Cités nouvelles

27 juillet 1959
09m 43s
Réf. 01019

Notice

Résumé :

Présentation du plan d'urbanisme et de la campagne de relogement de la population algérienne : remplacement des bidonvilles par des constructions en béton.

Type de média :
Date de diffusion :
27 juillet 1959

Éclairage

Les bidonvilles sont fréquement employés, dans les films de propagande, comme un élément qui serait propre à la culture traditionnelle des « musulmans ». Or l'existence même des bidonvilles est liée en grande partie, historiquement, d'une part au rejet des Algériens des meilleures zones agricoles par les colons dès le XIXe siècle, et d'autre part à l'action de l'armée française pendant la guerre d'Algérie, qui, en « regroupant » les villages (donc en déplaçant des centaines de milliers d'Algériens des campagnes) et en retirant ainsi les emplois liés à la terre, ont favorisé l'exil des paysans sans emploi vers les villes, menant à la construction de bidonvilles. L'action de la France en la matière est de détruire ces bidonvilles pour construire des villages ou des villes en dur à la place ; 1959 marque le lancement concret de la construction des « mille nouveaux villages » prévus dans le Plan de Constantine décidé par de Gaulle en octobre 1958 et piloté par Paul Delouvrier, délégué général du gouvernement en Algérie nommé pour remplacer le général Salan en décembre 1958.

Il s'agit d'un film de propagande sur les « mille nouveaux villages ». Mais au lieu d'un film montrant le plan dans sa globalité (il en existe), celui-ci ne mentionne presque pas le plan de Constantine pour se concentrer sur le cas particulier d'un enfant, Tahar (qui, comme le note le speaker, « n'est qu'un enfant d'Algérie parmi tant d'autres »), dans la région de Bône, à Sidi Salem plus précisément. Les enfants sont eux aussi souvent employés dans la propagande sur l'Algérie car ils représentent le futur du pays ; ici, Tahar est donc en même temps le témoin du changement et une métaphore du changement. La musique du film est très légère, presque guillerette ; elle colle à une mise en scène construite, puisque le film est intégralement joué et n'est donc pas « documentaire ». Comme toujours dans la propagande, le but est d'orienter la lecture du spectateur, et de sélectionner pour ce faire les informations qui sont véhiculées. Ici, le film entier repose sur l'existence des bidonvilles et sur leur résorption grâce à la France ; or comme on l'a vu c'est la France elle-même qui les a générés en grande partie. Il s'agit donc essentiellement de « colmater » les erreurs du passé en les faisant passer pour des innovations ; on met alors en avant la « poussée démographique, à l'un des taux les plus élevés du monde » pour expliquer ce fait, tandis que la musique se fait dramatique sur les images de destruction des bidonvilles comme la Choumarelle. Le film met aussi en avant la mise au travail des hommes prenant part à cet « immense plan de construction et d'équipement ». « Notre petit ami Tahar » est également le témoin de la disparition des vieilles traditions, comme « ce marché vétuste, voué à disparaître » face au nouveau marché, « construit en dur ». Et si Tahar est « blessé, ou malade, il ira au centre social pour se faire soigner gratuitement ». Tahar a droit à un traitement de faveur : l'officier SAS le sort de l'école pour l'emmener visiter des appartements modernes et des cités, un homme lui faisant parcourir les lieux tandis que le speaker met en avant cette « vaste entreprise d'équipement et de rénovation dont le général de Gaulle a défini le plan à Constantine en octobre 1958 ». Le film se termine sur une musique pleine d'espoir, digne d'un Walt Disney, et sur un travelling arrière faisant penser aux Quatre cent coups : « Qui oserait regretter le passé ? Certainement pas Tahar ! » conclut le speaker.

Sébastien Denis

Transcription

(Musique)
Journaliste
Qui est cet enfant ? Il se nomme Tahar, ce n’est qu’un enfant d’Algérie parmi tant d’autres.
(Musique)
Journaliste
Que regarde-t-il ? Ce sont là les choumarelles de la région de Bône. En 1955, ces villages de bois et de tôles abritaient encore plus de 50 000 Français musulmans. Or, les bidonvilles de tous nos départements d’Algérie sont irrémédiablement condamnés. C’est là que Tahar est né et qu’il a vécu son enfance, c’est là que beaucoup de ses petits camarades vivent encore. Voici de plus près une de ses habitations debout pour quelques jours seulement.
(Musique)
Journaliste
Enfin, Tahar arrive chez lui. Déjà, à Sidi Salem, 4 000 logements ont été construits qui reçoivent près de 15 000 personnes. Certes, il reste beaucoup à faire, et le problème du logement ne se résoudra pas du jour au lendemain, mais le départ est donné, un bon départ. Il reste encore beaucoup de bidonvilles à détruire et les motifs qui les ont fait s’édifier demeurent. C’est d’abord la poussée démographique à l’un des taux les plus élevés du monde. En 100 ans à peine, la population d’Algérie a quadruplé. Une autre raison engendrant ces zones surpeuplées, c’est la concentration urbaine, inévitable à notre époque. Le long de la frange côtière, la densité de la population varie de 50 à 325 habitants au kilomètre carré. A Bône, une bonne part du bidonville a ainsi disparu.
(Musique)
Journaliste
Depuis longtemps, chaque jour, en un point quelconque de l’Algérie, de nouveaux locataires, de nouveaux propriétaires reçoivent comme ceci les clefs de leur habitation nouvelle.
(Musique)
Journaliste
Voici notre petit ami Tahar chez un de ses amis. Avant cette remise de clef à laquelle nous venons d’assister, d’autres opérations ont eu lieu, qui se poursuivent toujours. Ici, on fabrique des parpaings.
(Musique)
Journaliste
Autre part, des hommes préparent ou transportent les matériaux, le ciment, le fer, le bois.
(Musique)
Journaliste
Là, on construit. Ces cités qui naissent tous les jours ne sont que la poursuite d’un immense plan de construction et d’équipement.
(Musique)
Journaliste
Il ne suffit d’ailleurs pas de loger toutes ces familles. Ce marché vétuste par exemple est destiné aussi à disparaître.
(Musique)
Journaliste
Le nouveau marché, le voici de l’autre côté de la rue, construit en dur et adapté aux conditions climatiques.
(Musique)
Journaliste
On n’a pas seulement songé à loger et à nourrir Tahar, s’il est blessé ou malade, il ira au centre social pour se faire soigner gratuitement. Autre part, nous pourrions visiter une boulangerie moderne ou un centre d’apprentissage.
(Musique)
Journaliste
Mais suivons encore notre jeune garçon. Tahar fréquente la nouvelle école, c’est un bon élève, ce qui ne l’empêche pas d’aimer le jeu comme tous ses pareils. Mais aujourd’hui, le programme de Tahar n’est pas inscrit dans les livres. Vous allez voir où le conduit l’officier Sahas, l’homme au képi bleu.
(Musique)
Journaliste
Nous sommes à la cité des lauriers roses.
(Musique)
Journaliste
Ce monsieur fort sympathique nous fait visiter quelques appartements de construction récente.
(Musique)
Journaliste
Nous repartons encore, et nous arrivons au Ruisseau d’Or, une cité entre beaucoup d’autres cités.
(Musique)
Journaliste
De 1949 à 1956, près de 100 milliards de francs avaient financé la construction de 70 000 logements. Et depuis, l’effort ne fait que s’amplifier démesurément. Sur le seul chapitre de l’habitat, plus de 20 000 logements nouveaux ont été livrés en 1957, 200 000 seront construits d’ici cinq ans. Et ce n’est là qu’un des aspects de cette vaste entreprise d’équipement et de rénovation, dont le Général de Gaulle a défini le plan Constantine en octobre 1958. Ainsi se poursuit, dans de multiples domaines, l’effort de la France au profit de sa province d’Algérie. Ce que nous voyons ici à Sidi Salem aux Lauriers Roses, au Ruisseau d’Or, n’est qu’une portion de cette grande œuvre.
(Musique)
Journaliste
Sans cesse, par là, par là encore, d’autres immeubles surgissent du sol. Partout, des départements d’Algérie prennent un visage neuf.
(Musique)
Journaliste
Qui oserait regretter le passé ? Certainement pas Tahar.
(Musique)