Papierthéâtre, La Confession d'Abraham

26 juillet 2002
02m 18s
Réf. 00841

Notice

Résumé :

La Confession d'Abraham de Mohamed Kacimi est jouée au festival d'Avignon 2002 par la compagnie champenoise Papierthéâtre. L'ancienne technique du théâtre de papier est rehaussée d'une parole contemporaine et des couleurs vives de l'Orient.

Date de diffusion :
26 juillet 2002
Source :
FR3 (Collection: JT soir Reims )
Fiche CNT :
Fiche PAM :

Éclairage

Alain Lecucq (né en 1945) a fait renaître la technique du théâtre de papier en France à travers ses spectacles, son travail de formateur et ses expositions. Après avoir fondé en France, en 1976, la compagnie de théâtre d'ombre, La Citrouille, il crée la compagnie Papierthéâtre en 1992 pour affirmer son travail de renouvellement d'une forme inventée en Angleterre au XIXe siècle et qu'il a découverte lors d'un séjour à Londres dans les années 70. Ce qui était à l'origine une miniaturisation du théâtre à l'italienne, avec ses codes précis – petite scène de carton délimitée par des découvertes et un fronton, manipulation essentiellement cachée, figurines montées sur tiges métalliques – et son répertoire (adapté de contes, romans ou pièces à succès), est largement transformé par sa posture inventive : monter des textes contemporains dans un dispositif toujours intimiste mais à la scénographie éclatée ou résolument moderne. Il y eut Empires Collages de Michel Deutsch en 1995, Elvira de Baptiste-Marrey en 1997, puis La Confession d'Abraham de Mohamed Kacimi en 2002 qui marque un tournant dans l'innovation du dispositif. Dans cette mise en scène d'Alain Lecucq et Annie Bizeau, les changements d'échelle (figurines de papier d'une quinzaine de centimètres, corps de l'acteur-manipulateur, scénographies démultipliées) rendent manifeste l'emboîtement propre au texte : une parole biblique enserrée dans l'imaginaire collectif d'un Moyen-Orient éternel et dans les conflits contemporains réels dont ce territoire est l'enjeu. Lorsque la figurine d'Abraham en deux dimensions échappe à l'espace restreint du théâtre de papier où se « rejoue » le sacrifice de son enfant dans la première scène – telle l'empreinte perpétuellement ravivée d'un acte primordial – pour changer soudainement de dimension et s'incarner dans le corps d'Alain Lecucq, acteur non maquillé, la perspective du spectateur en est modifiée, elle aussi, et entrevoit une piste de questionnements : la vie d'Abraham n'est-elle pas un raccourci de celle de l'humanité ? Combien de leurs fils les hommes ont-ils offerts en holocauste aux grandes utopies ?

L'exploration théâtrale du potentiel du théâtre en papier se poursuit avec Les Possibilités de l'anglais Howard Barker en 2003, mais la rencontre de Matéi Visniec au Centre National des Écritures du Spectacle fait naître une véritable complicité entre l'auteur d'origine roumaine et la compagnie, donnant tour à tour Théâtre décomposé en 2000, L comme oiseau en 2004, et Mansarde à Paris en 2011.

En 2007, le Théâtre de marionnettes de Bialystok, en Pologne, demande à Alain Lecucq de mettre en scène, Valérie, d'après le surréaliste tchèque Vítězslav Nezval. Le spectacle reçoit de nombreux prix dans les festivals d'Europe de l'Est.

Papierthéâtre organise tous les deux ans, depuis 1998, des Rencontres internationales de théâtre de papier particulièrement suivies et répond à une demande importante de formation un peu partout dans le monde pour les professionnels comme pour les amateurs. Son goût pour le théâtre de papier a essaimé dans bien des compagnies.

Evelyne Lecucq

Transcription

Présentateur
Allez, partons en Avignon pour notre rendez-vous quotidien avec les troupes théâtrales régionales présentes sur place. Aujourd’hui, Nicole Fachet, Bruno Courtaux ont décidé de vous présenter la compagnie troyenne Papierthéâtre, une forme d’expression peu présente sur les planches et pour cause, ses comédiens sont en papier.
Journaliste
Rencontre entre un texte de Mohamed Kacimi, récit du parcours d’Abraham et de Sarah à travers les grandes religions de l’humanité et un genre théâtral remis au goût du jour par Alain Lecucq, le théâtre de papier.
(Bruit)
Alain Lecucq
On voit les modifications, on voit les modifications se faire au cours des jours, c’est à dire que les premiers jours, je pense que les spectateurs sont venus sur la pièce elle-même, sur la réputation de Mohamed Kacimi, sur sa pièce. Puis, le bouche-à-oreille se fait sur le fait qu’il y avait aussi quelque chose de différent, d’intéressant. Et maintenant, les gens viennent voir le spectacle.
Journaliste
Théâtre et marionnettes, acteur et manipulateur de figurines, Alain Lecucq est seul sur scène.
Alain Lecucq
Il faut un moment de concentration avant le spectacle, ça c’est très important. Un moment où on revoit le texte défiler. Parfois c’est bien, parfois c’est pas bien. Parfois ça, parce que ça fait peur parce qu’on commence à réciter le texte comme ça tout seul dans sa loge, et puis qu’il manque un mot, on est paniqué et on reprend le texte en vitesse. Mais cela, bon, c’est un peu le, c’est le travail de n’importe quelle personne sur scène, hein !
(Bruit)
Alain Lecucq
Par un grand matin, je me suis levé de bonne heure, j’ai sellé mon âne, j’ai fendu le bois et je me suis mis en route vers la montagne de Morija que le Seigneur m’avait indiquée. Sur le chemin, mon fils n’arrêtait pas de poser la question. Papa, il est où l’agneau pour le l’holocauste ? A chaque fois, je lui répondais, c’est Dieu qui le fournira.
Journaliste
L’auteur a lui aussi fait le déplacement à Avignon, échange avec le public.
Mohamed Kacimi
Ce personnage de Sarah qui est là, qui est le contrepoint, un peu la lucidité incarnée, qui est là, qui regarde avec beaucoup de distance les choses et qui est un peu le subconscient d’Abraham.
Alain Lecucq
Un jour, je m’en souviens très bien, c’était le deuxième mois de la troisième année, Sarah s’était endormie. Mon bol [inaudible] était chaud, le soleil se couchait sur l’Euphrate.