Discours de François Hollande pendant sa visite officielle en Algérie en 2012

20 décembre 2012
01m 55s
Réf. 07094

Notice

Résumé :
Le président de la République française François Hollande se recueille devant la stèle dédiée à Maurice Audin à Alger. Puis il prononce un discours devant le Parlement algérien, au cours duquel il reconnaît « les souffrances » causées aux Algériens par la colonisation, le massacre de Sétif et la torture pendant la guerre d’Algérie. Trois parlementaires algériens réagissent à son discours.
Date de diffusion :
20 décembre 2012
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Certaines visites de présidents de la République française en Algérie ont constitué des jalons marquants dans la reconnaissance par l’État français de la guerre d’Algérie et des différentes mémoires de ses victimes. Si Valéry Giscard d’Estaing fut en avril 1975 le premier chef d’État français à se rendre sur le sol algérien après  l’indépendance, c’est Jacques Chirac qui a effectué la première visite d’État d’un président de la République française en Algérie, du 2 au 4 mars 2003. Cette visite a marqué un tournant dans la relation franco-algérienne. Dans un discours prononcé le 3 mars 2003 devant les parlementaires algériens, au Palais des Nations, à Alger, Jacques Chirac a en effet évoqué le « passé commun » des deux pays : « Oui, nos deux peuples ont une histoire commune, avec ses ombres et ses déchirures, mais aussi avec ses pages de vie et d’harmonie ». Faisant directement référence à la guerre d’Algérie et à ses drames, il a ajouté : « Ce passé complexe, douloureux, nous ne devons ni l’oublier ni le renier ». Il a ensuite déposé une gerbe devant le Mémorial du martyr, édifié en 1982 en mémoire des combattants algériens morts pour l’indépendance de leur pays.

Par la suite, son successeur Nicolas Sarkozy, à son tour en visite d’État en Algérie en décembre 2007, a quant à lui dénoncé le système colonial français dans ce territoire : dans une allocution prononcée le 3 décembre 2007 devant le patronat algérien, il l’a qualifié de « profondément injuste » et « contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité ». Toutefois, dès son retour en France le 5 décembre, à l’occasion de la Journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie, Nicolas Sarkozy a reçu les représentants des associations de harkis, provoquant la colère des autorités algériennes.

François Hollande, lui aussi venu en visite d’État en Algérie en décembre 2012, est allé plus loin que Nicolas Sarkozy. Si, dans un discours prononcé le 20 décembre 2012 devant les parlementaires algériens réunis au Palais des Nations à Alger, il a comme lui évoqué la soumission de l’Algérie pendant 132 ans « à un système profondément injuste et brutal », il a plus encore reconnu « les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien ». Il a notamment cité « les massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata » qui « demeurent ancrés dans la mémoire et dans la conscience des Algériens ». Pour la première fois, un président de la République française reconnaissait ainsi la répression française sanglante ayant frappé ces villes en mai 1945. L’ambassadeur de France en Algérie Hubert Colin de La Verdière avait ouvert la voie à cette reconnaissance en dénonçant en 2005 à Sétif une « tragédie inexcusable ».

Dans son allocution du 20 décembre 2012, François Hollande a également appelé au dévoilement de la vérité « sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre qui, longtemps, n’a pas dit son nom en France, la guerre d’Algérie ». « Nous avons ce devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture », a-t-il poursuivi. Le président français a ainsi plaidé pour l’ouverture aux historiens des archives des deux pays et leur coopération : « La paix des mémoires, à laquelle j’aspire, repose sur la connaissance et la divulgation de l’histoire ». Le même jour, à Alger, François Hollande s’était recueilli devant la stèle honorant la mémoire de Maurice Audin, jeune enseignant de mathématiques, militant communiste et partisan de l’indépendance algérienne, qui fut arrêté et torturé à mort en juin 1957.

Bibliographie
  • Dalisson Rémi, Guerre d’Algérie. L’impossible commémoration, Armand Colin, 2018.
  • Stora Benjamin, La Gangrène et l’oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie, La Découverte, 1991.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 20 décembre 2012 dans le journal télévisé de vingt heures de France 2, ce reportage rend compte de la seconde journée de la visite d’État du président de la République française François Hollande en Algérie. Il en donne ainsi à voir les différentes étapes, à Alger et à Tlemcen.

Le sujet s’ouvre ainsi sur l’hommage de François Hollande à la mémoire de Maurice Audin, jeune militant communiste partisan de l’indépendance de l’Algérie, arrêté et torturé à mort en 1957 : le président français se recueille devant la stèle qui honore sa mémoire, sur la petite place qui porte son nom à Alger. Plus tard, en juin 2014, François Hollande reconnaîtra d’ailleurs la mort de Maurice Audin en détention. Le reportage de France 2 montre ensuite le chef d’État français déposant une gerbe de fleurs devant un sanctuaire dont l’identité n’est pas précisée par la journaliste dans son commentaire. Il s’agit en fait du Mémorial du martyr, édifié à Alger en 1982 en mémoire des combattants algériens morts pendant « la guerre d’indépendance ».

Puis le sujet accorde une très large place au temps fort de la visite présidentielle, le discours prononcé devant le Parlement algérien, au Palais des Nations, à Alger. Dès son lancement plateau, David Pujadas, le présentateur du journal télévisé de France 2, met précisément l’accent sur cette allocution : « Le discours était attendu, les mots ont été soigneusement pesés ». Le sujet lui-même est titré : « Algérie : les mots de F. Hollande ». De fait, il comprend les deux extraits les plus marquants du discours : celui où le président de la République française a reconnu « les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien », puis celui où il a défendu la nécessité d’un « devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture. » Le sujet comprend également de brèves interviews de trois parlementaires réagissant aux mots prononcés par François Hollande : Ahmed Betatache, président du groupe du Front des Forces socialistes à l’Assemblée algérienne, un deuxième parlementaire dont l’identité n’est pas indiquée, et Louiza Hanoun, présidente du Parti des travailleurs algériens. Ces interviews révèlent les divergences des parlementaires algériens : si Louiza Hanoun et le parlementaire non identifié saluent « une avancée » et « un très grand pas positif », Ahmed Betatache regrette de son côté l’absence de véritables excuses de la France aux Algériens.

Dans un dernier temps, le reportage de France 2 donne à voir le président français et son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika prenant un bain de foule et se tenant la main à Tlemcen. Mais la journaliste Valérie Astruc n’apporte aucune information sur cette étape.

Ainsi, ce reportage souligne la prédominance mémorielle de la visite de François Hollande en Algérie. Il témoigne bien de la volonté du président socialiste de reconnaître les mémoires de toutes les victimes de la guerre d’Algérie mais également de toute la période coloniale, comme le montrent son discours, son hommage au Mémorial du martyr et son hommage à Marcel Audin. Le sujet omet même la visite de François Hollande le même jour au monument aux soldats de l’armée d’Afrique, au cimetière de Bologhine, à Alger.

Enfin, le reportage montre le bon accueil réservé par la population et la classe politique algériennes à François Hollande, symbole de l’apaisement des relations entre la France et l’Algérie. Le président français est ainsi accueilli en musique par un groupe folklorique algérien. Il prend également deux bains de foule en compagnie d’Abdelaziz Bouteflika, à Alger puis à Tlemcen – seul le second est visible à l’écran. Le reportage met aussi en valeur les applaudissements des parlementaires algériens pendant les deux moments les plus marquants du discours de François Hollande.
Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Dans l’actualité également, le discours était attendu, les mots ont été soigneusement pesés, François Hollande s’est donc adressé aujourd’hui à tous les Algériens, il s’exprimait au parlement, il est revenu sur le passé et sur la colonisation. Valérie Astruc, Alain Dubat.
Valérie Astruc
La réconciliation des mémoires, ce sont des mots et des images. Pour l’image, François Hollande se recueille devant la plaque à la mémoire de Maurice Audin, ce militant communiste français de l’indépendance d’Algérie, disparu après avoir été arrêté par les forces françaises, une première. Viennent ensuite les mots. Avant lui, Nicolas Sarkozy avait présenté la colonisation comme un système profondément injuste, François Hollande va plus loin, en parlant de reconnaissance.
François Hollande
Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Je reconnais, ici, les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien.
Valérie Astruc
Jusque là, aucun président n’avait parlé publiquement des massacres de Sétif. Aucun président non plus n’avait évoqué la torture.
François Hollande
Nous avons ce devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture.
Valérie Astruc
Applaudissements nourris des parlementaires algériens, même si certains auraient aimé de vraies excuses.
Ahmed Betatache
Le peuple algérien a le droit de demander aux Français de reconnaître les crimes et des excuses de la part de l’État français.
Intervenant
C’est un très grand pas positif.
Louiza HANOUN
C’est une reconnaissance des méfaits du colonialisme de fait, c’est vrai que c’est une avancée.
Valérie Astruc
Même si François Hollande n’est pas allé jusqu’à faire des excuses, il espère que ce nouveau pas constituera un tournant, 50 ans après la fin de la guerre d’Algérie.

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