Arrivée de la Marche des beurs à Paris

03 décembre 1983
02m 20s
Réf. 01129

Notice

Résumé :

Le 3 décembre 1983, la Marche des beurs arrive à Paris, rejointe par 100 000 personnes qui manifestent entre Bastille et Montparnasse.

Date de diffusion :
03 décembre 1983

Contexte historique

Au début des années 1980, les jeunes issus de l'immigration, en particulier maghrébine, nés ou venus en bas en âge en France, prennent conscience qu'ils vont y rester définitivement. Habitant une banlieue défavorisée et se sentant victimes du racisme et de discriminations, ils commencent alors à revendiquer la pleine égalité de leurs droits.

C'est ainsi que naît en 1983 dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux (Rhône), chez une quinzaine de jeunes d'origine maghrébine l'idée, inspirée de Gandhi et de Martin Luther King, d'une "Marche pour l'égalité et contre le racisme", rebaptisée par la suite "Marche des beurs" d'après le mot en verlan désignant un jeune Arabe né en France de parents immigrés. Leur objectif était de traverser la France à pied pour dénoncer le racisme - les crimes racistes se sont en effet multipliés durant l'été 1983 - et demander en particulier le droit de vote pour les immigrés et la carte de séjour de dix ans. Organisée par Toumi Djaïdja, un jeune des Minguettes qui avait été blessé grièvement par un policier en juin 1983, et par le père Christian Delorme, prêtre dans ce quartier, cette marche débute à Marseille le 15 octobre 1983 dans une certaine indifférence. Elle connaît cependant un rapide succès, les 32 marcheurs partis de Marseille étant rejoints par de nombreux autres et recevant durant leur parcours le soutien de nombreuses personnalités politiques, syndicales, religieuses et intellectuelles.

A leur arrivée à Paris le 3 décembre 1983, 100 000 personnes manifestent avec eux entre Bastille et Montparnasse. Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales, assure à cette occasion que de nouvelles mesures contre le racisme vont être prises. Huit marcheurs sont ensuite reçus par le président de la République François Mitterrand qui leur octroie la création d'une carte unique de séjour valable dix ans, mais pas le droit de vote pour les étrangers.

Cette Marche marque véritablement l'entrée dans l'espace public de la deuxième génération issue de l'immigration des Trente Glorieuses : même si elle ne parvient pas à mettre en place un mouvement national, elle fait prendre conscience aux Français de la réalité des discriminations envers des jeunes en majorité français, mais aussi de leur réelle volonté d'intégration.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage s'ouvre par un plan filmé rue Monge, à Paris, de la manifestation du 3 décembre 1983 en soutien de la Marche des beurs. Puis sont diffusés les préparatifs de cette manifestation par les marcheurs : Toumi Djaïdja, figure emblématique de la Marche, s'adresse ainsi à ses camarades. Le reportage revient ensuite sur la manifestation proprement dite. La caméra s'attarde sur plusieurs banderoles illustrant les revendications des marcheurs, à commencer par celle tenue en ouverture du défilé, qui reprend l'intitulé de leur action : "Marche pour l'égalité et contre le racisme".

Le reportage insiste en outre sur la diversité des sentiments : l'ambiance festive, symbolisée par une grosse paire de baskets, côtoie le deuil et le recueillement des manifestants, incarnés par les banderoles d'hommage aux jeunes maghrébins victimes de crimes racistes. Ce sujet s'attache également à montrer que les manifestants ne sont pas seulement des jeunes issus de l'immigration : une femme âgée française affirme ainsi sa solidarité avec le mouvement, de même qu'une pancarte proclame "Raciste...moi ? Jamais !!". Enfin, la présence aux côtés des marcheurs de membres du gouvernement et d'élus de gauche comme de droite atteste la reconnaissance publique de cette Marche.

Christophe Gracieux

Transcription

Isabelle Baechler
30 000, 50 000, 100 000, les chiffres varient. Ils étaient des dizaines de milliers, entre la Bastille et Montparnasse, mobilisés contre le racisme. Venus de la France entière en autocar à l'appel d'un collectif national et de 70 associations, partis et syndicats de gauche. Pour les marcheurs, tout a commencé vers 13 h avec le repas, enthousiasme et émotion bien sûr mais aussi un peu d'inquiétude car ces enfants d'immigrés qui marchent depuis un mois et demi ont fait le pari de rassembler 100 000 personnes. Ils ont fait le pari de réveiller les Français, ces Français précisément qu'ils ont appris à mieux connaître à travers cette marche.
Toumi Djaïdja
On était parti en tête avec l'idée que tous les Français sont plus ou moins tous racistes alors là on n'a plus le droit de généraliser. On a eu à voir des enfants qui viennent à notre rencontre même jusqu'à avoir un policier porter l'écusson «marche pour l'égalité» alors même du côté de la police.
Isabelle Baechler
Ca y est, la marche de ceux qui se sentaient isolés est devenue une grande manifestation. Là c'est la dernière ligne droite de ceux qui ont déjà 1200 kilomètres dans les jambes. De la Bastille vers Montparnasse en passant par le pont de Sully, on distribue des tracts mais c'est surtout une grande émotion qui prime. Dans le cortège, ce sont aussi des images bon enfant, on a vraiment pas oublié le sens de la fête chez les jeunes immigrés.
(Silence)
Isabelle Baechler
«La France, c'est comme une mobylette, pour avancer il faut du mélange».
Manifestant
«Couscous, chez Mitterrand, Couscous, chez Mitterrand.»
Isabelle Baechler
Mais le deuil était présent aussi, les familles des jeunes maghrébins victimes du racisme ont manifesté dans la gravité, les Français étaient nombreux à côté des immigrés pour témoigner leur solidarité.
(Silence)
Manifestante
A quoi ça sert la solidarité ? A faire voir que les gens sont capables ensemble de s'aimer sans différence.
Journaliste
C'est pas un rêve ?
Manifestante
On est tous de chair et... Ah peut-être pour beaucoup un rêve mais pour moi je pense que cela deviendra une réalité par les petits-enfants, peut-être ceux qui ne sont pas encore nés.
Isabelle Baechler
Dans le cortège également beaucoup d'hommes et de femmes politiques, des syndicalistes, des personnes de gauche, Hugette Bouchardeau, Gisèle Halimi, Claude Cheysson mais aussi Olivier Stirn et Bernard Stasi.

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