Le futur centre commercial d'Amiens Etouvie

26 juin 1975
03m 41s
Réf. 00504

Notice

Résumé :

Reportage à Etouvie, quartier neuf d'Amiens qui, avec ses 5000 habitants, ne possède pas ou peu de commerces. C'est pourquoi un centre commercial est en cours de réalisation. Il aura fallu attendre 20 ans. Des habitants témoignent des difficultés pour se ravitailler. Un responsable (des HLM ?) avoue qu'ils ont été dépassés par l'extension de ce quartier.

Date de diffusion :
26 juin 1975
Source :
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Éclairage

Construit entre Montières et Dreuil sur d'anciens marécages de la Somme, le quartier d'Etouvie est un grand ensemble réalisé à partir de la seconde moitié des années 1950 sous la houlette de la Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) d'Amiens. Pour mener à bien ce projet, appelé "Parc d'Etouvie" par ses promoteurs, la CCI contribue à la mise en place de deux organismes HLM : la Société Anonyme Picarde de HLM, créée en 1956 pour le secteur locatif – il s'agit de l'ancêtre de l'actuelle SIP –, et la Société Coopérative de HLM de la Somme pour l'accession à la propriété. Cette dernière intervient d'une manière plus marginale dans l'opération. Enfin, des logements destinés aux cadres ont été réalisés par un autre organisme, la Société Civile Immobilière. A l'origine, le projet de la CCI est de construire des logements dans une zone d'une superficie de 18 hectares qui était prévue pour recevoir, dans sa première phase, 1025 logements, en grande majorité locatifs. Ce nouveau quartier se situe, par ailleurs, à proximité d'un espace industriel important, planifié par le plan Dufau (faubourg de Hem et de Montières), où se sont installées les entreprises La Clara, Nitral, Doyer, Cema et Snae.

Son excentrement – le quartier se situe à environ quatre kilomètres du centre-ville d'Amiens – a été perçu dès l'époque de sa création et a été synonyme d'enclavement et d'isolement par rapport au reste de l'agglomération amiénoise. De plus, un projet d'extension, défini dans le cadre du Ve Plan (1966-1970), envisage un total de 2365 logements sur une zone portée à 45 hectares ; il s'agit alors de loger ou de reloger des ménages, sans tenir compte de la proximité des lieux d'emploi. L'ambition première et les objectifs initiaux du "parc d'Etouvie" sont donc abandonnés. Entre le premier projet de la fin des années 1950 et le début des années 1970, le nombre de logements construits a été multiplié par quatre, sans que les équipements, commerciaux ou publics, ne se multiplient au même rythme. Le reportage évoque cependant la construction prochaine du centre commercial des Coursives (durant l'année 1977), conçu et organisé comme la plupart des aménagements du même type à l'époque : une grande surface alimentaire doit servir de "locomotive", tandis qu'une galerie commerciale est constituée de commerces indépendants ou franchisés. A cette nouvelle implantation commerciale vient se greffer un équipement socio-culturel. Il s'agit donc de briser le caractère presque exclusivement résidentiel du quartier d'Etouvie qui fonctionne comme une cité-dortoir. Cependant, il convient de noter que la restructuration de l'espace commercial et son développement faisaient partie du Grand Projet de Ville (établi en décembre 2000) concernant ce quartier, ce qui souligne, en creux, l'échec des développements commerciaux antérieurs.

Aujourd'hui, le quartier d'Etouvie comprend 2988 logements, dont près de 98% de logements locatifs aidés, soit 2930 propriétés exclusives de la SIP regroupant 2810 logements collectifs (41 immeubles) et 120 pavillons. Il regroupe 8 530 habitants, ce qui en fait le second quartier le plus peuplé d'Amiens. Dès 1983, il est considéré comme un secteur en difficulté ; il bénéficie, à ce titre, des différents programmes mis en place dans le cadre de la politique de la ville : de la politique de Développement Social des Quartiers (DSQ) définie en 1982 jusqu'au contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) qui a succédé en 2007 au contrat de ville. La géographie prioritaire de la politique de la ville classe ce quartier en Zone Urbaine Sensible.

Pierre-Jacques Olagnier

Transcription

Alain Raffestin
5000 logements, plus de 15 000 habitants mais une seule pharmacie. Un boulanger où, le dimanche, il faut attendre parfois 30 minutes pour une baguette de pain. Un tabac, un boucher. Mais cela n’est-il pas disproportionné pour le nombre d’habitants prévus dans cette cité ?
(Silence)
Alain Raffestin
Je vois que vous venez avec un sac bien chargé. Vous venez de loin ?
Intervenant
Je viens, disons, d’environ un kilomètre.
Alain Raffestin
Un kilomètre. Et tous les jours, vous êtes forcé de faire ce trajet ?
Intervenant
Tous les jours.
Alain Raffestin
Pour aller faire vos courses ?
Intervenant
Tous les jours afin de permettre d’aider ma femme. Et disons qu’en ce moment, ils sont en train de faire un centre commercial. Et je pense que ça sera très bien, très utile, surtout les personnes d’Etouvie.
Alain Raffestin
Est-ce que le centre commercial va améliorer vos conditions de vie ici ?
Intervenante
Beaucoup, oui. Moi personnellement, peut-être pas mais enfin, beaucoup les mères de famille qui ne travaillent pas et qui sont obligées de faire leurs courses.
Alain Raffestin
Donc dans le fond, les commerçants ne sont pas assez nombreux ici ?
Intervenante
Non. Mais si vous voulez, je ne parle pas en mon compte personnel. Comme je travaille en ville, je fais pratiquement mes courses en ville.
Alain Raffestin
Mais ici, vous ne trouvez pratiquement rien ?
Intervenante
Pas grand-chose, non.
Alain Raffestin
Il aura fallu attendre 20 ans pour voir surgir un centre commercial à la mesure de la cité. Mais en attendant que le centre commercial des Coursives ouvre ses portes, la ménagère continue à parcourir les nombreux kilomètres qui la séparent du centre de la ville. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps sachant que la densité de la population d’Etouvie n’allait qu’accroître ?
Intervenant 2
Au départ, nous ne savions pas, nous n’avions pas des projets aussi grandioses. Nous étions beaucoup plus modestes et nous pensions réduire le nombre des habitants entre 6000 et 10 000 habitants. Alors la construction s’est faite au fur et à mesure avec les plans annuels ou bisannuels. Le premier équipement commercial se situait dans le centre de l’ancien Etouvie c'est-à-dire sous la tour. Un équipement commercial qui comprenait environ une quinzaine de commerçants. A suivi, quand nous sommes arrivés à un stade de 6000 habitants, nous avons créé on peut dire un deuxième centre mais enfin qui sont des centres commerciaux de proximité, des commerces qui se situent en pied d’immeuble. Et maintenant, là, nous nous sommes aperçus, il y a 3 ans, le projet s’étendant dans une phase finale, que c’était vraiment nécessaire pour l’ensemble des consommateurs d’Etouvie et d’autant plus que ça va quand même créer une certaine animation pour tout l’ensemble du quartier.
Alain Raffestin
On peut donner une date à la prochaine ouverture du centre commercial ?
Intervenant 2
Nous pensons ouvrir ce centre commercial dans un an. En juin76.
Alain Raffestin
Sur cette maquette, vous pouvez nous décrire un peu le futur centre ?
Intervenant 2
Le futur centre, oui. Alors à la partie basse, le centre commercial proprement dit sur deux niveaux. Au niveau inférieur, le centre qui groupe une vingtaine de commerçants indépendants. Ici, la grande surface d’une surface de 1600 m² qui sera à vocation alimentaire. Alors dans les commerces qui sont installés à la partie basse, vous avez des commerçants alimentaires et non alimentaires mais tous des commerçants indépendants. Et vous avez les commerces de service. Vous allez avoir une cafétéria, une station service, une teinturerie, un coiffeur, pressing, etc. Alors à la partie haute, c'est-à-dire au deuxième niveau, vous avez un bloc socio-médical et des bureaux. En sous-sol, vous avez une partie de réserve pour certains commerçants. Egalement un certain nombre de parkings souterrains.