Les images allemandes du procès de la maison de la Chimie en avril 1942

29 avril 1984
06m 04s
Réf. 07116

Notice

Résumé :
En avril 1942 se tient à Paris le procès de la maison de la Chimie : 27 militants du parti communiste clandestin accusés de sabotages et tentatives d’assassinats sont jugés par un tribunal militaire allemand. Les images filmées par l’occupant permettent de suivre les étapes du procès, qui se conclut par 25 condamnations à mort. Le plus jeune des accusés, André Kirschen, échappe à la peine capitale car il n’avait pas 16 ans.
Date de diffusion :
29 avril 1984
Source :

Contexte historique

Le déclenchement de l’offensive allemande contre l’URSS le 22 juin 1941 est un tournant dans l’histoire de l’occupation allemande en France. Renouant avec sa ligne antifasciste d’avant-guerre, le PCF entre véritablement en résistance. Répondant à une consigne de l’Internationale, les communistes sont surtout les premiers à prôner la lutte armée. Le 21 août 1941, Pierre Georges tire sur l’aspirant Moser, à la station de métro Barbès Rochechouart. Le 20 octobre, un petit commando envoyé depuis Paris à Nantes, composé notamment de Gilbert Brustlein et de Spartaco Guisco, tue le chef de la Feldkommandantur de Loire-Inférieure, le lieutenant-colonel Karl Hotz. Le lendemain, Pierre Rebières abat à Bordeaux le conseiller juridique de l’Administration militaire, Hans Gottfried Reimers.

Cet activisme du PCF et le danger nouveau qu’il représente à partir de cette période explique qu’il devienne l’une des cibles prioritaires de la répression. L’occupant peut très largement s’appuyer dans ce domaine sur la police française, notamment sur les brigades spéciales, spécialisées dans la traque des militants communistes depuis l’interdiction du parti en septembre 1939. Les policiers français obtiennent des résultats spectaculaires : la plupart des membres des bataillons de jeunesse ayant participé aux attentats sont arrêtés entre l’automne 1941 et le printemps 1942. Seuls les chefs des commandos (Pierre Georges et Gilles Brustlein) leur échappent. La direction politique du PCF est également touchée. En février et mars 1942, les policiers français procèdent à un large coup de filet. 116 personnes sont arrêtées, parmi lesquelles se trouvent plusieurs membres de la direction centrale du parti.

Après avoir été interrogés sous la torture par les BS, la plupart des militants communistes arrêtés sont ensuite remis aux Allemands qui organisent à Paris trois grands procès spectaculaires. Le premier, tenu au Palais Bourbon, le 4 mars 1942, réunit essentiellement des responsables des groupes des Jeunesses communistes. Il aboutit à 7 condamnations à mort, exécutées le 9 mars. Le second procès, dont il est question dans le documentaire, se déroule à la maison de la Chimie entre le 7 et le 14 avril. Il concerne des membres de l’Organisation spéciale, spécialisée dans les actions à main armée, et donne lieu à 27 condamnations à mort, exécutées le 17 avril. Le troisième procès se tient à l’Hôtel Continental le 24 août 1942, avec 18 condamnés à mort, fusillés le 5 octobre.
Fabrice Grenard

Éclairage média

Depuis les débuts de l’Occupation, les Allemands ont toujours cherché à communiquer, par voie d’affiches et de presse, autour des condamnations prononcées par leur justice militaire afin de renforcer le caractère exemplaire de la répression et d’impressionner le public. Un seuil supplémentaire est franchi avec les procès du printemps 1942 organisés contre les militants communistes, car les Allemands décident de filmer les débats afin de pouvoir ensuite en diffuser les images. Le procès du Palais Bourbon qui se tient du 4 au 6 mars 1942, celui de la maison de la Chimie entre le 7 et le 14 avril 1942, ainsi que plus tard le procès dit de « l’affiche rouge » en janvier 1944 ont ainsi été entièrement filmés par l’occupant. Le film du procès de la maison de la Chimie a été retrouvé dans une cinémathèque allemande en 1984. Cette découverte permit à Antenne 2 de réaliser un documentaire entièrement consacré à ce procès (« Un printemps 1942 ») avec les images d’archives mais aussi les témoignages des derniers témoins, notamment André Kirschen, qui avait échappé à la peine capitale car il n’était pas encore âgé de 16 ans.

Les images du procès permettent de montrer le cérémoniel de la cour martiale allemande. La salle a été pavoisée de drapeaux à croix gammée. Chaque séance débute pour les juges par un « Heil Hitler ». Le fait de montrer les pièces à conviction et « l’arsenal » saisi sur les accusés (armes, explosifs, munitions) permet d’alimenter la propagande allemande sur le danger que représente des communistes qualifiés de « terroristes » par l’occupant. Les gros plans réalisés sur les accusés montrent leur extrême jeunesse : les combattants des commandos mis sur pied par le PCF à partir de l’été 1941 pour procéder à des sabotages et des attentats étaient pour la plupart issus des organisations de jeunesse du parti. Leur visage et leur attitude laissent également transparaître leur très grande dignité au cours du procès. Le commentaire souligne le rôle de la police française dans l’affaire puisque ce sont les policiers des brigades spéciales qui ont procédé aux arrestations et aux interrogatoires avant de remettre les accusés aux Allemands.
Fabrice Grenard

Transcription

(Musique)
Narrateur
Tout commence dans ce tribunal militaire par un "Heil, Hitler!". Pour les accusés, tout se terminera par un "Vive la France ! " devant un peloton d'exécution. Juges, assesseurs, public, tous des militaires allemands. 27 accusés, la majorité d'entre eux sont communistes.
(Bruit)
Narrateur
Les pièces à conviction.
(Bruit)
Narrateur
Des armes ont été trouvées chez les Lefebvre, dans une cache, sous un lit d'enfant.
(Bruit)
Narrateur
Ils sont accusés d'être impliqués dans 34 sabotages, explosions ou tentatives d'assassinat. 
(Musique)
Narrateur
Tardif reprend le pistolet avec lequel il a ouvert le feu dans un local du rassemblement national populaire. 
(Musique)
Narrateur
Madame Lefebvre.
(Musique)
Narrateur
Kirschen. On l'accuse d'avoir tenté d'assassiner un soldat allemand.
(Musique)
Narrateur
Enchaînés, des anciens des brigades internationales en Espagne, et de tous jeunes gens, enrôlés après l'Armistice. 
(Musique)
Narrateur
Presque tous, avec fierté, reconnaissent les faits. A quoi bon nier ? La police française a fourni un dossier bien ficelé aux militaires allemands.
(Musique)
Narrateur
Simone Schloss, emprisonnée une première fois pour distribution de tracts, elle a apporté les armes chez madame Lefebvre.
(Musique)
Narrateur
Schoenhaar, le seul à répondre en allemand. Il est Allemand. Fils d'un député communiste, déporté, puis assassiné par les Nazis en 1934. Il dira : "J'ai vengé mon père".
(Musique)
Narrateur
Yves Kermen. Tous les témoignages le confirment, il a répondu : "Vous pouvez nous tuer, d'autres se lèveront, et nous gagnerons la guerre".
(Musique)
Narrateur
Le réquisitoire est d'une simplicité effrayante. 27 accusés, 26 demandes de peine de mort. Car on ne condamne pas à mort au-dessous de 16 ans, Kirschen avait 15 ans et demi. Le président dira : "Nous ne jugeons pas des Français, mais des communistes".
(Musique)
Narrateur
Les avocats sont tous commis d'office, sauf un d'entre eux. Ils sont alsaciens pour la plupart, il fallait parler allemand. Ils tenteront une tâche impossible. Certains le feront avec courage, d'autres avec un respect profond pour la puissance occupante.
(Bruit)
Narrateur
25 condamnations à mort, Kirschen 10 ans de prison. On peut lire dans l'acte d'accusation rédigé par les Allemands : "M. Lefebvre est un commerçant prospère". Un commerçant prospère condamné à mort, cela ne cadrait pas avec la propagande nazie, qui voulait faire de ce procès celui des juifs, des communistes, des étrangers. M. Lefebvre a été condamné à 5 ans, les deux femmes seront graciées, mme Lefebvre sera libérée de Mauthausen en 1945.