Voyage dans le patrimoine culturel de la région

Voyage dans le patrimoine culturel de la région

Par Jean-Marie GuillonPublication : 2016

# Présentation

Première région touristique de France avec Paris, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur possède un patrimoine historique et artistique exceptionnel.

     

Introduction

Tourisme et culture

C’est une banalité que de souligner la richesse exceptionnelle du patrimoine historique et artistique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il est l’un de ses principaux attraits, avec son patrimoine naturel, et, de ce fait, un atout touristique important. Le tourisme est l’activité principale et souvent unique de très nombreuses localités du littoral, mais aussi de l’arrière-pays et pas seulement dans sa partie montagnarde. Notre région est en effet la première région touristique de France, la première pour le tourisme national et la deuxième, après Paris, pour la fréquentation étrangère. Si le plus grand nombre de ces 30 millions de visiteurs annuels vient principalement en période estivale pour bénéficier du soleil et de la mer, nombre d’entre eux en profitent pour se rendre au moins sur les sites remarquables proches de leur lieu de séjour et beaucoup d’autres viennent d’abord en Provence, en saison et hors saison, pour ses villes, ses monuments, ses musées et ses événements culturels. Ces phénomènes, tourisme culturel ponctuel ou ciblé, ne sont pas nouveaux.

Le tourisme est né en grande partie dans notre région à la fin du XIXe siècle avec les hivernants qui venaient passer plusieurs mois sur la côte, y faisaient construire des monuments et des quartiers qui appartiennent aujourd’hui au patrimoine et commençaient à découvrir les environs grâce au train ou aux premiers véhicules. Le mouvement qui conduit une partie de la France et de l’Europe (voire au-delà) depuis un siècle et demi en Provence-Côte d’Azur a pris avec la démocratisation du déplacement en automobile une expansion considérable. Mais la fréquentation des musées et des monuments concerne aussi tout un public local, qui a d’ailleurs constitué très tôt, dès les premières sociétés d’excursionnistes, le socle des visiteurs des principaux monuments de la région. Dans ce cadre, le tourisme collectif (à l’initiative d’associations, de comités d’entreprise, de municipalités, d’établissements scolaires) garde toute son importance. Plus récemment, de nouvelles formes de tourisme sont apparues avec le développement rapide du croisiérisme (2 millions de personnes dont la moitié passent par Marseille). La région a été également pionnière en matière de fréquentation festivalière, puisque celle-ci a pris son essor dès après la Seconde Guerre mondiale autour des grands festivals de renommée internationale (Cannes, Avignon, Aix-en-Provence, Orange) qui restent aujourd’hui ses fleurons.

voir à ce sujet le parcours Provence, terre des festivals

Ces formes de tourisme, nouvelles ou plus anciennes, ont été encouragées à partir du moment où s’est imposée la nécessité de trouver des relais au tourisme de masse, notamment d’origine étrangère, fondé sur le triangle mer/soleil/été, d’autant qu’il piétine depuis que la banalisation des échanges internationaux permet de trouver ailleurs, à meilleur coût, dans des conditions de confort au moins aussi bonnes, ce que l’on vient chercher sur le littoral provençal. Confrontées en outre à la crise des bases économiques traditionnelles de la région – l’industrie, l’agriculture -, les collectivités locales ont accru leurs efforts pour mieux mettre en valeur le patrimoine culturel de la région et en faire, mieux qu’avant, l’un de ses traits distinctifs. On peut dater ce tournant des années 1970-80. Dans certaines villes, comme Arles, le tourisme culturel est devenu la principale activité économique.

Mais l’accent mis sur le culturel n’avait pas seulement des visées économiques. Il correspondait aussi au moment où le patrimoine suscitait un grand engouement, celui que reflétait la création par Jack Lang, ministre de la Culture, en 1984, des « Journées portes ouvertes dans les monuments historiques », qui préfiguraient les « Journées européennes de la Culture », lancées en 1991 sur ce modèle par le Conseil de l’Europe et dont le succès ne s’est plus démenti depuis. Enjeu économique et atout patrimoniaux ont donc conduit les collectivités locales à mettre en place des politiques culturelles et touristiques plus dynamiques. La Région a largement contribué à les susciter en étant elle-même un acteur majeur dans ce domaine.

Dès sa création en 1975, elle s’est souciée de l’entretien des monuments régionaux et de leur valorisation et a créé en 2001 l’Agence pour le patrimoine artistique afin de restaurer, avec l’aide de l’État (pour moitié) et des conseils généraux, les monuments antiques les plus fréquentés.

Protection et mise en valeur d’un patrimoine exceptionnel

Plus de 2 200 bâtiments ou ensemble de bâtiments sont actuellement inscrits ou classés dans les Monuments historiques en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les premières inscriptions, dès leur création au milieu du XIXe siècle, portaient essentiellement sur les monuments antiques ou médiévaux (par exemple, les arènes d’Arles ou le Palais des Papes d’Avignon classés en 1840). Cette protection s’est étendue au fur et à mesure que la notion de patrimoine s’élargissait à des œuvres de plus en plus récentes ou considérées jusque-là comme mineures. C’est ainsi que, très récemment, elle a concerné les monuments aux morts de 1914-1918 et a abouti, après un recensement exhaustif et documenté, à la protection de 13 d’entre eux (2009) et au classement de ceux de Salon-de-Provence et de Nice (2011). L’attention s’est portée aussi sur les créations contemporaines. Le label « Patrimoine du XXe siècle », créé en 1999, concerne 300 édifices de la région, qui vont des villas ou hôtels particulièrement remarquables jusqu’à des bâtiments à usage économique – ainsi certaines caves-coopératives du Var – considérés comme des œuvres architecturales significatives du style, mais aussi de l’activité d’une époque. Tous ces chiffres illustrent l’ampleur et l’extrême diversité du patrimoine historique et artistique de la région. L’accession de certains de ses ensembles les plus fameux au Patrimoine mondial de l’Humanité, sélectionné par l’UNESCO, souligne leur exceptionnalité. Ce label prestigieux protège, depuis 1981, les monuments romains d’Orange, dont l’arc de triomphe et le théâtre qui sert de cadre aux chorégies, et les sites romains et romans d’Arles, notamment les arènes, les Alyscamps, la cathédrale Saint-Trophime. Le centre historique d’Avignon, avec son Palais des Papes, y est entré en 1995, et, dernièrement, en 2008, ce fut le tour des citadelles de Briançon et de Mont-Dauphin.

Plusieurs autres sites de la région instruisent des dossiers pour bénéficier de ce label, sites naturels comme le massif du Mercantour ou le parc national de Port-Cros, mais aussi la Croisette à Cannes ou la Promenade des Anglais à Nice.

De cet engouement pour le patrimoine et de la floraison des initiatives - privées ou publiques - pour le faire mieux connaître, témoigne la création, le plus souvent dans le dernier quart du XXe siècle, de très nombreux musées aux thématiques les plus diverses : musées de terroir, écomusées centrés souvent sur la vie rurale ou tel ou tel type d’activité industrielle ou artisanale disparue, musées d’histoire locale, musées d’art sacré, collections d’art contemporain, sans parler des musées dont l’objet – art exotique, voitures, etc. – n’a pas de rapport direct avec la région. Le cas de Marseille est représentatif du tournant culturel qui a été pris, d’autant qu’il a été couronné par la désignation de la ville comme « capitale européenne de la culture » en 2013, ce qui a abouti à renforcer et rénover son équipement muséal.

Mais un effort tout à fait notable a été fait ailleurs, notamment à Avignon, Arles et Nice. On compte actuellement plus de 400 musées dans la région (dont 113 classés), ce qui donne un aperçu de l’investissement humain et financier qui a été fait à divers niveaux et du potentiel que cela représente.

Les reportages de la télévision régionale permettent de mesurer le parcours accompli en matière de valorisation de ce patrimoine depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Les magazines régionaux hebdomadaires – de Provence Magazine (1954) à Vaqui (depuis 1984) – n’ont cessé de sillonner la région et de donner des aperçus particulièrement riches sur des localités et des terroirs qui font rarement la une de l’actualité locale. Mais le format plutôt court privilégié dans Repères méditerranéens (devenus Sudorama) a conduit à sélectionner plutôt des reportages destinés aux journaux télévisés, ce qui permet d’insister davantage sur les événements (inaugurations de monuments ou d’institutions, expositions). Cette sélection ne pouvait tout couvrir et chacun pourra regretter telle ou telle absence. Elle n’en offre pas moins un panorama du patrimoine ouvert au public que nous pensons représentatif de son évolution dans le temps et dans l’espace. En signalant au passage tel ou tel autre site remarquable, mais sans prétention à l’exhaustivité, c’est ce parcours à travers le patrimoine de la région que nous allons suivre en prenant pour fil conducteur les périodes auxquelles il se rattache et avec l’ambition d’inciter les gens d’ici et les gens d’ailleurs à profiter de ses richesses.

# De la plus lointaine Préhistoire à la fin de l’Antiquité romaine

La découverte de la grotte Cosquer au large de Cassis a attiré l’attention sur le Néolithique en Provence.

La connaissance de l’époque la plus récente de la Préhistoire était ainsi spectaculairement enrichie. Pourtant, la région était connue depuis longtemps pour abriter des sites témoignant d’installations humaines parmi les plus anciennes du Paléolithique. C’est pour protéger l’un des plus anciens foyers humains, portant la preuve de la domestication du feu aux environs de 400 000 ans, que la ville de Nice a ouvert le Musée de Terra Amata en 1976. Mais, non loin de là, les mêmes équipes d’archéologues avaient mis à jour le site plus récent - 130 000 ans... - du Lazaret, classé dans les Monuments historique en 1963, qui témoignait de la continuité de la présence de l’homo erectus dans la région.

C’est pour mieux faire connaître la Préhistoire en Provence dans toutes ses dimensions que le musée de Quinson a été ouvert par le Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, sur les bords du Verdon. Ce musée, qui est, dans le genre, le plus grand d’Europe, possède aussi une caractéristique que l’on va trouver désormais de plus en plus souvent dans les créations d’espace culturels, celle d’être signé par des architectes de réputation internationale, ici Norman Foster et Bruno Chiambretto, et donc de constituer une œuvre en soi.

Les sites celto-ligures, dont le plus connu est celui d’Entremont, à Aix-en-Provence, n’ont pas de musées en propre, mais le musée Granet à Aix en expose des pièces de grande valeur. C’est cette population que les Grecs de Phocée trouvent en débarquant à Marseille. Bien des éléments de l’implantation grecque étaient connus sur plusieurs points du littoral, mais elle s’offre aux yeux de tous depuis la découverte des vestiges de leur port sur les terrains du centre Bourse de Marseille en 1967 et l’aménagement qui en a été fait, tandis que tout à côté le Musée d’histoire de la ville, rénové en 2013, met particulièrement bien en valeur les principaux éléments de cette installation.

On trouve des traces, souvent monumentales, de l’époque gallo-romaine partout dans la région. Elles ont attiré depuis longtemps l’attention des érudits et des autorités, puisque certaines des plus admirables ont été classées dès le XIXe siècle : Arles, Orange, mais aussi les arènes de Fréjus dans le Var dès 1840, le pont de Vaison-la-Romaine dans le Vaucluse, les colonnes antiques de Riez dans les Alpes-de-Haute-Provence, et, peu après le rattachement de Nice à la France, le spectaculaire trophée des Alpes, à La Turbie (Alpes-Maritimes). Le site de la ville de Glanum et « les Antiques » de Saint-Rémy-de-Provence, sur le rebord des Alpilles, identifiés dès le XVIIe siècle, ont été fouillés très tôt. Ils sont devenus précocement l’un des sites romains les plus fréquentés et ont posé donc avant d’autres les problèmes suscités par une fréquentation de masse.

Glanum fait partie des sites actuellement candidats au Patrimoine de l’UNESCO, en compagnie d’un ensemble de vestiges romains situés de part et d’autre du Rhône. Mais la création et les découvertes récentes les plus remarquables pour la période romaine ont eu lieu à Arles, où a été ouvert en 1995 le Musée départemental de l’Arles antique dans lequel les spectaculaires pièces trouvées dans le Rhône, dont un magnifique buste qui serait celui de César, sont exposées.

# Des châteaux du Moyen Âge aux citadelles de l’époque moderne

Les vestiges de châteaux laissés par la période médiévale sont extrêmement nombreux et nombre de localités sont toujours dominées par ce qui reste de leurs murailles ou de leur donjon. Certains de ces vestiges, plus ou moins accessibles – ceux de Forcalqueiret (Var) ou de Buoux, au cœur du Luberon (Vaucluse) par exemple – restent impressionnants. D’autres, qui ont été souvent remaniés aux Temps modernes (XVIe-XVIIIe s.), sont mieux conservés, ainsi celui de Tallard (Hautes-Alpes) ou celui de Lacoste (Vaucluse) auquel le nom du marquis de Sade reste attaché. Il faut évidemment faire un sort particulier au Palais des Papes d’Avignon qui reste le monument le plus visité de Provence ou au château dit « du roi René » à Tarascon qui, tous deux, datent du haut Moyen Âge (XIVe siècle pour le premier, XVe pour le second).

Mais les monuments médiévaux les plus renommés sont religieux. Ce sont d’abord des abbayes. Celle des Îles de Lérins, au large de Cannes, renvoie à l’ancienneté de la présence chrétienne dans la région.

Cependant, ce sont les « trois sœurs cisterciennes », Sénanque, Le Thoronet et Silvacane, trois joyaux de l’art roman du XIIe siècle, qui sont les plus notoires et les plus fréquentées, d’autant que – et c’est un signe des usages du patrimoine que la fin du XXe siècle a vu se développer – elles sont utilisées comme lieu de concerts ou d’exposition. Sénanque, qui se trouve non loin de Gordes, au nord du Luberon, garde une vocation religieuse, ce qui n’est pas le cas de Silvacane, près de La Roque d’Anthéron (Bouches-du-Rhône), et du Thoronet (Var) qui servent de cadres à des festivals de musique ou de chants réputés.

Tout comme l’abbaye bénédictine de Montmajour, près d’Arles, ou Saint-Victor qui domine le Vieux-Port de Marseille, ces deux dernières ont bénéficié d’un classement dans les Monuments historiques dès 1840. La chartreuse de La Verne, isolée dans le massif des Maures (Collobrières), est moins prestigieuse, mais l’écrin de verdure dans lequel elle se trouve rivalise avec celui du Thoronet et la restauration impressionnante dont elle a bénéficié lui a restitué sa dimension. C’est aussi le cas de l’abbaye bénédictine de Boscodon, non loin d’Embrun (Hautes-Alpes). Comme le montre la cathédrale de cette ville, l’art roman a marqué l’architecture des églises provençales et il n’est guère de localités qui n’aient pas leur église ou leur chapelle romanes. Certains de ces édifices - Saint-Trophime à Arles, la cathédrale de Fréjus - sont très fréquentés par les visiteurs, tout comme la cathédrale Saint-Sauveur à Aix, mais celle-ci est plus composite et comporte des éléments gothiques majeurs, en même temps qu’une des œuvres peintes parmi les plus fameuses du XVe siècle, le triptyque du Buisson ardent, du peintre avignonnais, Nicolas Froment. Mais c’est avec la basilique de Saint-Maximin (Var) que le gothique provençal a trouvé sa principale expression, même si sa façade n’a pas été achevée.

Bien des sites enjambent les derniers siècles du Moyen Âge et au moins le premier des Temps modernes, le XVIe siècle. Le gothique tardif, qualifié de flamboyant, se mêle aux premières influences de la Renaissance. La peinture d’alors, dont le Musée du Petit Palais à Avignon présente une importante collection, témoigne de cette transition, mais aussi les fresques peintes à la fin du Moyen Âge et aux siècles suivants dans les églises et chapelles des collines et vallées de l’arrière-pays niçois autour et à la suite de Louis Bréa et de sa famille.

L’architecture civile associe elle aussi les époques, ainsi pour la citadelle de Sisteron, qui fait partie des monuments les plus courus de Provence, ou les forts – notamment le fort Saint-Jean réutilisé pour le MUCEM - qui défendent l’entrée du Vieux-Port à Marseille. La plupart des localités de la Provence intérieure présentent dans leur cœur ancien la même imbrication. L’exemple le plus spectaculaire est fourni par le village perché des Baux-de-Provence, dans les Alpilles. Haut lieu du tourisme, il occupe aujourd’hui encore le deuxième rang pour une fréquentation qui est aussi bien régionale qu’internationale. Presque abandonné à la veille de la 2e Guerre mondiale, il a retrouvé une autre vie grâce à l’attachement manifesté pour faire renaître ce symbole de l’identité provençale des écrivains et des érudits régionalistes, et au choix qu’a fait de s’y installer toute une colonie d’artistes à la suite du maître-imprimeur catalan de renommée internationale, Louis Jou.

Mais les XVIIe et XVIIIe siècles ont modelé également certains quartiers urbains habités par les hautes classes qui y ont fait construire leurs hôtels particuliers. L’un des mieux préservé est le quartier Mazarin (aménagé par le frère du cardinal de Mazarin) à Aix. Mais Avignon, Nice ou Menton, entre autres villes, conservent de beaux exemples – hôtels particuliers, palais, églises, voire synagogue comme à Carpentras - de cette époque, où le baroque est bientôt contrebalancé, au moins en architecture, par le classicisme. Certains de ces hôtels ont été restaurés pour abriter quelques uns des musées ou des lieux d’exposition les plus connus de la région, le musée Calvet ou la Fondation Lambert à Avignon, le Musée Granet ou celui des Tapisseries à Aix, sans oublier, toujours à Aix, cette perle de la fin du XVIIe qu’est le Pavillon Vendôme. Mais, en dépit des avatars de leur histoire et des destructions subies, Toulon et Marseille ne sont pas en reste avec, en particulier, les œuvres que Pierre Puget, artiste complet, a laissées. La restauration de la chapelle de la Vieille Charité à Marseille a révélé l’un de ses chefs d’œuvre et sans doute le plus original.

Bien d’autres éléments du patrimoine ressortent de la période dite Moderne. C’est le cas de nombreuses fortifications qui subsistent, soit sur le littoral, soit sur la frontière des Alpes. Plusieurs d’entre elles, à Entrevaux, Colmars-les-Alpes ou Toulon, portent la marque de Vauban, mais c’est à Briançon et Mont-Dauphin que son talent est le mieux conservé.

Une autre architecture, plus modeste, n’en marque pas moins profondément les paysages, c’est l’architecture rurale en pierres sèches dont l’apogée de situe entre le XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe et qui modèle encore, grâce aux restanques, les versants des collines. Ses formes les plus remarquables sont les bories, ces cabanes au toit de lauzes qu’un musée de plein air a reconstitué à Gordes, mais que l’on trouve dans toute la Provence calcaire.

# L’époque contemporaine et la préservation du passé

Le patrimoine qui correspond aux XIXe et XXe siècles est évidemment le plus considérable puisqu’il reste en grande partie encore présent sous nos yeux, mais il a été longtemps dévalorisé par rapport aux monuments « anciens ». Même s’il y a eu des changements en ce domaine, ce travers n’a pas tout à fait disparu, en particulier pour des formes patrimoniales jugées mineures ou triviales. Cependant, le « goût du passé » qui caractérise notre époque tend à préserver ce qui peut l’être des traces de la vie d’avant. Ce souci a d’abord concerné la vie rurale et la vie domestique à partir du moment où elles étaient menacées par la modernisation. Le précurseur en ce domaine a été Frédéric Mistral, figure de proue du Félibrige et fondateur à Arles du Museon Arlaten, inauguré en 1909, où il entend témoigner des activités du « peuple des mas et des champs » dont il était issu, en même temps que de la culture provençale.

Dans cette lignée, se sont ouverts d’assez nombreux musées locaux à l’initiative d’associations folkloriques ou érudites - par exemple le Musée du terroir marseillais à Château-Gombert (1925) - faisant toute leur part à la vie quotidienne (costume, outils, objets et meubles d’intérieur, etc.), reconstitutions d’intérieurs ou d’ateliers à l’appui. Plus récemment, la vogue des écomusées – notamment dans les vallées alpines (Champsaur, Ubaye, Queyras) – a prolongé cette vocation. En même temps, dans le dernier tiers du XXe siècle, étaient créés sur des bases plus scientifiques des musées d’ethnologie comme le Musée départemental de Haute-Provence, non loin de Forcalquier, dans le prieuré roman de Salagon en 1981 (avec une spécialisation rare en ethnobotanique) ou le remarquable Musée des Arts et traditions populaires de Draguignan créé en 1985. Le même mouvement, avec la même inspiration, a touché la préservation du patrimoine artisanal et industriel. Les petites industries qui ont fait la fortune ou la réputation de bien des localités de Provence centrale, et qui ont souvent disparu aujourd’hui, ont suscité l’ouverture de lieux qui leur sont consacrés : la faïence à Moustier (Alpes-de-Haute-Provence), la vannerie à Cadenet (Vaucluse), le tournage sur bois à Aiguines (Var), etc. Ce souci mémoriel s’est étendu à des activités industrielles de plus grande envergure : parfumerie à Grasse (Alpes-Maritimes), imprimerie et cartonnage à Valréas (Vaucluse), Musée de l’aventure industrielle à Apt (Vaucluse), mines de lignite à Gréasque (Bouches-du-Rhône), plus récemment Musée des Gueules rouges à Tourves pour la bauxite du Var, etc.

De plus en plus de bâtiments industriels abandonnés sont réutilisés à des fins mémorielles ou culturelles et sont ainsi sauvegardés. L’ancienne manufacture des tabacs de Marseille, non loin de la gare Saint-Charles, abrite depuis 1992 tout un ensemble d’institutions culturelles qui vont des Archives municipales à la Friche Belle-de-Mai, en passant, en particulier, par l’INA-Méditerranée. À Aix-en-Provence, c’est l’ancienne usine des allumettes qui a été transformée en Cité du Livre.

C’est également à Aix que se trouve la tuilerie des Milles qui témoigne à la fois d’une architecture industrielle remarquable et d’un des épisodes les plus noirs de notre histoire, puisqu’elle a servi de camp d’internement pour étrangers entre 1939 et 1942 et d’antichambre à l’extermination des juifs par les nazis.

Cette réutilisation de bâtiments anciens est depuis longtemps d’usage pour les musées d’histoire. On le vérifie à Salon-de-Provence où celui de l’Armée est installé dans le château médiéval de l’Empéri, tandis qu’à Toulon, celui de la Marine bénéficie des vestiges monumentaux de l’arsenal. Dans cette ville, sur le mont Faron qui la domine, c’est un élément du système défensif du XIXe siècle, la Tour Beaumont, qui a été utilisé pour installer en 1964 le Mémorial du Débarquement dont la rénovation a été actée en 2014.

Si les fortifications anciennes ont depuis longtemps fait l’objet de mesures de préservation, l’intérêt pour l’architecture militaire des XIXe et XXe siècle est plus récent. Sa valorisation est souvent le fait des associations qui restaurent et font découvrir certaines des constructions défensives les plus spectaculaires qui longent la frontière des Alpes (fortifications Séré de Rivière, par exemple à Sospel, ou ouvrages Maginot à Sainte-Agnès, au dessus de Menton).

# La célébration de l’art et des artistes (XXe siècle-début du XXIe siècle)

La loi Malraux de 1962, en créant des secteurs sauvegardés, a donné une impulsion majeure à la préservation du patrimoine en milieu urbain. Celle-ci concerne de plus en plus, même si c’est de façon inégale, l’urbanisme de la deuxième moitié du XIXe siècle ou du début du XXe, y compris dans ses formes longtemps négligées, comme la statuaire. Mais, évidemment, ce sont les monuments les plus prestigieux qui bénéficient surtout de l’attention des responsables et acteurs du patrimoine, ainsi à Marseille, ces dernières années, pour la rénovation de Notre-Dame de la Garde ou, dans le cadre de « Marseille 2013 », celle du Palais Longchamp dans lequel est logé le Musée des Beaux-Arts de Marseille.

Les ensembles urbains datant de la « Belle époque » les mieux préservés, en dépit de nombreuses atteintes, se trouvent sur le littoral qui a été transformé par la fréquentation des plus hautes classes de la société à partir de la fin du XIXe siècle. La période est marquée par la construction de grands hôtels et de villas. Dans les Alpes-Maritimes, les villas d’Ephrussi de Rothschild au Cap-Ferrat et de l’archéologue Théodore Reinach, Kérylos, tout à côté, à Beaulieu, en sont les exemples les plus extraordinaires parmi celles que l’on peut visiter. Mais c’est Nice que l’on trouve l’ensemble le plus remarquable et le plus dense de ces constructions nouvelles, liées à l’essor que la ville a connu après 1860, alors qu’elle devenait la résidence d’hiver d’une partie des fortunes européennes. C’est donc ici le tourisme qui a généré un patrimoine exceptionnel.

Les effets de ce tourisme au XXe siècle sont moins positifs. Pourtant, même si l’urbanisation débridée de la deuxième moitié du siècle a largement défiguré la façade littorale, quelques créations architecturales originales par leur modernisme radical ont été sauvées : la villa Noailles à Hyères, œuvre de Mallet-Stevens qui sert aujourd’hui à des expositions de design ou de mode remarquées, l’hôtel Latitude 43 à Saint-Tropez ou bien encore la villa E1027 à Roquebrune-Cap-Martin.

Cette villa est marquée par la présence de Le Corbusier, dont l’œuvre majeure de l’architecte dans la région reste, bien entendu, l’unité d’habitation - La Cité radieuse - qu’il a construit à Marseille entre 1947 et 1952.

La région provençale et son littoral qui, de Hyères à Menton, devient la Côte d’Azur après la description que publie en 1887 Stephen Liégeard, ont attiré les peintres qui allaient acquérir une réputation internationale, en même temps que la haute société européenne qui leur achetait leurs œuvres. C’est ce qui vaut à la région une densité exceptionnelle de musées dédiés à des artistes mondialement connus. L’un des premiers a été Paul Signac qui découvre Saint-Tropez grâce à Guy de Maupassant et s’y installe. Le Musée de l’Annonciade conserve certaines de ses œuvres et celles de peintres qui l’ont suivi dans le petit port varois. Matisse et Bonnard ont été de ceux-là, avant d’opter pour les Alpes-Maritimes. C’est pourquoi s’est ouvert à Nice, en 1963, le Musée Matisse, dans sa villa de Cimiez, et, bien plus récemment, le Musée Bonnard au Cannet.

Ces deux artistes avaient été précédés par Renoir qui s’est installé à Cagnes dont le musée a été aménagé, lui aussi, dès 1960, dans la villa où il résidait.

Bien d’autres peintres les suivent, notamment Dufy, Picabia, puis Masson, Chagall dont le musée à Nice est inauguré en 1973, De Staël et, bien entendu, Picasso qui marque plusieurs lieux de son passage, d’abord Antibes où le château abrite depuis 1966 le musée qui lui est consacré, mais aussi Vallauris où il a résidé autour de 1950.

Les rapports de Fernand Léger avec la région sont plus minces, mais son musée, à Biot, est pourtant l’une des premières constructions de ce type ex nihilo, puisque le bâtiment et son parc sont aménagés sur un ancien terrain horticole.

Les galeristes ont suivi les peintres et leur clientèle. Ils se partagent entre Paris et la Côte. Le plus connu d’entre eux est Aimé Maeght qui, depuis la guerre, a accompagné les principaux artistes du temps (Miro, Chagall, Calder, Kandinsky, Giacometti, etc.). Son épouse et lui créent, en 1964, leur Fondation aux abords de Saint-Paul-de-Vence. Le village perché au sommet de sa butte est l’un des rendez-vous du monde littéraire et artistique, avant d’être atteint par la vague touristique, tandis que la Fondation, d’emblée, joue un rôle pionnier dans l’appréhension par le grand public des formes artistiques neuves.

Elle reste aujourd’hui l’une des étapes obligées du tourisme culturel dans la région.

Son succès tient aussi au cadre que lui a donné l’architecte Josep Luis Sert, ouvrant ainsi la voie à la création de musées associant l’intérêt d’une collection et l’originalité de l’œuvre qui l’abrite. La plus récente réalisation de ce type, le Musée Cocteau à Menton, ouvert en 2011, le démontre, tant l’attraction qu’il exerce tient aussi à l’écrin que Rudy Ricciotti a conçu.

Que la Côte d’Azur concentre les principaux lieux consacrés à des peintres du XXe siècle ne peut faire oublier tous les autres, qui, dans la région, ont été marqués par la présence d’artistes : Martigues où Félix Ziem, dont le musée existe depuis 1908, séjournait lorsqu’il n’était pas à Nice, Gordes dans le Vaucluse fréquenté par des photographes comme Willy Ronis ou des peintres comme Chagall ou Vasarely, Saint-Rémy et Arles, inséparables de Van Gogh, etc. Et puis il y a les sites cézaniens, la Sainte-Victoire et Le Tholonet près d’Aix, L’Estaque à Marseille, par où beaucoup de peintres passent - Monet, Dufy, Braque, Renoir - pour découvrir les lieux et la lumière qui inspirent le maître aixois. Cézanne leur ouvre la route de la Côte d’Azur en même temps qu’il les lance sur la voie que la peinture du XXe siècle allait suivre. Aix, sa ville, l’a pourtant boudé longtemps, avant de se rattraper à partir des années cinquante et d’utiliser la notoriété internationale qu’il lui laisse en héritage.

Le Musée Granet, l’un des plus vieux musées des Beaux-Arts de la région (1838), complètement rénové en 2006, a enrichi ses collections grâce au dépôt par l’État de plusieurs tableaux du maître en 1984. Mais, reflet d’une tendance plus générale, il s’oriente aussi vers la peinture contemporaine grâce à d’autres dépôts, qui lui permettent en 2013 d’inaugurer le « Granet XXe » dans l’ancienne chapelle des Pénitents blancs.

Cette évolution, dont le Musée Cantini de Marseille a été l’un des précurseurs en se consacrant aux œuvres contemporaines dès les années cinquante, s’inscrit dans un courant qui a vu se multiplier les lieux dédiés à l’art le plus récent depuis un quart de siècle. Au premier plan, se trouve la Fondation Lambert à Avignon, créée en 2000 et agrandie en 2015, qui comme Cantini réutilise un hôtel du XVIIIe siècle. D’autres ont pris le parti de la création avec des réussites diverses, entre la massivité du MAMAC (Musée d’art moderne et d’art contemporain) de Nice inauguré en 1994 et l’audace du nouveau siège du FRAC (Fonds régional d’art contemporain) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ouvert à Marseille en 2013 sur les plans de l’architecte japonais Kengo Kuma. Une nouvelle tendance, inaugurée par le domaine de Château La Coste (Le Puy-Sainte-Réparade, non loin d’Aix-en-Provence) en 2011 et suivie plus récemment en particulier dans le Var, associe, sur un modèle importé des États-Unis, installations artistiques monumentales, domaines viticoles et espaces naturels.

Si les artistes ont laissé une marque profonde de leur passage ou de leur séjour dans la région, il n’en va pas de même de la foule des écrivains français et étrangers qui, en même temps qu’eux, fréquentant les mêmes lieux et le même monde, s’établissent sur le littoral de Provence depuis la fin du XIXe siècle. Beaucoup y ont écrit, mais peu ont laissé une trace significative, à moins qu’ils soient restés fidèles à la région où ils étaient nés ou qu’ils avaient adoptée. C’est alors plutôt la Provence intérieure qui a bénéficié de leur présence. C’est Manosque grâce à Giono, l’arrière-pays marseillais pour Pagnol, Maillane et les Alpilles pour Mistral et Marie Mauron, l’Isle-sur-Sorgue avec René Char, Lourmarin où se croisent les traces d’Henri Bosco et d’Albert Camus, mais c’est à Aix-en-Provence que le prix Nobel de littérature Saint-John Perse lègue ses collections, désormais intégrées au sein de la Cité du Livre.

Faut-il la ranger parmi les écrivains ? En tout cas, c’est par le livre qu’Alexandra David-Néel a fait connaître le Tibet et le bouddhisme et c’est un bout de Tibet - Samten Dzong, « la Forteresse de la méditation » - qu’elle a légué à la ville de Digne.

Littérature, arts plastiques, photographie, cinéma, philosophie, histoire, anthropologie, tout se croise au sein de la création la plus ambitieuse et la plus emblématique de ce début de XXIe siècle : le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), inauguré à Marseille en 2013. Associant le vieux fort Saint-Jean et l’architecture audacieuse de Rudy Ricciotti, il entend relier le passé et le présent des sociétés méditerranéennes. Conçu comme un lieu de culture vivante, il est aussi un pôle touristique à vocation internationale. Enraciné par ses collections permanentes en Europe, il concerne les deux rives de la mer commune et il était donc naturel que le voyage des Repères méditerranéens (devenus Sudorama) se termine par lui.

# Bibliographie sommaire

Introductions

  • LIÉGEARD Stephen, La Côte d’Azur (1887), Nice rééd. Serre, 1988, 628 p.
  • TÉMIME Emile, Voyages en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Paris, Gallimard, collection « Découvertes Histoire », 112 p., 1997.

Outre les guides classiques, signalons dans les collections à vocation d’encyclopédies culturelles :

Encyclopédie Bonneton (Paris, Christine Bonneton)

  • BERTRAND Régis, BROMBERGER Christian, MARTEL Claude, MAURON Claude, ONIMUS Jean, FERRIER Jean-Paul, Provence, 2002, 320 p.
  • BESSON-LECRINIER Sylvie, DUCLOS Jean-Claude, FAURE Alain, MOUSTIER Philippe, ROUX Christine, Hautes-Alpes, 2009, 312 p.

Encyclopédie d’une montagne provençale (Forcalquier, Les Alpes de Lumière)

  • BARRUOL Guy dir., Les monts du Vaucluse, à paraître 2016.
  • BARRUOL Guy, DE RÉPARAZ André, ROYER Jean-Yves, La montagne de Lure, 2004, 320 p.
  • BARRUOL Guy, DAUTIER Nerte, MONDON Bernard (coord.), Le mont Ventoux, 2007, 348 p.
  • BARRUOL Guy, DAUTIER Nerte dir., Les Alpilles, 2009, 348 p.
  • DUMAS Marc dir., Le Luberon, tome 1 (milieu naturel, histoire et peuplement), 2013, 343 p., et tome 2 (économie, architecture, culture), 331 p., 2014

Encyclopédie du voyage (Paris, Gallimard)

  • Alpes-de-Haute-Provence, 2008, 372 p.
  • Alpes-Maritimes, 2008, 408 p.
  • Bouches-du-Rhône, 1994, 406 p.
  • Var, 2004, 384 p.
  • Vaucluse, 372 p., 2007

Guides de La Manufacture (Besançon)

  • BERTRAND Régis et TIRONE Lucien, Le Guide de Marseille, 1991, 376 p.
  • COULET Noël, DAUTIER Nerte, DAUTIER Yves, JEAN Raymond, Le Guide d’Aix-en-Provence, 1996 255 p.
  • COURTOT Roland, GIRARD Nicole, MONNIER Gérard, Le Guide de Martigues et de l’Etang de Berre, 1988, 200 p.
  • COURTOT Roland et RINAUDO Yves, Le Guide du Var, 1992, 260 p.
  • FUSTER-DAUTIER Nerte, DAUTIER Yves, LERRANT Jean-Jacques, MIGNON Paul-Louis, PUAUX Mély et Paul, Le Guide d’Avignon, 1987, 334 p.
  • DUPUY Pierre, Le Guide de la Camargue, 1989, 325 p.

Et hors collection :

  • BARTOLI Pascal et BONILLO Jean-Luc, L’architecture du XXe siècle dans le Var, Marseille, Editions Imbernon, 2010, 212 p.
  • DELESTRE Xavier dir., 15 ans d’archéologie en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Aix-en-Provence, Édisud-Service régional d’archéologie, 2005.