fait d'importants dégâts notamment dans les départements de l'Ardèche de la Drôme. Les arbres ont été déracinés, les maisons inondées et certains bâtiments détruits.

23 sep 1992
01m 26s
Fiche (00335)

En réalité la question des risques dits naturels est avant tout celle de la vulnérabilité des sociétés. Par leurs modes de vie, par les différentes formes d'implantation des activités humaines sur les territoires, elles sont confrontées aux aléas géophysiques et climatiques. Plus encore, elles les accentuent si ce n'est les occasionnent. Ainsi une avalanche ne devient une menace, voire un événement d'ampleur catastrophique, que lorsqu'elle recouvre des habitations ou ensevelit des individus qui se trouvent sur son passage.

Maîtriser les risques : un projet des sociétés techniciennes

Depuis la fin du XVIIIe siècle surtout, l'idée de Progrès accompagnant l'évolution des savoirs et des techniques a laissé accroire à la possibilité de contrôler voire de dominer les espaces. Progressivement, le phénomène s'accélérant depuis le milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales urbaines ont oublié les réalités d'une nature que l'on croyait maîtrisée, allant même jusqu'à penser, dans les années 1980, que l'on pouvait parler de « risque zéro ». Cette politique comprenait des aspects techniques et scientifiques en même temps que des aspects législatifs et réglementaires. Ces derniers rappelaient notamment la responsabilité des maires (prévue dès la loi de 1884 mais longtemps négligée) et plus encore du préfet (depuis les lois de 1970 et surtout de 1982 - avec la mise en place des Plans d'exposition aux risques prévisibles). L'idée générale indiquait que la protection des sociétés repose de manière couplée sur des aménagements et des ouvrages d'art adaptés et sur une connaissance approfondie des aléas. A terme, l'ensemble devait permettre d'anticiper les risques et de s'en prémunir : une belle continuité de fait avec la politique déjà à l'œuvre depuis le début et surtout le milieu du XIXe siècle. Dans un contexte climatique suscitant un épisode d'inondations sévères (petit âge glaciaire), des spécialistes avaient été chargés de bâtir des aménagements destinés à protéger les villes, les zones de plaines et les voies de circulation. Etaient en jeu l'équipement des cours d'eau, la reforestation des hautes vallées, avec la mise en place d'ouvrages et de structures de protection, la construction de barrages (pour un objectif d'ailleurs avant tout industriel). Pour conduire cette politique d'aménagement des territoires, l'administration des Eaux et Forêts, devenue l'ONF, et son service de la Restauration de Terrains de Montagne (RTM) a joué un rôle essentiel et continue de le faire. Elle s'est longtemps appuyée sur les associations de riverains en charge depuis le XIXe siècle de l'entretien des digues. Dans le même temps, les mutations des activités économiques transformaient les territoires les plus soumis aux aléas, notamment sous l'effet du tourisme et de l'urbanisation des hautes vallées. Les populations originaires de ces territoires avaient en majorité gagné les villes. Les emplois transférés en zone urbaine ou de plaine obligeaient les habitants toujours plus nombreux à migrer définitivement. Les politiques forestières plus ou moins draconiennes, en préemptant au nom de la lutte contre les risques, une partie des terres dédiées à l'élevage (communaux le plus souvent) ont contribué à l'accélération du déséquilibre économique des vallées les plus fragiles. Cette préemption diminuait les possibilités d'exploitation d'une économie agropastorale de moins en moins compétitive par rapport à celle des plaines, vouant ultérieurement ces territoires à d'autres usages (Parcs naturels notamment ).

Le parc des Écrins

Le parc des Écrins

La création du parc des Écrins a entraîné l'inviolabilité de certains territoires. Les communes implantées n'ont pas pu donner leur avis, cette protection est parfois un obstacle à leur développement économique.

30 nov 2005
02m 37s
Fiche (00346)

Aménagement et réglementation : des axes majeurs pour la protection des populations

Plus récemment un autre axe essentiel de cette politique repose sur les nouvelles modalités en matière d'urbanisme avec la mise en place d'une législation propre et de documents spécifiques (ZPIU, POS, plan de zonage, PLU, SCot, etc...). Enfin, le cadre administratif recourt à des programmes de recherches scientifiques pour une meilleure connaissance des aléas d'abord, des risques et de la vulnérabilité ensuite, dans un contexte où la notion de risque zéro engage la responsabilité de l'Etat. Cette dernière l'est particulièrement depuis la loi de 1982 qui prévoit l'indemnisation des victimes et surtout des communes reconnues dans la situation de catastrophes naturelles.

Si des lois existent depuis l'entre deux guerres (1935, 1937, 1950 entre autres), la législation n'a fait que se renforcer depuis les années 1970 et s'accélérer à partir du début des années 1980. L'avalanche de Val d'Isère tient une place majeure dans le renforcement de cette législation.

Après l'avalanche du Val d'Isère

Après l'avalanche du Val d'Isère

Depuis trois jours la station de Val d'Isère est fermée. Les risques d'avalanches sont toujours possibles. Les seules personnes présentes sont les sauveteurs qui continuent à déblayer le centre de l'UCPA, où 39 résidents ont trouvé la mort.

12 fév 1970
04m 42s
Fiche (00440)

C'est aussi le premier épisode très fortement médiatisé par la télévision, sans oublier la même année, les laves torrentielles emportant des bâtiments médicalisés pour les convalescents au plateau d'Assy (Haute-Savoie). A partir de cette date, l'attention portée aux risques ne se décline plus seulement en termes d'aléas ou de solutions techniques. La prise de conscience de la vulnérabilité des territoires lors d'un certain nombre d'événements catastrophiques oblige à la mise en place de politiques plus globales pour renforcer la prévention et la protection des territoires et des populations. La traduction de l'évolution des politiques en matière de risques naturels se perçoit dans l'intitulé même des principales lois. Celle de 1982, qui prévoit l'indemnisation des victimes, celle de 1987 et surtout de 1995 dite loi Barnier, relative au renforcement de la protection de l'environnement et qui met en place les Plans de Prévention des Risques (PPR), celle de 2003 relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages, sans oublier toutes les propositions et lois comprises dans le Grenelle de l'environnement. Il est intéressant de voir le glissement sémantique qui passe des risques naturels à l'ensemble des risques puis à l'environnement. Dans le même temps, la prise en compte des victimes va de pair avec l'importance accordée aux indemnisations, au rôle des assurances à côté de celui de l'Etat.

La concurrence des savoirs : une perte des savoirs vernaculaires et de la mémoire des événements

On comprend mieux que l'ensemble des savoirs techniques et scientifiques se soit progressivement imposé au détriment des savoirs locaux, notamment en montagne. Les experts sont devenus les seuls référents pour désigner les zones à risques et proposer les politiques à mettre en œuvre. Ils s'appuient sur des programmes de recherche dont les objectifs sont clairement de fournir des connaissances et proposer des solutions concrètes aux politiques. Dans ce domaine la région Rhône Alpes avec son « potentiel » en matière d'aléas physiques et de croissance de la vulnérabilité liés aux contextes variés (métropoles de plaine, sites de montagne, prégnance de l'industrie...) occupe une place particulière.

Dès le début du XXe siècle, les avalanches ont été mesurées et cartographiées (cartes EPA : carte des zones exposées au avalanches), mais les programmes se sont surtout multipliés à partir des années 1970 et 1980. Les cartes des risques avalancheux ont été améliorées et les recherches systématisées après 1970 et la catastrophe de val d'Isère (carte CLPA : carte de localisation probable des avalanches).

Après l'avalanche du Val d'Isère

Après l'avalanche du Val d'Isère

Depuis trois jours la station de Val d'Isère est fermée. Les risques d'avalanches sont toujours possibles. Les seules personnes présentes sont les sauveteurs qui continuent à déblayer le centre de l'UCPA, où 39 résidents ont trouvé la mort.

12 fév 1970
04m 42s
Fiche (00440)

Plusieurs exemples peuvent attester de cette place particulière accordée aux risques en Rhône Alpes. On se contentera de citer le programme de recherche autour des « ruines de Séchilienne », la mise en place du Pôle grenoblois de prévention des risques naturels (PGRN) en 1989 ou plus récemment la Maison du Rhône.

Les ruines de Séchilienne

Les ruines de Séchilienne

Séchilienne, dans la vallée de la Romanche, est un lieu à risque, surveillé de très près. Le mont y est fissuré et les glissements de terrains sont réguliers. Ce phénomène est progressif et pourrait provoquer des inondations.

21 jan 1994
02m 34s
Fiche (00407)

Tous ont en commun de vouloir conduire des recherches à la fois académiques, finalisées et interdisciplinaires, mettant en partenariat des chercheurs, des acteurs de terrain et des collectivités territoriales. C'est sans compter les laboratoires de recherches régionaux qui ont les « risques » comme objet d'étude. Si ces programmes intégrant souvent la dimension internationale sont importants, la multiplication des événements d'ampleur majeure au niveau régional a montré pourtant les limites de certaines approches privilégiant les aléas et ne prenant pas assez en compte les savoirs et la mémoire des risques par les populations. Ceux-ci sont pourtant encore bien présents à condition que l'on sache accéder et analyser cette connaissance fixée et inscrite dans les archives, mais aussi prendre en compte les silences qui entourent certains événements pour des raisons multiples, dont le coût du foncier n'est pas la moindre.

Des risques industriels prégnants encore souvent occultés

La vulnérabilité dans la région Rhône Alpes ne repose pas seulement sur les risques induits par les aléas naturels. Dans cette région dynamique sur le plan industriel comme pour la production énergétique, dans cette région fortement urbanisée et humanisée, la vulnérabilité n'a fait que croître avec le développement économique de la région.

La raffinerie de Feyzin

La raffinerie de Feyzin

La raffinerie de Feyzin fête ses 10 ans. La population est très sceptique envers l'usine et met en cause la pollution qu'elle engendre. De plus, la catastrophe de 1966 n'est pas oubliée. Les responsables tentent de la faire accepter.

15 oct 1974
01m 15s
Fiche (00123)

Certes depuis une dizaine d'années la désindustrialisation de quelques sites chimiques ou sidérurgiques majeurs participe indirectement de la réduction des risques. Pourtant, la juxtaposition de l'ensemble du panel des risques industriels, implantés parfois dans des espaces particulièrement vulnérables est réelle. On ne peut que citer les industries chimiques (raffinerie de Feyzin et le couloir de la chimie au sud de Lyon, usines classées Seveso à Pont de Claix- Isère), les centrales nucléaires qui maillent le couloir rhodanien, implantées dans des secteurs à la sismicité reconnue , l'implantation des laboratoires expérimentaux en matière nucléaire, ou ceux qui développent actuellement les nanotechnologies sans oublier les laboratoires en pointe dans le domaine médical .

Débat sur l'implantation des centrales nucléaires au Conseil régional

Débat sur l'implantation des centrales nucléaires au Conseil régional

Au Conseil régional, un débat sur l'implantation des centrales nucléaires a eu lieu. Si l'aspect dangereux a été évoqué, les conclusions ont porté sur la nécessité de conserver cette énergie. Il a été décidé de l'implantation d'une nouvelle centrale à Saint-Maurice l'Exil.

13 fév 1975
02m 33s
Fiche (00371)
Le laboratoire P4

Le laboratoire P4

Jacques Chirac inaugurera demain, à Lyon, le laboratoire P4 qui va se consacrer à l'étude des virus et des bactéries les plus dangereux. P4 signifie groupe pathogène de niveau 4 (le sida ne relevant que du niveau 3).

04 mar 1999
02m 08s
Fiche (00214)

Ces données sont davantage prises en compte par les pouvoirs politiques qui ont mis en place des programmes de prévention et d'éducation, des plaquettes d'information à destination des populations les plus menacées. Cette situation d'exposition des territoires Rhône-alpins aux différentes catégories de risques a sans doute contribué à la mise en place d ‘associations de défense de l'environnement et de lutte contre les menaces industrielles. On se contentera de citer la plus célèbre, la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad), dont le siège est à Valence et qui a été fondée après la catastrophe de Tchernobyl.

Sur le sujet, par les JT ou des émissions plus spécialisées, la télévision participe de la diffusion d'une connaissance. On pourrait penser qu'elle construit une mémoire des événements et des risques. En réalité, par la redondance et la répétitivité d'un récit très normé de la catastrophe, en privilégiant aussi dans ce domaine l'émotion, elle ne contribue pas à forger une vraie réflexion sur la vulnérabilité des territoires. Au final elle ne participe pas à une « éducation aux risques », nouveau leitmotiv qui a remplacé celui de « risque zéro ». En traitant dans les dernières années tous les événements comme des catastrophes, elle contribue à l'inverse à faire oublier le risque et surtout les responsabilités que chacun peut avoir en ce domaine.