Les Transmusicales de Rennes

15 décembre 1982
05m
Réf. 00352

Notice

Résumé :

A l'occasion de l'ouverture des quatrième Transmusicales de Rennes, des acteurs de la scène rock rennaise reviennent sur ce phénomène.

Date de diffusion :
15 décembre 1982
Source :
FR3 (Collection: Rennes soir )

Éclairage

Dans les années 1980, Rennes a acquis la réputation, parfois sulfureuse, de la ville du rock. Bientôt rejoint par Nantes et Brest, Rennes est un véritable foyer de groupe de rock dès la fin des années 1970. Il faut dire que sa situation géographique n'y est pas pour rien. Proche des Iles Britanniques, la capitale bretonne a su être attentive et réceptive aux différentes inaluences du monde musical anglo-saxon.

Pour Ronan Gorgiard, l'inaluence musicale des premiers groupes rennais est claire. Dans son ouvrage sur la scène musicale bretonne, il avance comme modèle pour les jeunes musiciens rien de moins que le Velvet Underground, la new wave de Joy Division et une certaine fascination pour la culture expressionniste allemande. La scène punk n'est pas très loin non plus. Le premier groupe qui constitue la mythologie du rock rennais est aussi celui que la postérité à le mieux retenu. En 1977 Franck Darcel et Christian Dargelos fondent l'emblématique Marquis de Sade. Ils sont rejoints quelques temps plus tard par le charismatique Philippe Pascal qui devient le chanteur du groupe. Ce groupe mystérieux, aux chants sulfureux, acquiert une reconnaissance nationale. Autour d'eux, gravitent plusieurs groupes de moindre importance, mais qui vont pourtant faire la réputation de la scène musicale rennaise et par delà celle d'une ville rock. Ronan Gorgiard évoque même la notion de "label rennais" en signe de reconnaissance de l'effervescence musicale de la capitale bretonne. C'est finalement les médias qui amplifient le phénomène en interrogeant la multiplicité des formations musicales et les modes de vie qu'ils génèrent ou qu'ils représentent. Lieux de concert, bars, boites de nuit, on peut dire que le rock investit tous les espaces sociaux. Outre la télévision régionale et nationale, la presse suit aussi le phénomène. Le magazine underground Actuel de Jean-François Bizot consacre plusieurs articles au sujet. C'est à cette période que trois membres de l'association Terrapin, qui diffuse des concerts dans la ville, lancent les Transmusicales. Béatrice Macé, Hervé Bordier et Jean-Louis Brossard n'ont alors qu'en tête de sauver leur association en proposant sur une journée des concerts de soutien. L'opération a tellement de succès qu'elle est reconduite et prend peu à peu la forme d'un festival institué. Il faut dire que cette scène rock existe, se déploie et fonctionne grâce à un réseau associatif performant.

Au début des années 1980 Etienne Daho se lance et se produit sur la scène des Transmusicales. Il y reviendra plusieurs fois. Marquis de Sade se dissout en 1981, mais les membres restent actifs tant sur scène que sur le terrain de la production. Christian Dargelos crée par exemple le groupe Les Nus. Philippe Pascal continue de se forger un petit succès national en créant le groupe Marc Seberg. Quelques années plus tard, le groupe Niagara séduit la France avec ses chansons acidulées pop rock.

Toute cette activité participe à construite l'image d'une ville festive. Aujourd'hui encore, Rennes voit naître des formations rock non négligeables, comme Montgomery, Santa Cruz ou encore Laetitia Shérif.

Bibliographie :

Ronan Gorgiard, L'étonnante scène musicale bretonne, Quimper, Palantines, 2008.

Soline Levaux

Transcription

Commentateur
Et des nuages, autre disque sans éclipse avec le phénomène du rock, coup d'envoi ce soir à la salle de la cité des 4ème Transmusicales de Rennes. 30 groupes de rock vont se succéder jusqu'à vendredi. Pour mieux comprendre le phénomène du rock, le reportage d'Emmanuel Yvon et de Jacques Goulaine sur une certaine société rennaise.
(Musique)
Emmanuel Yvon
Mais qu'ont-ils tous à me rebattre les oreilles du rock rennais ? Je traînais dans les rues de la ville à la recherche de Marquis de Sade, Etienne Daho, Les Nus, Octobre, Sax Pustuls, tous ces groupes qui fixent à Rennes certains branchés du rock des années 80.
(Musique)
Emmanuel Yvon
Perdu dans ma galère, une porte s'ouvrit enfin sur un monde magique. Là, un homme en noir m'expliqua que depuis les fest-noz des années 60, la création musicale à Rennes avait complètement évolué.
Hervé Bordier
Ce qui s'est passé aussi c'est que depuis, bon, Marquis de Sade a été un peu une dynamique sur Rennes, et c'est tant mieux pour la ville. C'est aussi une floraison de groupes. De plus, quand Marquis de Sade s'est séparé, il y a un an, on s'est retrouvé aussi avec, aussi bien le guitariste, comme Frédéric qui a monté Les Nus, comme Philippe Pascal, le chanteur qui a monté Marc Seberg, les Sax qui a monté Sax Pustuls, donc eux-mêmes ont créé cette dynamique qui elle même a provoqué chez d'autres musiciens l'envie de jouer. C'est pour ça qu'il y a à peu près cinquante groupes sur la ville.
(Musique)
Christian Dargelos
C'était à l'Arlequin, oui ça fait longtemps, oui. Non, enfin, il ne faut pas exagérer, disons que, dans les quelques endroits à peu près branchés de la ville, c'est tout.
Emmanuel Yvon
Parce qu'il y a quand même tout un look, toute une vision autour du rock que vous entretenez, vous, entre autres ?
Christian Dargelos
Oui, c'est un peu une attitude, oui. C'est tellement fermé quand même, il ne se passe pas grand chose, on est obligé d'entretenir ça, pour avoir le moral, pour continuer puisque c'est assez dur quand même.
Emmanuel Yvon
C'est-à-dire que la frime est nécessaire pour survivre ?
Christian Dargelos
Une certaine frime, oui.
(Musique)
Emmanuel Yvon
Complot Bronswick, on commence à vous voir un petit peu partout sur les affiches à Rennes, est-ce le résultat d'un long travail à Rennes, depuis combien de temps êtes-vous ici ?
Yves-André Lefeuvre
Bon, on est à Rennes depuis un an et demi à peu près maintenant.
Emmanuel Yvon
Et pourquoi avoir choisi Rennes, est-ce que c'est un choix particulier parce que c'est Rennes ?
Yves-André Lefeuvre
Je crois que c'est le fruit du hasard en fait, on s'est retrouvé à Rennes, ou bien pour des raisons professionnelles ou bien pour des raisons... certains sont étudiants dans le groupe.
Emmanuel Yvon
Est-ce qu'à travers votre musique vous voulez briser certaines structures sociales ?
Yves-André Lefeuvre
Eh bien, pff, non, je ne pense pas qu'on ait cette prétention quand même, je pense que, ce problème enfin, je pense qu'on a surtout envie de briser les barrières entre artistes, enfin formes d'art et tout ça.
Emmanuel Yvon
Abattre les barrières de la communication, c'est aussi une des conséquences du mouvement rock. Depuis la libération des radios locales, le rock s'est engouffré dans le créneau et occupe l'antenne du matin jusqu'au soir. Plus encore, il provoque à Rennes la création de magazines complètement différents, Tam-Tam et Migrennes, le journal des stars du rock rennais.
Hervé Pouliquen
Au départ il fallait donner une image de gens un peu connus, donc on s'est servi des vedettes, si on peut dire, rennaises, qui avaient déjà un impact plus ou moins national et déjà bien implantés sur Rennes.
Emmanuel Yvon
Est-ce que le rock a eu une influence directe sur Migrennes?
Jacques Ars
Euh, le rock... si l'éthique rock a eu quand même une influence.
Emmanuel Yvon
Qu'est-ce que c'est l'éthique rock ?
Jacques Ars
Eh bien, quelque chose de sobre, de dur, de violent, masculin.
Emmanuel Yvon
Le rock, institution à Rennes c'est une réalité cette année ?
Hervé Bordier
Je ne crois pas que ça soit une institution, c'est comme les Transmusicales, ce n'est ni un festival ni un tremplin. On s'en défend parce que je ne crois pas que ça aura cette fonction là dans la mesure où on y présente que des gens totalement inconnus, donc ça ne sera pas, enfin je ne l'espère jamais, une institution.
Emmanuel Yvon
Mais le mouvement devient de moins en moins marginal ?
Hervé Bordier
Je crois qu'il reste marginal. Quelque part, il est marginal.
(Musique)