Aspect économique de la production du peuplier à Ribemont dans l'Aisne

03 octobre 1984
03m 15s
Réf. 00507

Notice

Résumé :

Dossier sur le peuplier en Picardie, première région productrice en France. La production est répartie entre différents petits propriétaires et quelques communes. Un pépiniériste montre comment créer une bouture. Cet arbre grandit de façon spectaculaire d'où l'engouement dans les années 60, mais comme l'explique Jean-Paul Daquin, conseiller forestier, les plantations d'alors ne correspondaient pas à l'écosystème de l'arbre. D'autre part, la maladie a détruit les peupleraies. Pierre Munier, ingénieur des travaux agricoles, expose les autres nuisances dont est victime cet arbre.

Date de diffusion :
03 octobre 1984
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Éclairage

Dans la France du nord, les premières plantations de peupliers remontent au XVIIIe siècle. Il s'agissait alors de plantations d'alignement, le long des routes ou des cours d'eau, avec du peuplier d'Italie et du grisard (appelé "Ypréau" ou "Blanc de Hollande"). Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la populiculture reste encore concentrée dans les vallées. Les plantations massives, dites "en plein", se développent surtout après 1945, à une époque où le pays manque de bois d'industrie. Jusqu'aux années 1990, on enregistre partout un véritable engouement pour la populiculture, les surfaces ayant triplé en un peu plus de vingt ans.

Longtemps concurrencée par la Champagne et l'Aquitaine, la Picardie est aujourd'hui la première région populicultrice de France, avec 23 700 ha de plantation. Viennent ensuite les régions Champagne-Ardenne (22 672 ha), Pays de la Loire (20 917 ha), Aquitaine (19 694 ha) et Centre (19 545 ha), la France restant le second pays producteur de bois de peuplier derrière la Chine (1). A l'échelle de la Picardie, l'Aisne demeure le département le plus planté en peuplier. Dans la région, cet arbre constitue donc un véritable marqueur des paysages.

Sa production semble à première vue assez simple. Contrairement aux arbres forestiers, issus de semences, les peupliers sont produits à partir de boutures. Des pépiniéristes spécialisés produisent des variétés culturales, des cultivars, destinés à fournir des bois de qualité normalisée. Les principaux cultivars utilisés en Picardie ont longtemps été des variétés hybrides comme le Robusta, l'I 214 (apparu en 1961), le Fritzy Pauley (1971) ou le Beaupré (1982).

De croissance très rapide, le peuplier est produit sur des cycles très courts, proches d'une vingtaine d'années. Cette exceptionnelle croissance a conduit les propriétaires à le planter dans tous les milieux, y compris dans les stations où il n'était pas adapté. Le peuplier présente en effet de grandes exigences quant à son alimentation en eau, la profondeur et l'oxygénation du sol. Il est bien adapté sur des alluvions récentes, lorsque la nappe n'affleure pas trop. Certaines variétés sont aussi recommandées hors vallées, sur des sols frais. Contrairement à l'idée répandue, leur culture est contre-indiquée dans les zones humides. Dans les milieux tourbeux, par exemple, l'engorgement du sol provoque l'asphyxie des racines et le dépérissement des plants. L'enracinement restant superficiel, les arbres y sont plus sensibles aux tempêtes. D'un point de vue économique, les frais de plantation, de protection des plants, d'entretien et d'élagage dépassent alors généralement le profit obtenu lors de la vente des bois. Sur le plan écologique, ces plantations conduisent à une banalisation des milieux et à une réduction de la biodiversité. Au total, le peuplier n'a pas vocation à être cultivé partout, même s'il est parfaitement à sa place dans certaines stations.

Depuis les années 1970, l'augmentation des surfaces plantées comme le développement des transports ont conduit à une diffusion des maladies et des attaques parasitaires. Les plantations de peupliers sont composées d'individus issus de boutures, donc de clones, qui présentent tous le même patrimoine génétique. Elles sont, pour cette raison, très sensibles aux agents pathogènes : virus tels que la Mosaïque du peuplier, chancres bactériens, champignons du genre Marssonira et surtout Melampsora (Rouille du peuplier). Ce champignon d'origine américaine, forme en été des pustules jaune orangés sur les feuilles, qui conduisent à une défoliation précoce et à une perte de croissance. Cette maladie cryptogamique, qui atteint surtout les cultivars les plus sensibles comme le Beaupré, a fait de véritables ravages. Ces difficultés, alliées à une chute des cours des bois depuis les années 1990, ont conduit à une réduction des surfaces dans toute la France.

Longtemps destiné à la production d'allumettes, le peuplier est aujourd'hui planté pour des usages multiples. La partie élaguée fournit un bois de qualité apte au déroulage, pour la production d'emballages légers tels que les boîtes à fromages, les cagettes de fruits et légumes, les paniers à huîtres, ainsi que le contreplaqué. La partie supérieure de la grume peut produire de la palette. Les arbres de moindre qualité et les branches peuvent fournir du bois déchiqueté à vocation énergétique. Mais le peuplier peut aussi avoir des usages plus nobles, dans la construction (charpentes, bardages). Les deux tiers de la production sont aujourd'hui exportés sans valorisation locale vers d'autres régions de France mais aussi vers d'autres pays tels que la Belgique, les Pays-Bas, l'Italie mais aussi le Maroc, Israël ou la Chine. En raison de l'importance de sa production, la populiculture entraîne toujours aussi, heureusement, une grande partie de la filière bois picarde.

(1) Ministère de l'Agriculture, Agreste, Enquête Teruti Lucas, 2009.

Jérôme Buridant

Transcription

Jean-Marc Huguenin
La Picardie est la première région française productrice de peupliers avec 225 000 m3 par an. Le département de l’Aisne produit la moitié des plans répartis sur des milliers de parcelles. Nous vous proposons, aujourd'hui, un reportage consacré aux aspects écologiques de la production de cet arbre. Thierry Bonté, Jean-Paul Delance.
Thierry Bonté
Le peuplier est la principale production arboricole de Picardie. Environ 30 000 hectares de cultures répartis entre de multiples propriétaires privés et quelques communes pour lesquelles il s’agit d’une activité économique d’appoint. De nombreux pépiniéristes cultivent en rangs serrés les jeunes plans qui, revendus, serviront à l’installation des peupleraies.
Intervenant
Il faut tout d’abord choisir une belle branche bien lignifiée et d’un calibre assez important. Et la prendre sur un jeune plant.
Thierry Bonté
Il ne faut pas oublier de laisser aussi sur la bouture quelques bourgeons qui formeront le tronc du nouvel arbre.
(Bruit)
Thierry Bonté
La bouture est ainsi simplement fichée en terre. Et tout en lui prodiguant quelques soins il suffit alors d’attendre. La technique est élémentaire et la croissance spectaculaire puisqu’au bout de 8 mois, les jeunes plants peuvent déjà atteindre 2 à 3 mètres. Une vivacité qui explique l’engouement suscité par le peuplier au début des années 60. Un enthousiasme qui n’a pas fait que du bien.
Jean-Paul Daquin
On a sorti le peuplier très loin de son aire naturelle à la suite de coupes rases de taillis où on trouvait des sols qui ne répondaient pas toujours, tant du point de vue régime de l’eau que du point de vue des composants chimiques, aux exigences du peuplier.
Thierry Bonté
Les erreurs d’une culture anarchique, le manque de soins réguliers, l’impossibilité de mener une politique écologique d’ensemble ont souvent déçu les propriétaires désireux de rentabiliser au plus vite leur exploitation. Mais l’inexpérience de certains producteurs n’est pas la seule cause d’une arboriculture aux résultats parfois médiocres. En 1981, une maladie a détruit 30 % des peupleraies. Aujourd'hui encore, le peuplier n’est pas à l’abri d’autres nuisances.
Pierre Munier
Il faut craindre notamment le dothichiza qui est une maladie se portant surtout sur les branches en jeune plantation, et des maladies de feuillage notamment la brunissure des feuilles et les rouilles. Au niveau des insectes, on constate actuellement une recrudescence d’un insecte qui creuse des galeries dans les troncs, notamment, qui s’appelle la saperde. Et puis nous avons également un problème lié à la larve d’une mouche qui vit… nous appelons ça en mineuse, creuse donc des galeries très fines sous les écorces, et l’arbre réagit en faisant des chancres.
Thierry Bonté
Malgré des problèmes de biologie végétale et une maîtrise parfois précaire des conditions d’installation, le peuplier se porte bien. Trop bien, même, puisqu’on ne sait plus, actuellement, quoi faire des arbres une fois qu’ils ont été abattus.
(Bruit)