Le château de Chantilly

07 mai 2003
04m 29s
Réf. 00429

Notice

Résumé :

Visite guidée dans les coulisses des trésors du château de Chantilly qui a appartenu aux Princes de Condé. Le tableau "La bataille de Fribourg" quitte l'atelier de restauration sous l'œil attentif de la conservatrice en chef du patrimoine, Nicole Garnier, pour rejoindre la grande galerie des appartements. Celle-ci nous fait visiter les appartements privés du Duc d'Aumale, ancien propriétaire de Chantilly, militaire, académicien, collectionneur d'art. A la mort du duc d'Aumale le château a été confié à l'Institut de France et c'est Yvon Gattaz, un des conservateurs, qui nous fait découvrir les jardins de Le Nôtre.

Type de média :
Date de diffusion :
07 mai 2003
Personnalité(s) :
Lieux :

Éclairage

Chantilly est sans conteste un endroit exceptionnel, capable de soutenir la comparaison avec Versailles ou Vaux-le-Vicomte, ce qu'il doit à la passion de trois hommes qui ont chacun marqué les lieux de leur empreinte entre le XVIe et le XIXe siècle.

À l'origine, il s'agit d'un vaste domaine seigneurial, reçu du roi par les Bouteiller, qui font ériger une forteresse sur le massif rocheux émergeant des marais de la Nonette, un affluent de l'Oise. Car, situé à proximité de Paris et sur la grande route de Picardie, le site est stratégique. Lors de l'insurrection paysanne ou Jacquerie de 1358, le château est mis à sac puis vendu, en 1386, à Pierre d'Orgemont, ancien chancelier de Charles V. C'est lui qui rebâtit la forteresse médiévale dont les sept tours cernées de douves sont encore visibles aujourd'hui. Dépourvu d'héritier, celui-ci lègue le domaine à son neveu, Guillaume de Montmorency, en 1484.

Mais c'est avec Anne de Montmorency (1492-1567), connétable de France, véritable prince de la Renaissance que le destin du château bascule. Non content de faire rénover le "Château vieux" par l'architecte Pierre Chambiges, il demande à Jean Bullant, qui a déjà travaillé pour lui au château d'Écouen, de construire le Petit château ou Capitainerie, dans le style inspiré de l'art italien et de l'Antiquité, qui se diffuse alors en France. On doit également au connétable les jardins et la terrasse où se dresse sa statue équestre, réalisée par Paul Dubois (1886).

L'œuvre du connétable est complétée par son fils, Henri, à l'origine d'une maison d'agrément dans les bois, où Henri IV se plaisait à séjourner. On l'a surnommée plus tard Sylvie à cause du poète Théophile de Viau qui s'y réfugia dans les années 1620 pour fuir la censure et y composa des vers en hommage à la nymphe de la forêt, en réalité la duchesse de Montmorency, épouse du petit-fils du connétable, Henri II.

Mais ce dernier est décapité en 1632 pour s'être révolté contre Louis XIII qui confisque ses biens, dont le château. En 1643 il est rendu à la famille et connaît une nouvelle phase de grandeur sous l'égide de Louis II de Bourbon (1621-1686), dit le Grand Condé, qui y élit résidence après son retrait de la Cour, consécutif à sa participation à la Fronde. De cette époque datent les jardins élaborés par Le Nôtre, certes pourvus d'un grand canal mais qui se démarquent de ceux de Versailles par l'ordre dispersé de ses parterres, non tributaires d'un axe unique. Le Nôtre conçoit également le Grand degré, réalisé par Daniel Gittard, c'est-à-dire l'escalier majestueux à trois rampes qui relie la terrasse aux jardins. À la fin de sa vie, le Grand Condé charge Jules Hardouin Mansart, architecte de Versailles, d'aménager ses appartements dans le Petit Château qui accueille une galerie célébrant ses faits d'armes.

Toutefois, c'est Henri Jules de Bourbon qui mène à bien le projet plus ambitieux, également concocté par Mansart, de modernisation du Grand Château, dans le premier tiers du XVIIIe siècle, où sont aussi construites les fameuses écuries, sous l'égide de Louis VI Henri, ministre de Louis XV. Il fait également décorer ses appartements dans le style rococo et améliorer les jardins où son fils, Louis-Joseph, installe notamment un hameau semblable à celui de Trianon.

Chantilly est alors au faîte de sa splendeur mais c'est sans compter sans la Révolution française. En l'absence de son propriétaire, émigré, le château est vidé de son mobilier, converti en prison sous la Terreur, rasé en 1799 et le domaine vendu par lots.

Il faut attendre le dernier tiers du XIXe siècle pour voir le château renaître à l'instigation de son héritier, Henri d'Orléans, duc d'Aumale, dernier fils de Louis-Philippe. Il demande à Honoré Daumet de rebâtir le château pour y loger sa collection de livres précieux et d'objets d'art. Veuf et sans enfants, il lègue en 1884 le château et son contenu à l'Institut de France afin d'en faire un musée, à la condition expresse que tout soit préservé, ce à quoi a fortement contribué l'inscription du site aux Monuments Historiques en 1988 et la création d'une fondation en 2005, par S. A. l'Agha Khan.

Olivia Carpi

Transcription

Isabelle Thomas
9 heures ce lundi matin-là à Chantilly. Le château n’est pas encore ouvert. La "Bataille de Fribourg" quitte l’atelier de restauration. C’est Nicole Garnier, la conservatrice en chef, qui dirige la manœuvre.
(Bruit)
Isabelle Thomas
Longue courbe de l’escalier, passage des portes délicat, un vrai parcours d’obstacles. C’est un parcours à hauts risques, là, quand même ?
Nicole Garnier
C’est un parcours à hauts risques. C’est toujours très impressionnant. Le traitement d’un tableau de 9 m² dans les appartements, ce n’est pas une mince affaire même s’ils sont rodés à ce genre d’exercice.
Isabelle Thomas
Le passage des portes se joue souvent au centimètre près. Les convoyeurs d’art déposent enfin leur précieux fardeau dans la galerie des grands appartements.
(Bruit)
Isabelle Thomas
C’est le dernier tableau que vous remontez, là ?
Nicole Garnier
Oui, c’est le 12ème et dernier tableau de la galerie des batailles qui vient de faire l’objet d’une restauration. Donc après plusieurs années de campagne, de recherche de financements, donc, on arrive à remettre en place le dernier tableau. C’est vrai que pour nous, c’est une grande satisfaction.
Isabelle Thomas
Il est bientôt 10 heures. Le public ne va pas tarder à arriver. Aucune visite n’est prévue, en revanche, dans la partie privée du château où nous emmène Nicole Garnier. L’appartement du dernier propriétaire des lieux, le duc d’Aumale Une aile aménagée pour lui au XIXe siècle. Un logement de 8 pièces en enfilade. Il n'y a pas d'électricité dans le domaine ?
Nicole Garnier
Non, cette partie du château n’a pas l’électricité.
(Bruit)
Isabelle Thomas
Pour autant, il y a quelque confort moderne ou...
Nicole Garnier
Oui. Là, on arrive dans la salle de bain du duc d’Aumale, en fait. On entre dans l’appartement par la salle de bain, et ici, nous avons l’endroit où le duc d’Omal faisait sa toilette avec, donc, une baignoire, de l’eau chaude, de l’eau froide et puis un chauffage par le sol, donc, qui existe toujours, qui a été un peu modernisé. Et après, nous accédons à la chambre du prince.
(Bruit)
Nicole Garnier
Alors ici, on est dans la chambre du duc d’Aumale. La tradition veut que lorsque le premier prédécesseur, Gustave Macomte, premier conservatoire du musée Condé entrait dans cette pièce, dans les années 1930, près de 30 ans après la mort du duc d’Aumale, il frappait, il dise : « Est-ce que monseigneur permet ? »
(Bruit)
Isabelle Thomas
Tous semblent encore attendre le retour imminent du maitre des lieux.
Nicole Garnier
Il y a deux uniformes : l’un, c’est l’uniforme du général, celui qu’il aimait entre tous. Et puis l’autre facette de sa personnalité : l’uniforme de membre de l’institut, puisque le duc d’Aumale était trois fois membre de l’institut, Académie française, Académie des beaux arts et Académie des sciences morales et politiques.
Isabelle Thomas
Cinquième fils du roi Louis Philippe, le duc d’Omal est d’abord un grand militaire. Les changements politiques lui valent deux exils au cours desquels il va cultiver sa passion de l’art. C’est lui qui relève Chantilly et en fait le musée que l’on sait. Héritier du domaine, Henri d’Orléans est aussi apparenté aux Condé et donc au précédent roi de France comme le rappellent les murs de son petit bureau.
Nicole Garnier
On a donc sur ce mur-ci la branche aînée de la famille de Bourbon donc la branche royale. Et sur l’autre mur, la branche cadette, donc la famille princière de Condé. Ils étaient tous cousins. Donc on retrouve ici le grand Condé.
(Musique)
Isabelle Thomas
Le grand Condé, 4ème prince du nom, cousin du roi Louis XIV. La grande figure du lieu. Ce domaine, ces jardins, c’est à lui qu’on les doit.
(Bruit)
Isabelle Thomas
Yvan Gataz est un des conservateurs du domaine. Il est en effet membre de l’institut de France auquel le duc dAumale a confié à sa mort le domaine de Chantilly.
(Bruit)
Yvan Gataz
Alors nous arrivons aux premiers jardins qui ont été conçus par Lenôtre. C’est les premiers jardins conçus par Lenôtre. Juste derrière le château, la première… ce qu’on appelle la grande terrasse et les deux pièces d’eau avec le grand canal.
(Musique)
Isabelle Thomas
Bien avant Versailles, le grand Condé emploie ici Mansard et André Lenôtre dont la statue contemple encore l’agencement des jardins.
(Musique)
Isabelle Thomas
Un parc qu’Yvan Gataz nous invite à découvrir comme au temps du grand Condé.