Les Cadets de la France Libre

1944
08m 13s
Réf. 07083

Notice

Résumé :
Ce sujet, produit par l'Office Français d'Information Cinématographique (OFIC), rend hommage aux Cadets de la France Libre, jeunes volontaires formés civilement et militairement pour combattre au sein des Forces Françaises Libres.
Type de média :
Date de diffusion :
1944
Personnalité(s) :

Contexte historique

Dès l'été 1940, alors que les ralliements sont encore rares, la France libre voit affluer de jeunes volontaires, prêts à se battre mais qui n'ont pas fini leurs études et ne sont pas formés militairement. Au bout de quelques mois, ils sont regroupés et encadrés par des officiers ralliés, au sein d'un même lieu de formation.

En février 1941, ils intègrent officiellement l'Ecole militaire des Cadets de la France Libre : le terme « Cadet » est inspiré de la dénomination que les Anglais utilisaient alors pour désigner leurs élèves officiers. Les premiers élèves viennent principalement de France métropolitaine (notamment de Bretagne et du Nord de la France) mais progressivement le vivier s'élargit aux colonies ralliées et aux pays étrangers.

Entre 1941 et 1944, l'école accueille près de 400 élèves dont 211 aspirants officiers, qui sortiront de l'école en cinq promotions, dont les dénominations rappellent des événements glorieux de l'histoire de la France Combattante: « Libération » en juin 1942, « Bir Hakeim » en décembre 1942, « Fezzan-Tunisie » en juin 1943, « Corse et Savoie » en décembre 1943, « Dix-huit juin » en juin 1944.

La formation se décompose en différentes étapes : après l'obtention du baccalauréat, les élèves reçoivent une formation militaire de six mois dans le respect de la tradition saint-cyrienne puis disposent de six mois supplémentaires pour assimiler toutes les compétences d'un jeune officier au combat. Les élèves ont été formés dans la tradition saint-cyrienne et une loi adoptée en 1954 a d'ailleurs permis d'assimiler l'Ecole militaire des Cadets de la France libre à l'Ecole militaire de Saint-Cyr.

Dès leur sortie de l'école, les Cadets sont envoyés sur tous les fronts où combattent les Forces Françaises Libres. Ils participent aux combats de la Libération : au sein de la 2e division blindée du général Leclerc ; parachutés dans les maquis ou en charge de la liaison avec les armées alliés. Ils paient un lourd tribut pour la libération du territoire : un quart des Cadets est tué au combat.

Depuis la Libération, de nombreux hommages leur ont été rendus : sept Cadets sont Compagnons de la libération, le drapeau de l'Ecole de Cadets a été décoré de la Légion d'honneur et de la médaille de la Résistance et un mémorial a été érigé à Coëtquidan. Le général de Gaulle leur rend  hommage en ses termes : « Dans son chagrin, aux pires jours de son histoire, ils ont consolé la France ».
Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce sujet fait partie d'un magazine de 20 minutes, intitulé Ici...la France, produit par l'Office Français d'Information Cinématographique (OFIC) en trois langues (français, anglais, arabe) et diffusé à travers le monde par l'intermédiaire de ses bureaux installés au Caire (diffusion en Afrique, Moyen-Orient, Asie), à Londres (diffusion dans certains pays européens neutres) et à New-York (diffusion sur le continent américain et aux Antilles). Il s'agit ici pour l'OFIC, organe d'informations et de propagande de la France Combattante, de faire connaître l'action de ses soldats et leur rôle aux côtés des Alliés contre les forces de l'Axe.

Dans ce sujet, le commentateur insiste, avec emphase, sur l'épopée des Cadets de la France Libre : il revient ainsi sur leur filiation avec les élèves de l'ancienne école de Saint-Cyr, à travers la diffusion d’images d'archives montrant un défilé des Saint-Cyriens sur les Champs-Elysées avant guerre. Le reportage décrit ensuite le quotidien des élèves de l'Ecole des Cadets de la France Libre, qui suivent leur formation dans le manoir de Ribbesford. Il met l'accent sur la qualité de l'enseignement dispensé et la polyvalence des jeunes recrues, capables après un an de formation de manier les armes, de s'adonner à des exercices physiques très exigeants et de se repérer sur une carte topographique.

Le spectateur découvre dans ce sujet le rôle joué par leur commandant, André Beaudoin, professeur en poste à Kaboul, qui fut chargé de la formation des jeunes élèves aspirants officiers dès le 15 novembre 1940 alors qu'ils étaient encore regroupés à Rake Manor près de Milford et que l'Ecole n'avait même pas encore d'existence officielle. Dans le discours filmé ici, André Beaudoin évoque les quatre précédentes promotions d'officiers sortis de l'école entre 1942 et 1944. La promotion d'aspirants officiers que suivent les caméras de l'OFIC est sortie de l'école en  juin 1944 : contrairement aux volontés exprimées par le commandant dans ce sujet, elle ne sera pas nommée « Notre Paris » mais « Dix-huit juin ». Ils participeront aux combats de la Libération du territoire national, dans des rôles différents en fonction de leur classement de sortie.
Emeline Vanthuyne

Transcription

(Musique)
Commentateur
Défilez devant notre mémoire, Saint-Cyriens de naguère, avec vos casoars et vos gants blancs légendaires. À votre place sur les Champs Elysées paradent en ce moment des soldats vert-de-gris, promenant leurs cymbales et leurs croix tordues. Pas pour longtemps. Défilez Saint-Cyriens, la longue chaîne de vos promotions n'a pas été rompue.
(Silence)
André Beaudoin
Au nom de la France, au nom du général de Gaulle Je salue votre nouvelle promotion, vous êtes des volontaires au sens le plus pur, et vous avez été choisis pour devenir des chefs, je suis sûr que vous serez digne de vos grands anciens de Saint-Cyr dont nous prétendons continuer ici la glorieuse tradition. Digne aussi de vos jeunes anciens instruits sur le sol hospitalier de la vieille Angleterre. La première promotion sortie de cette école fut baptisée Libération. Et ce nom exprimait notre espoir invincible, mais encore vaguement dessiné. La deuxième promotion fut nommée Bir Hakeim, l'épopée du grand désert qui marquait la renaissance militaire française. La troisième promotion s'appela Fezzan-Tunisie, premier pont décisif vers le dénouement victorieux. La quatrième, la dernière sortie, ce fut Corse et Savoie, et ce nom évoque le combat aux portes de la France crucifiée, le combat en France même. Je n'ose pas encore espérer que votre promotion sera baptisée Notre Paris. Ce serait pourtant un bien beau nom.
Commentateur
Si jamais la devise de Saint-Cyr - ils s'instruisent pour vaincre -   s' appliquât justement, c'est bien à cette poignée de garçons volontaires qui s'entraînent physiquement, techniquement,  moralement aux armes et au commandement, non point en vue d'une carrière, d'un métier, mais dans le seul but de diriger le combat de 30 ou de 50 hommes dans les batailles de Libération. Pour entrer à Saint-Cyr, il fallait passer un concours. Tous ceux que vous voyez ici ont passé un concours de courage, où ils ont eu à subir des des épreuves souvent plus dures que celles qui consistent à sauter des troncs d'arbres ou à franchir une rivière à l'aide d'une simple corde au milieu des éclatements. Ils ont eu à franchir les neiges des montagnes, ou à partir des côtes de France sur une barque à travers les patrouilles allemandes. Ils ont eu à tout le moins à quitter un tranquille foyer familial en Amérique ou dans quelque colonie française, pour venir à 18 ans se porter combattant.
(Silence)
Commentateur
Regardez leur visage, observez leur regard, voyez leur manière de mener la vie en commun : où avons-nous déjà vu ces garçons ou leurs frères ? Nous les avons vus sans uniforme dans les images qui nous viennent des maquis. C'est une question de circonstances qui a amené ceux-ci sur un pré d'Angleterre, plutôt que dans les montagnes de Savoie. Mais chez les uns comme chez les autres, même volonté, même discipline consentie, même sens de l'existence collective, même refus de vivre opprimé, ils se joindront et ils vaincront ensemble. Ces jeunes officiers possèderont toutes les connaissances nécessaires à la guerre moderne et seront capables aussi bien de manipuler un appareil de morse pour établir les transmissions que de diriger un tir de mitrailleuse, ou de conduire un tank.
(Silence)
Commentateur
Les promotions qui auront fait leurs classes sur la terre de nos alliés garderont des paysages parcourus à motocyclette, comme du château où ils rentraient, la manoeuvre terminée, la même affection que tout ancien garde à son école parce qu'il a laissé là entre les prés et les râteliers d'armes et les salles de cours, un morceau de sa jeunesse.
(Silence)
Commentateur
Que ce soit Saint-Cyr, Saumur, Fontainebleau, Poitiers ou Saint-Maixent, ou que ce soient les corps de troupes, qui ne se souvient du commandement : "Au pas de tir, en position. Sur l'objectif qui est devant vous, feu à volonté !" Et bien, l'objectif qui est devant eux, ils le connaissent, il a un nom, c'est le nazisme. Objectif mobile qui défile en ce moment sur les Champs-Elysées. Cet objectif pour eux bientôt va se matérialiser, c'est pourquoi ils tirent juste.
(Silence)
Commentateur
L'entraînement physique, la pratique de toutes les armes et de toutes les formes du combat se complète par les études théoriques, l'utilisation du terrain, les longs examens de la carte. Bientôt l'apprentissage terminé et, d'élèves devenu instructeurs de leurs troupes, puis d'instructeurs devenu combattants, comme leurs anciens des promotions Libération, Bir Hakeim, Fezzan etTunisie, Corse et Savoie, déjà engagés dans de nombreuses actions, il déplieront leurs cartes sur le vrai front.
(Silence)
Commentateur
Puissent-ils, s'étant instruits pour vaincre, être des vainqueurs rapides et gagner à leur promotion le nom que leur promettait leur commandant : Notre Paris.