Le 19 mars, date contestée de la commémoration de la guerre d’Algérie

08 novembre 2012
01m 42s
Réf. 07093

Notice

Résumé :
Le Sénat a adopté une proposition de loi instituant le 19 mars comme la journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes de la guerre d’Algérie. Le choix de cette date fait polémique. Des manifestants et le sénateur UMP Gérard Larcher s’y opposent alors que Kader Arif, ministre délégué aux Anciens combattants, le défend.
Date de diffusion :
08 novembre 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Jamais depuis 1962 une date commémorant la fin de la guerre d’Algérie ne s’est imposée. Cette absence de consensus est d’abord due au refus des autorités françaises de reconnaître officiellement cette guerre jusqu’en 1999 (voir La reconnaissance de la guerre d'Algérie par la loi). Elle s’explique également par la volonté d’occulter une défaite. Enfin et surtout, elle trouve sa source dans l’impossibilité de trouver une date. Faut-il choisir le 18 mars, jour de la signature des accords d’Évian ? Le 19 mars, jour d’entrée en vigueur du cessez-le-feu en Algérie ? Le 1er juillet, date de la reconnaissance de l’indépendance algérienne par la France ? Le 3 juillet, jour marquant le transfert de la souveraineté à l’Algérie ? Polémiques et querelles n’ont cessé depuis 1962 sur le choix d’une date commémorative.

Le 19 mars recueille les suffrages de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA), qui revendique 370 000 adhérents, ainsi que des partis de gauche. Mais cette date est rejetée par l’Union nationale des combattants-Afrique du Nord (UNC-AFN) et par une grande partie de la droite : elles ne voient pas dans le 19 mars la fin de la guerre mais le début d’une période de violences meurtrières contre les pieds-noirs et les harkis. Les nostalgiques de l’Algérie française préfèrent de leur côté célébrer l’anniversaire du massacre des pieds-noirs à Oran le 5 juillet 1962 ou celui de la fusillade de la rue d’Isly (Rémi Dalisson, Guerre d’Algérie. L’impossible commémoration, p. 162-163).

Désireux de ne heurter la mémoire d’aucun groupe et de choisir une date neutre, le président de la République Jacques Chirac instaure, par décret du 26 septembre 2003, la date du 5 décembre comme journée nationale d’hommage aux « morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de Tunisie. Non liée à un événement notable du conflit, cette date correspond à l’inauguration du Mémorial national de la guerre d’Algérie le 5 décembre 2002 (voir L’inauguration du Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats). Elle est du reste approuvée par neuf des douze associations d’anciens combattants. Mais la principale, la FNACA, annonce aussitôt qu’elle ne participera pas à la cérémonie officielle désormais prévue chaque année à Paris et qu’elle continuera à commémorer le 19 mars. Ce sont finalement surtout les nostalgiques de l’Algérie française qui célèbrent cette journée du 5 décembre (voir Rémi Dalisson, Guerre d’Algérie, p. 188).

En 2012, le président de la République François Hollande choisit quant à lui le 19 mars comme « journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Cette journée, instituée par la loi du 6 décembre 2012, ne remplace pour autant pas celle du 5 décembre. Deux dates commémoratives officielles de la guerre d’Algérie coexistent ainsi, révélant l’impossibilité d’une date consensuelle.

Bibliographie
  • Dalisson Rémi, Guerre d’Algérie. L’impossible commémoration, Armand Colin, 2018.
  • Dalisson Rémi, Les Guerres et la mémoire, CNRS Éditions, 2013.
  • Stora Benjamin, La Gangrène et l’oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie, La Découverte, 1991.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage, diffusé dans le journal télévisé de vingt heures de France 2 du 8 novembre 2012, traite de l’adoption le jour même par le Sénat d’une proposition de loi socialiste instituant une journée nationale en mémoire des « victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Il se compose d’un commentaire sur images d’archives et images factuelles en alternance avec des interviews. Les images d’archives proviennent de deux époques différentes. Certaines datent de 1962 : filmées dans la période suivant le cessez-le-feu en Algérie, elles témoignent des violences et du départ des pieds-noirs. Ces plans visent à illustrer la poursuite des affrontements en Algérie après le 19 mars 1962. D’autres images d’archives sont beaucoup plus récentes. C’est le cas de celles filmées lors de l’inauguration par le président Jacques Chirac, le 5 décembre 2002, du mémorial aux soldats morts en Afrique du Nord entre 1952 et 1962, établi quai Branly à Paris (voir L’inauguration du Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats).

Les images factuelles ont quant à elle été tournées le jour même de leur diffusion au cours de la discussion de la proposition de loi. Certaines ont été filmées au sein de l’hémicycle sénatorial : le plan rapproché sur Jean-Pierre Raffarin, vice-président du Sénat, annonçant l’adoption du texte, la vue générale des sénateurs dans un hémicycle clairsemé, le plan moyen de Gérard Larcher prenant la parole, et le plans d’autres sénateurs réagissant, tels Gérard Longuet. D’autres images factuelles ont été tournées à l’extérieur du Sénat lors d’une manifestation de rapatriés d’Algérie hostiles à la proposition de loi.

Ce reportage met avant tout l’accent sur les profondes divisions suscitées par l’institution du 19 mars comme date commémorative de la fin de la guerre d’Algérie. Dès son lancement plateau, le présentateur du journal télévisé de France 2 David Pujadas évoque « un sujet qui fait des remous » et « un calendrier qui déchaîne les passions ». Le reportage lui-même est sous-titré « Guerre d’Algérie : une date contestée ». Les interviews proposées témoignent bien elles aussi de l’ampleur des fractures sur le choix d’une date commémorative. Elles laissent apparaître deux camps apparemment irréconciliables : d’un côté les opposants au 19 mars, représentés par le sénateur UMP des Yvelines Gérard Larcher ainsi que par un manifestant pied-noir nostalgique de l’Algérie française, de l’autre ses défenseurs, incarnés par Kader Arif, ministre chargé des Anciens combattants dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Le reportage met donc clairement à jour un clivage entre  la droite et la gauche au sujet de la commémoration du 19 mars.
Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
L’histoire et la mémoire maintenant, avec un sujet qui fait des remous, le sénat vient d’adopter une loi qui institue une journée nationale du souvenir pour commémorer la fin de la guerre d’Algérie. La date choisie est le 19 mars ; c'est ce calendrier qui déchaîne les passions. Voici pourquoi, Guillaume Daret, Olivier Gardette.
Jean-Pierre Raffarin
La proposition de loi a été adoptée par le sénat.
Guillaume Daret
C’est officiel, le 19 mars sera désormais la journée nationale du souvenir, en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie. Le débat a été vif. 50 ans après, les cicatrices ne sont pas refermées, car cette date fait polémique. Le 19 mars 1962 marque l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, mais pour autant, cela n’était pas fini, les drames continuent pour les harkis et les pieds-noirs. Pour la droite et certains rapatriés, pas question donc d’accepter cette date, des associations ont manifesté aujourd’hui devant le sénat.
Inconnu
Cette date marque, pour les familles de France et d’Algérie, comme d’ailleurs pour les soldats français, la date de massacres horribles, notamment pour nos compatriotes harkis.
Gérard Larcher
L’objet d’une commémoration, c’est de rassembler la nation, et on voit bien que la date du 19 mars, qui est une date qui s’inscrit dans l’histoire comme, j'allais dire, l’ordre du jour d’un cessez-le-feu, et bien, elle ne rassemble pas les mémoires.
Guillaume Daret
Jacques Chirac, lui, avait choisi le 5 décembre, date sans signification historique, pour éviter les tensions. Aujourd’hui, le gouvernement ne veut pas donner de sens politique au vote.
Kader Arif
La France n’est pas, là, dans la repentance. Elle n’est pas dans l’excuse, voilà. Donc, les choses, ce n’est pas des gages donnés à l’Algérie pour améliorer, j'allais dire, une relation avec l’Algérie.
Guillaume Daret
L’Algérie, où se rendra François Hollande au mois de décembre, un déplacement à haute teneur symbolique.

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