One of a kind, chorégraphie de Jiri Kylian au Palais Garnier

19 décembre 1998
01m 35s
Réf. 00705

Notice

Résumé :

Jiri Kylian parle de sa chorégraphie en précisant que c'est la première fois qu'il traite tous les danseurs de sa compagnie comme des solistes. D'où l'extrême complexité de One of a kind, dont on ne voit que les morceaux d'un puzzle. On peut néanmoins reconnaître sur ce document la très belle Cora Bos-Kroese et, à la fin, en duo avec le danseur Ken Ossola.

Date de diffusion :
19 décembre 1998
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Thèmes :

Éclairage

Fin 1998, Jiri Kylian revient à l'Opéra de Paris, pour la troisième fois depuis 1991, avec sa principale compagnie, le Nederlands Dans Theater, et un seul ballet : One of a Kind (que l'on peut traduire « Le seul de son espèce »), spectacle en trois parties d'une vingtaine de minutes chacune, créé huit mois plus tôt à La Haye.

Il s'agit d'une commande du Ministère de l'Intérieur des Pays Bas pour commémorer le cent cinquantième anniversaire de la Constitution Néerlandaise. Promulguée en 1848 elle s'inspire de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de la Constitution française de Juillet 1789.

Aucun rappel historique, aucun tableau grandiose n'évoque cette commémoration officielle. Jiri Kylian traduit d'une manière toute personnelle le sentiment de liberté et d'égalité : « Nous avons élaboré cette chorégraphie comme une ode à l'individualité des danseurs. C'est vraiment la première fois que je traite tous les danseurs comme des solistes ».

Même si tous apparaissent en duos ou solos, une seule artiste reste présente dans les trois parties du ballet : la très belle danseuse néerlandaise Cora Bos-Kroese. « Cette femme est la conscience du monde. Que la danseuse fasse des choses importantes ou moins importantes, elle reste sur scène comme l'élément constant, l'équilibre, le lien éternel entre le passé, le présent et le futur » note Jiri Kylian dans le programme de l'Opéra.

Le chorégraphe revient d'un voyage qui l'a profondément marqué, dans la petite île de Groote Eylandt, en Australie, où se déroule un festival de danses aborigènes auquel participent plus de vingt tribus de tout le pays. Kylian est frappé par la diversité de leur culture, et plus encore par la transmission de leurs traditions de père en fils, par l'exemple ou la voie orale. Un Aborigène attire son attention « Avec sa main gauche il tenait la main de son père et avec celle de droite il tenait la main de son enfant. Il se voyait comme le maillon d'une chaîne éternelle : si jamais il lâchait, la continuité allait se perdre ». De la même manière, la brune Cora Bos-Kroese sert de lien à One of a Kind. Et qu'il joue ou non, le violoncelliste Pieter Wispelwey, reste lui aussi présent sur scène pendant les trois parties du ballet.

Ce voyage chez les Aborigènes influence également Jiri Kylian dans trois autres chorégraphies : Nomaden, Stepping Stones qui traite de la transmission dans le langage classique, et Stamping Ground pour laquelle Jiri Kylian invente un vocabulaire totalement original, faussement primitif, animal, cocasse et athlétique. Représenté par le NDT au Théâtre du Châtelet et au Théâtre de la Ville, Stamping Ground est entré au répertoire du Ballet de Lyon en 1995.

Jiri Kylian commande les éléments scéniques de One of a Kind à l'architecte japonais Atsushi Kitagawara, dont on retient dans la troisième partie, les superbes effets de filaments lumineux formant un rideau rouge derrière les danseurs. La musique est composée par l'Australien Brett Dean, ancien altiste de l'Orchestre Philharmonique de Berlin, et sa composition d'avant-garde superpose ou fait alterner le violoncelle solo sur scène et des mixages par ordinateurs de chants inuits, tibétains, et des madrigaux de Gesualdo.

Pour mettre en valeur chaque artiste de sa compagnie, Kylian utilise une gestique qui souvent évoque William Forsythe, par sa virtuosité, sa nervosité, et les extensions extrêmes des membres, surtout dans la deuxième et la troisième partie du ballet. Jiri Kylian n'imite pas Forsythe, qu'il admire, mais développe un style proche, à sa manière. Ce qui rend inclassable One of a Kind, fruit d'une imagination inépuisable. Toujours en quête de beauté par de nouvelles combinaisons de pas et de figures, Kylian aime surprendre sans choquer. Il se complaît dans les énigmes. Chorégraphe raffiné, attachant, il se montre un humaniste sensible, lucide, aussi à l'aise dans la légèreté que dans la profondeur.

René Sirvin

Transcription

Jiri Kylian
Nous avons élaboré cette chorégraphie comme une ode à l’individualité des danseurs. C’est vraiment la première fois que je traite tous les danseurs comme des solistes.
(Musique)
Journaliste
One of a kind, nous sommes tous uniques. Avec sa nouvelle création, Jiri Kylian le prouve.
(Musique)
Journaliste
Chorégraphe humaniste, libre à l’opéra, une déclaration qu’on chérit longtemps.
(Musique)