Amiens : la maison de la culture est "démocratisée"

22 mai 1968
04m 24s
Réf. 00206

Notice

Résumé :

Sur le plateau de Picardie Actualités en grève, Henry Metro fait le point sur la maison de la culture d'Amiens qui a été "démocratisée". Un débat a eu lieu dans lequel M. Berger, membre du comité de démocratisation, a demandé de nouvelles structures. Trois commissions ont été instituées à cet effet. Interrogé, M. Berger fait le point des revendications demandées par le comité. De son côté, Philippe Tiry, directeur de la MCA, estime que la maison de la culture doit être un lieu de contestation.

Date de diffusion :
22 mai 1968
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Éclairage

Triple mouvement de contestation – politique, sociale et culturelle – des valeurs traditionnelles de la société française, Mai 68 prend naissance dans le milieu étudiant parisien, tout d'abord à la faculté de Nanterre, ouverte en 1963 pour décongestionner la Sorbonne, où l'agitation a débuté le 22 mars. Le 2 mai, la faculté de Nanterre est fermée et le mouvement étudiant emmené par Daniel Cohn-Bendit se déplace au cœur de Paris. Le lendemain, le meeting organisé à la Sorbonne est évacué par les forces de l'ordre. Dès lors commencent les manifestations au Quartier Latin, avec ses barricades et affrontements entre CRS et révoltés. C'est au tour de la Sorbonne d'être fermée. A Amiens, le mouvement du printemps 1968 se déroule dans la continuité du mouvement parisien, à partir du 6 mai.

Le vent nouveau souffle en particulier sur la Maison de la culture d'Amiens (MCA), inaugurée en 1966 par André Malraux et qui a accueilli, en mars 1968, le colloque sur le système éducatif français, en présence d'Alain Peyrefitte, Ministre de l'éducation nationale. A partir du 19 mai, la MCA devient le lieu symbolique de la contestation étudiante et un lieu de discussion permanent. Un comité de démocratisation y est formé dès le 19 mai et un meeting est organisé le 21 mai. Les débats sont bruyants, confus et souvent houleux. Les étudiants maoïstes participent à ce chambard (1). Il est difficile pour les différents orateurs de se faire entendre. Philippe Tiry, le directeur de la MCA, tente jouer les conciliateurs mais doit quitter la scène du Grand théâtre sous les huées. Ils étudient de nouvelles structures pour la Maison de la Culture et remettent en cause la conception de la culture. Les discussions débouchent sur la création d'une commission provisoire d'administration de la Maison de la culture, qui entend se substituer au conseil d'administration en exercice. Un prix unique est fixé à trois francs. Il est également décidé que les animateurs et les adhérents établissent la programmation. C'est une véritable révolution culturelle qui est orchestrée : la MCA doit devenir la Maison du peuple. Le 24 mai, la MCA est fermée sur décision de son directeur. Le piquet de grève du personnel s'installe sur le parvis et les étudiants campent devant les portes. Dans la nuit du 27 au 28 mai, certains pénètrent de force dans la Maison de la culture et l'occupent, mais quelques heures seulement. Les jeunes sont embarqués par les forces de l'ordre, emmenés au commissariat central puis relâchés.

(1) On aperçoit au micro, Jean-Bernard Dupont, leader des étudiants maoïstes d'Amiens, président de l'AGEA-UNEF de 1968 à 1971.

Julien Cahon

Transcription

Guy Jolivet
D’abord, avant de vous donner lecture des très nombreux communiqués qui nous sont parvenus également dans la journée d’aujourd'hui, nous allons faire le point d’une affaire. Vous savez que depuis dimanche, nous vous avons averti de la création, à Amiens, d’un comité pour la démocratisation de la Maison de la culture. Nous vous avions dit également que ce comité appelait tous ses adhérents à se rendre, hier, le 21 mai, donc, à 18 heures 30 à la Maison de la culture pour tenir une assemblée générale. Monsieur Tiry, d’ailleurs, ce directeur, les avait reçus et notre caméra d’Henry Métro, hier, a fait le point en direct, en direct son seulement depuis cette Maison de la culture. Malheureusement, d’ailleurs, il a été coupé un peu contre son gré. Mais aujourd'hui, nous allons reprendre cette affaire car en même temps que nous étions en direct de là-bas, nous avions pris la précaution, bien sûr, de filmer ce qu’il se passait. Henri Métro, racontez-nous cela.
Métro§Henry
Eh bien, hier soir, donc, cette confrontation culturelle avait attiré beaucoup de monde. Et monsieur Thierry a d’abord exposé les raisons de cette confrontation. Les contradicteurs sont montés sur la scène pour dire ce qu’ils en pensaient. Mais au lieu de vous faire un long exposé, je pense que les images que nous avons rapportées, mon camarade Marcel Brisset et moi-même, pourront justifier et donner l’ambiance dans laquelle s’est déroulée ce débat. En effet, des étudiants, des ouvriers, des élèves du conservatoire, des professeurs et également des représentants syndicaux étaient présents dans la salle. Monsieur Thierry, comme je vous l’ai dit, a exposé le débat, et c’est ensuite monsieur Berger, membre du comité de démocratisation de la MCA qui revendique de nouvelles structures pour cette maison commune. Plusieurs orateurs interviennent alors pour contester l’activité de la MCA puis la discussion devient générale.
(Bruit)
Métro§Henry
Cette discussion se prolongera jusqu'à une heure avancée de la nuit où 3 commissions sont instituées.
(Bruit)
Métro§Henry
Ces commissions ont pour tâche d’étudier des structures nouvelles de la MCA en remettant en cause la culture, la culture même telle qu’elle est conçue actuellement.
(Bruit)
Métro§Henry
Alors ces commissions se sont réunies ce matin, à partir de ce matin. Et tous les jours, elles se réuniront jusqu'à 23 heures chaque soir. Elles proposeront des motions qui seront présentées devant l’assemblée générale dont la fréquence des réunions dépendra des résultats des travaux. Voilà où en est la situation aujourd'hui. Mais nous avons demandé à ceux qui sont au centre même du débat de définir devant notre caméra et à notre micro leurs différentes positions. Voici leurs réponses. Messieurs, vous avez siégé pratiquement toute la nuit. Il est certain qu’il y a une réforme de la maison de la culture qui est en train. Je voudrais d’abord, monsieur Berger, vous êtes du comité de démocratisation, que vous nous fassiez le point des revendications.
Berger
Le point de revendication est simple : nous pensons qu’il faut ouvrir la Maison de la culture aux travailleurs, d’abord bien sûr au niveau de ses prix, ensuite au niveau de son orientation et de sa conception. Nous pensons aussi que pour que cette Maison donne l’accès de la culture à des couches qui n’y ont pas accès actuellement pour des raisons politiques, économiques et sociales, qu’il faut que la Maison de la culture soit gérée d’une façon démocratique c'est-à-dire que sa gestion repose essentiellement sur les animateurs, les créateurs et les adhérents actifs. Et c’est une des raisons pour lesquelles nous demandons, entre autres, qu’il y ait une troupe théâtrale capable d’animations culturelles régionales effective dans notre département.
Métro§Henry
Qu’avez-vous à répondre ?
Philippe Tiry
Je vais répondre que la Maison de la culture est un lieu de contestation. Il est bon que la contestation… Elle appelle la contestation. Et il est bon que la contestation se porte chez elle. Il y a d’es conceptions de la culture. Il faut une Maison de la culture pour tous et la possibilité de culture pour chacun. Enfin, ça me parait intéressant aussi, dans une Maison qui est ouverte depuis 2 ans et qui cherche partout des attaches, un enracinement dans la région même, à tous les échelons, à l’échelon des étudiants, à l’échelons des travailleurs, à l’échelon de toutes les professions. Il est important que dans ces circonstances-ci, il y ait une sorte de révélation qui nous servira à tous.