parcours pédagogique

L'évolution de l'armement pendant la Première Guerre mondiale

Nicolas Rocher - IA IPR Histoire Géographie – académie de Clermont-Ferrand

Présentation

Le fil directeur de ce parcours est l'étude de l'évolution des armements au cours de la Première Guerre mondiale. Celle-ci atteste en effet d'une modernisation du combat et du franchissement d'un seuil dans la violence de guerre.

Place dans le programme

  • Troisième > Histoire > Guerres mondiales et régimes totalitaires > La Première Guerre mondiale : vers une guerre totale (1914-1918)
  • Première > S > Histoire : La guerre et les régimes totalitaires
  • Première > L et ES > Histoire : La guerre au XXème siècle
  • Première > ST2S > Histoire : Guerres et paix, 1914-1945
  • Première > STI2D - STL - STD2A > Histoire : Vivre et mourir en temps de guerre

Ce parcours est adapté aux programmes des classes de Première des sections générales (ES, L, S). Il peut également concerner les classes de Première des séries STI2D, STL et STD2A (afin de traiter le sujet d'étude « Vivre et mourir en temps de guerre »).

Au prix de quelques aménagements, il peut fournir des pistes pour une prise en main avec des classes de première STSS et STMG (dans la partie « Guerres et paix, 1914-1945 ») ou avec une classe de Troisième.

Le thème 2 du programme d'Histoire de Première ES et L (« La guerre au XXe siècle ») ainsi que celui de première S (« La guerre et les régimes totalitaires ») invitent à traiter de « L'expérience combattante dans une guerre totale ». Il s'agit ainsi d'étudier la guerre en privilégiant la place des hommes et en particulier des combattants soumis à la « violence de guerre ». Celle-ci est directement liée à la dimension industrielle du conflit et à la mortalité de masse qui l'accompagne. Ces deux points légitiment que l'on questionne avec les élèves l'évolution des armements utilisés ou subis par ces combattants tant afin de caractériser ce conflit que pour contribuer à éclairer la notion de guerre totale.

Problématique

La Première Guerre mondiale incarne un nouveau type d'affrontement armé. Les formes du combat ont en effet été profondément bouleversées par un changement d'échelle dans l'utilisation des armes et technologies permises par la mobilisation des énergies des Etats modernes. La modernisation accélérée des moyens de destruction a été rendue possible par la mise au service du conflit d'une grande partie des ressources des pays engagés ce qui amène à qualifier ce conflit de première « guerre totale ». Sur le théâtre des opérations, l'emploi de ce matériel a entraîné le franchissement d'un seuil dans la violence de guerre qui a durablement marqué les sociétés et les esprits.

Objectifs pédagogiques

La sollicitation des capacités suivantes doit aider à la mémorisation de l'événement et donc à l'acquisition de ce repère :

  • Savoir prélever, hiérarchiser et confronter des informations dans des documents audiovisuels
  • cerner le sens général d'un document ou d'un corpus documentaire, et le mettre en relation avec la situation historique ou géographique étudiée
  • se servir d'un traitement de texte afin de rédiger des textes
  • développer un discours écrit construit et argumenté

Démarche déroulement

Une requête par thème au sein de la fresque interactive permet de faire émerger un corpus d'extraits vidéos permettant de traiter cette question. On peut en effet sélectionner le thème « Première guerre mondiale » puis le sous thème « le front » et enfin le sous thème « armement et vie militaire ». 15 vidéos sont alors proposées couvrant les années 1914 à 1918.

On peut attendre d'élèves de première qu'ils soient capables d'identifier par eux-mêmes les extraits vidéos leur permettant de répondre aux questions suivantes (voir ci-dessous). Pour ce faire, ils disposent en effet avec le titre des vignettes ainsi qu'avec la notice accompagnant toute vidéo d'informations capitales tant sur la thématique traitée par le document que sur la date (parfois approximative) ou le lieu dont il est question. Il peut être utile pour certaines classes d'accompagner ce travail en proposant de lier aux questions les vidéos suivantes.

Activités

Sélection de vidéos permettant de répondre à la question ci-dessous

Des soldats se préparent dans une tranchée à lancer une offensive contre l'adversaire [muet]

Des soldats se préparent dans une tranchée à lancer une offensive contre l'adversaire [muet]

Dans une tranchée, des soldats se préparent à l'assaut des défenses adverses. Après avoir fixé leurs baïonnettes, un groupe de soldats monte au feu. Un soldat s'écroule et meurt après avoir contemplé une photo de son épouse qu'il conservait sur lui.

1914
41s
Fiche (04502)
Paysage de tranchées et activité des soldats sur le front français [muet]

Paysage de tranchées et activité des soldats sur le front français [muet]

Sur le front français, les soldats sont enterrés dans des tranchées qui constituent de chaque côté du front un important système de défense. Ravagé par les tirs d'artillerie, le paysage apparaît entièrement désolé, tous les arbres sont détruits.

1915
35s
Fiche (04516)
Tirs d'artillerie dans la région de Verdun et destruction de plusieurs villages [muet]

Tirs d'artillerie dans la région de Verdun et destruction de plusieurs villages [muet]

Dans la région de Verdun, plusieurs unités d'artilleurs français bombardent les forces allemandes retranchées dans plusieurs villages. De violents bombardements (artillerie lourde et légère) détruisent d'importants bâtiments dont une église.

1916
56s
Fiche (04525)
 L'apparition de nouvelles armes en 1916 et 1917 permet la reprise des offensives alliées

L'apparition de nouvelles armes en 1916 et 1917 permet la reprise des offensives alliées

Sur le front français, les armées alliées lancent une grande offensive pour tenter d'enfoncer le dispositif de défense allemand. De nouvelles armes sont engagées dans la bataille (chars d'assaut, avions) afin de favoriser la guerre de mouvement.

1916
02m 52s
Fiche (04526)
Des enfants d'une école apprennent à se servir de masques à gaz [muet]

Des enfants d'une école apprennent à se servir de masques à gaz [muet]

Dans une cour d'école, des enseignants apprennent aux enfants à se servir d'un masque à gaz pour pouvoir se protéger en vue d'une éventuelle attaque au gaz toxique.

1918
22s
Fiche (04528)

A partir de ces extraits vidéos et des fiches contexte qui les accompagnent, montrez l'évolution de l'équipement et de l'armement offensif et défensif des combattants au sein de la tranchée.

Sélection de vidéos permettant de répondre à la question ci-dessous

 L'apparition de nouvelles armes en 1916 et 1917 permet la reprise des offensives alliées

L'apparition de nouvelles armes en 1916 et 1917 permet la reprise des offensives alliées

Sur le front français, les armées alliées lancent une grande offensive pour tenter d'enfoncer le dispositif de défense allemand. De nouvelles armes sont engagées dans la bataille (chars d'assaut, avions) afin de favoriser la guerre de mouvement.

1916
02m 52s
Fiche (04526)
 Le développement d'une nouvelle arme à la faveur de la Première Guerre mondiale : l'aviation [muet]

Le développement d'une nouvelle arme à la faveur de la Première Guerre mondiale : l'aviation [muet]

L'aviation, qui s'est considérablement développée, constitue une arme essentielle en 1918 : à Nieuport, des officiers et civils inspectent une base aérienne tandis qu'une caméra embarquée sur un avion permet de suivre plusieurs missions aériennes.

1918
09m 01s
Fiche (04512)
 Combats en haute mer : un destroyer français attaque un sous-marin allemand

Combats en haute mer : un destroyer français attaque un sous-marin allemand

En haute mer, un torpilleur français repère un sous-marin allemand. Sous les injonctions de son commandant, l'équipage s'active. Des grenades sont lancées afin d'essayer de couler le sous-marin. Une violente explosion se produit dans l'eau.

1918
47s
Fiche (04508)

A quels moments l'aviation, les chars et les sous-marins ont fait leur apparition au sein du conflit ? Montrez que leur utilisation n'est devenue que progressivement efficace.

Pistes pour l'enseignant

Introduction

En amont du temps de visionnage des extraits par les élèves, l'enseignant se doit de faire une présentation de la source proposée comme support de travail. Les documents proposés proviennent des actualités filmées diffusées au cinéma. Leurs conditions de production doivent alerter les élèves car elles expliquent la présence (ou l'absence) de certains éléments à l'image :

  • Pour les mêmes raisons que pour la presse illustrée, les vues animées de la guerre intéressaient fortement les sociétés commerciales cinématographiques qui y voyaient une forme d'attraction pour le public de l'arrière, avide de découvrir les événements et le front. Il y a donc une volonté de montrer.
  • Or, les films d'actualité sont aveugles pour ce qui paraît être l'essentiel. En effet les opérateurs ne purent filmer les champs de bataille et la mort de masse pour des raisons techniques (lourdeur du matériel) et physiques (le danger auquel se soumettaient les opérateurs)
  • A partir de 1915, les images sont contrôlées par la SCA (Section Cinématographique des Armées) qui a pour but de satisfaire aux exigences de l'information de l'arrière mais aussi de faire acte de propagande à l'égard de l'étranger et enfin de créer les archives du conflit (pour les générations futures, pour la reconstruction). Les prises de vues tournées sont ensuite passées au crible de la censure militaire avant d'être mises à la disposition des sociétés Gaumont, Pathé, Eclair... qui montent les sujets et assurent leur projection dans les salles.

Les cinq premiers extraits permettent d'évoquer les formes du combat liées à la « guerre des tranchées ». On peut ainsi faire identifier aux élèves les réalités du temps des « soldats couchés » [1]. La tranchée apparaît de manière très nette dans ces extraits (même si elle est parfois montrée par l'intermédiaire d'une reconstitution) et peut être décrite comme lieu de défense et de protection. Stéphane Audoin Rouzeau la décrit comme le lieu d'une « forme statique de combat » qui traduisait la supériorité de la défense sur l'attaque, caractéristique majeure de la Première Guerre mondiale, qui s'explique par l'efficacité défensive de l'armement de l'époque. Si l'on identifie particulièrement bien les fusils à répétition au sein de ces extraits, on précisera aux élèves qu'aucune scène ne montre clairement le rôle décisif de la mitrailleuse. Arme individuelle à répétition, pouvant peser jusqu'à cinquante kilos, elle est symptomatique de la guerre industrielle. Les mitrailleuses pouvaient dresser devant elles un « mur de balles » et interdisaient toute avancée à l'infanterie adverse. D'autres éléments visibles à l'écran renforcent l'aspect défensif des tranchées, en particulier la présence des fils barbelés, véritables toiles d'araignées dans lesquelles pouvaient s'empêtrer les assaillants.

Face à ces aspects défensifs, on comprend le rôle décisif de l'artillerie. Les fiches contexte rappellent qu'« alors qu'au début de la guerre dominait l'artillerie légère (avec côté français le canon de 75), l'artillerie lourde s'imposa rapidement afin de réaliser des tirs de plus en plus lointains et de plus en plus destructeurs. Les calibres furent de plus en plus monstrueux (105, 150, 210, 420). La France dût fournir un effort important en la matière afin de rattraper l'armée allemande qui était déjà bien pourvue de pièces d'artillerie lourde. » Les extraits videos choisis montrent l'utilisation de plusieurs types d'artillerie, allant de l'artillerie « légère » à tirs rapides et tendus à l'artillerie plus lourde destinée à atteindre des abris plus profondément enfouis dans le sol, à détruire les tranchées et frapper l'arrière des positions ennemies. Les fiches de contexte rappellent que « toutes les grandes offensives et tentatives de rupture du front adverse furent précédées de violents tirs d'artillerie pendant plusieurs heures afin de tenter de préparer le terrain pour que l'infanterie puisse se lancer à l'assaut de défenses adverses affaiblies ». Ce rôle majeur dévolu à cette arme permet de comprendre l'accroissement spectaculaire de la quantité d'obus tirés. Ainsi, sur la Somme, lors du bombardement allié de sept jours qui précéda l'offensive du premier juillet 1916, 1,6 millions d'obus furent tirés par 50 000 artilleurs britanniques. A Verdun c'est une pluie d'obus qui s'abattit sur les combattants pendant plusieurs semaines.

C'est également afin de briser la résistance ennemie avant l'assaut que les gaz de combat furent utilisés lors de ce conflit. Employé pour la première fois par l'armée allemande en avril 1915 à Ypres, le gaz (tout d'abord sous forme de chlore) fut utilisé par les deux camps qui se livrèrent même à « une course-poursuite pour mettre au point des gaz de plus en plus toxiques tandis que pour améliorer la dispersion et la dissémination du gaz furent fabriqués des obus chimiques. Les mesures défensives ne cessaient également de se développer et d'être plus efficaces : les chimistes des deux camps travaillèrent sans relâche à la mise au point de protections respiratoires sans cesse plus performantes et capables de protéger les fantassins des effets des gaz toxiques, d'autant plus qu'un vent tournant ou contraire pouvait endommager ses propres troupes ». Les masques à gaz, mis au point dès 1915, s'avérèrent de plus en plus efficaces. Si on les distingue très bien dans l'extrait vidéo intitulé Des enfants d'une école apprennent à se servir d'un masque à gaz, et si l'impact psychologique provoqué sur les populations civiles fut réel, ces masques concernèrent avant tout les combattants et, au-delà du témoignage qu'il amène sur d'éventuels impacts sur les régions et les populations à proximité du front, il faut tout autant voir ce reportage comme un élément de propagande alliée visant à dénoncer la « barbarie allemande ».

Le deuxième groupe d'extraits permet d'évoquer avec les élèves les évolutions profondes des modalités du combat liées à l'introduction de nouvelles armes.

Lors de ces grandes attaques, une nouvelle arme fut utilisée en soutien de l'infanterie : les chars d'assaut. Ainsi, les premiers chars firent-ils leur apparition en 1916, introduits par les Britanniques lors de la bataille de la Somme (char lourd Mark I). Toutefois leur efficacité ne fut probante qu'à partir de la fin de 1917 (bataille de Cambrai) et surtout en 1918 en particulier avec le développement de chars plus légers (par exemple les chars Renault), et donc moins vulnérables à l'artillerie ennemie. Leur plus grande coordination avec l'aviation s'avéra être une des clefs du succès. Il est à noter que les alliés occidentaux produirent beaucoup plus de blindés que les puissances centrales.

L'aviation, pour sa part, fut utilisée massivement par les deux camps. Son emploi évolua grandement au cours du conflit. Au départ le rôle de l'aviation se limitait essentiellement aux missions de reconnaissance, aux liaisons et au guidage de l'artillerie. A partir de 1916, l'aviation subit des mutations capitales sur le plan technique (augmentation de la vitesse, de la puissance, de la capacité d'ascension rapide et de la robustesse des appareils), ce qui a permis d'élargir son utilisation et de la rendre plus efficace. Une compétition technologique féroce se développa entre adversaires. Mais à l'automne 1918 les Alliés exerçaient sur le ciel une domination absolue. Les avions étaient désormais déployés en masse, engagés par groupes de plusieurs dizaines dans des combats aériens, dans des bombardements stratégiques et dans des opérations de soutien aux offensives terrestres. C'est de cette époque que date la naissance de l'image de l'aviateur héros de guerre. On peut citer par exemple le cas de Guynemer à la charnière entre chevalier du passé glorieux et nouvel âge de la guerre moderne. Au total, environ 2000 pilotes et observateurs français ont été tués au cours de la guerre contre près de 6400 côté allemand.

[1] Selon l'expression de Stéphane Audoin-Rouzeau in « le temps des soldats couchés », Les Collections de l'Histoire n°61, « 14-18 la catastrophe », octobre 2013. Certains passages de cet article sont repris dans ces propos.