Armement et ravitaillement des maquis corses [muet]

1943
03m 15s
Réf. 07084

Notice

Résumé :
Ces images muettes ont été tournées par l'Office Français d'Information Cinématographique (OFIC) après la libération de l'île. Elles visent à reconstituer des scènes montrant les liens des maquisards corses avec la France combattante (parachutages d'armes) ainsi que la solidarité avec la population villageoise.
Type de média :
Date de diffusion :
1943

Contexte historique

La Corse, revendiquée par l'Italie fasciste depuis les années 30 en tant que « terre irrédente », est occupée par les troupes italiennes à partir de novembre 1942 : 80 000 soldats pour une population de 200 000 habitants ! La résistance corse se nourrit donc à la fois du fort sentiment de double appartenance régionale et nationale, ainsi que du rejet de l'occupant italien.

La société corse est alors très majoritairement rurale et les maquis sont avant tout des lieux où se réfugient résistants, opposants politiques, requis du Service du Travail Obligatoire (STO) et agents de la résistance extérieure en mission. Des maquis se forment dès le début de l'occupation italienne, en novembre 1942 mais ne se développent qu'à l'été 1943, alors que le climat devient plus favorable et que la répression de l'occupant s'accroît.

Afin d'échapper aux carabiniers et à l'Organisation de Vigilance et de Répression Antifasciste (OVRA), la police secrète de l’Italie fasciste, les maquisards s'abritent dans des abris (bergeries, grottes) rendus peu accessibles par un relief accidenté et une végétation dense (forêts, maquis). Les conditions de vie y sont précaires et le ravitaillement difficile. Les maquis servent également de caches de matériel et d'armes parachutés depuis Alger. Dans la région du Sartenais, les maquis ont également été des lieux d'affrontements armés à l'approche de la libération de l'île.

A partir du débarquement allié en Afrique du Nord, les liens se renforcent entre la résistance corse et la résistance extérieure. L'arrivée de missions par sous-marins et les livraisons d'armes à l'été 1943 renforcent l'espoir d'un débarquement. Le sous-marin Casabianca opère six missions clandestines.

L'arrestation de l'envoyé du général de Gaulle Fred Scamaroni engendre une réorganisation de la résistance corse autour du Front national, largement contrôlé par les communistes. Après la capitulation italienne et l'arrivée de renforts allemands sur l'île, le soulèvement de la résistance commence.

Le soutien des troupes françaises débarquées d'Alger dès le 13 septembre et le ralliement d'une partie des anciennes troupes d'occupation italiennes permettent la libération de l'île dès le 4 octobre 1943. Le général de Gaulle, sur place du 8 au 10 octobre, rend hommage au courage de la population corse. L'île de Beauté, lieu d'appui stratégique pour les Alliés, fait ensuite figure de modèle du rétablissement d'un pluralisme politique et de nouvelles structures administratives dans une France libérée.
Emeline Vanthuyne

Éclairage média

L'Office Français d'information cinématographique (OFIC), dépendant du commissariat à l'Information, est crée en avril 1943 à Alger : les images qu'il produit sont diffusées dans les territoires ralliés, au sein du magazine d'actualités de la France Combattante (Ici la France) ou de celui des Alliés (Le Monde Libre). L'OFIC sert donc d'organe de propagande visant à affirmer une certaine indépendance française vis-à-vis des sources d'informations britanniques.

La succession de plans montés, la décontraction et sourire des maquisards corses, les regards des protagonistes vers la caméra sont autant d'indices qu'il s'agit ici de séquences reconstituées. Ce film, tourné après la libération de l'île, vise à montrer aux spectateurs la parfaite coordination entre la Résistance extérieure et les maquisards. Le plan montrant un opérateur radio manipulant un poste-émetteur-récepteur, et la reconstitution d'un parachutage d'armes envoyées depuis Alger en attestent.

Cet extrait met en avant la figure du « maquisard corse », qui se confond dans  l'imaginaire collectif de la population insulaire avec la figure traditionnelle du « bandit d'honneur », recherché pour acte de vendetta. C'est d'ailleurs cette référence que Maurice Choury, figure de la résistance corse, choisit de mettre en avant en publiant en 1955 Tous bandits d'honneur !, témoignage sur le combat des résistants corses.

Ces images illustrent également le rôle, longtemps minoré, des femmes dans la Résistance corse. Gardiennes du foyer, elles sont chargées de l'aide matériel aux clandestins (ravitaillement, transmission de messages).
Emeline Vanthuyne