Après les pins, deux nouvelles vocations pour les Landes

31 juillet 1968
03m 19s
Réf. 00722

Notice

Résumé :

L'industrie des Landes, jusqu'alors marquée par la culture de la résine des pins et par le pétrole, faisait partie des régions les plus pauvres de France. Un réaménagement du territoire s'est alors mis en place, en prenant en compte deux grands volets: - L'industrie du loisir ( par ses 150 km de plages, la région a pu ouvrir des stations balnéaires et créer des campings dans de vastes bois de pins) - l'exploitation du ciel (avec la mise en place d'un centre d'essai de missiles et d'expérimentation d'armes. Reportage en commentaire off sur toutes les spécificités des Landes, avec des images de la région vue du ciel.

Type de média :
Date de diffusion :
31 juillet 1968
Source :

Éclairage

Le commentaire un brin compassé quoique légèrement ironique de ces "Actualités françaises" de 1968 évoque les bienfaits de la politique d'aménagement du territoire pour la côte landaise. Au cœur de la période qu'on n'appelle pas encore "Trente Glorieuses" (1) mais qu'on croit promise à un avenir infini, la politique étatique veut apporter sinon le progrès, du moins ses bienfaits. Parmi les projets de la DATAR (2), la côte landaise – partie méridionale de la "Côte aquitaine" (3) – est assez largement concernée dans le cadre de la Mission interministérielle d'aménagement de la côte Aquitaine ou MIACA, créée en 1967, avec à sa tête Philippe Saint-Marc (1967-1970), puis Émile Biasini (1970-1985).

En ces temps de croissance, de quasi plein emploi et de naissance de la société de consommation, les congés payés et la civilisation des loisirs concernent un nombre grandissant de Français et de leurs voisins européens. Tout autant que la côte méditerranéenne, les rivages atlantiques attirent. Avec leurs plages immenses, les vastes étangs (4) à l'arrière du cordon dunaire et les espaces forestiers, le Pays de Born (au nord, de Biscarrosse à Contis), le Marensin (de Lit-et-Mixe à Vieux-Boucau), le Maremne (Seignosse, Soorts-Hossegor, Capbreton, Labenne) et le Seignanx (Ondres, Tarnos) représentent un considérable potentiel touristique. Les hauts fonctionnaires chargés de cet aménagement désirent capter une partie des flux touristiques attirés par la mer et le soleil (notamment vers l'Espagne qui s'ouvre alors au tourisme de masse), changer l'image et préserver certains caractères "naturels".

Nourris des principes déjà retenus par la MIACLR (Mission interministérielle d'aménagement de la côte du Languedoc-Roussillon ou "mission Racine" initiée en 1963), les projets aquitains consistent à augmenter, en plusieurs "unités d'aménagement", la capacité d'accueil des stations balnéaires (hébergements en dur, terrains de camping, bases de loisirs à caractère social) tout en préservant de la spéculation immobilière – en principe et dans un souci "environnementaliste" – de larges fragments de côte, de dunes et de forêts.

Parmi les opérations majeures ainsi démarrées en cette fin des années 1960, le reportage met en relief l'aménagement du secteur littoral du Penon à Seignosse, station inexistante auparavant. Il insiste effectivement sur le côté « nature » qui attire aussi les adeptes du camping, sur les faibles densités et sur l'impression de liberté qui se dégage de ces lieux jusque là méconnus. On bâtit certes, on "équipe" comme disent les aménageurs, mais le tourisme semble demeurer bon enfant et populaire. Le temps des aménagements plus lourds et du développement des golfs n'est pas encore tout à fait arrivé.

Néanmoins le commentateur semble bien enterrer la vieille fonction économique de la forêt des Landes de Gascogne, du moins dans son aspect production de résine (matière première pour la fabrication de l'essence de "térébenthine de Bordeaux" ou de la colophane), fortement concurrencée par les produits pétroliers.

Paradoxalement, un large pan du littoral gascon demeure à l'écart des installations touristiques grâce aux aménagements militaires. C'est le cas du segment Biscarrosse-Mimizan. Le Centre d'Essais des Landes y voit le jour en 1962. Ce vaste domaine militaire englobe aussi des portions territoriales des communes de Gastes et de Sainte-Eulalie. À partir du camp de Naouas, déjà édifié pour les artilleurs au milieu des dunes durant la Première Guerre mondiale, il permet de disposer d'un polygone de tir suffisamment vaste remplaçant celui d'Hammaguir au Sahara que la France doit évacuer en application des accords d'Évian accordant l'indépendance à l'Algérie. Ce vaste quadrilatère, orienté vers le grand large de l'Atlantique, permet des essais pour les divers missiles alors en plein développement dans les nouveaux systèmes d'armes équipant sous-marins, bâtiments de surface ou batteries des artilleurs, lesquels d'ailleurs y continuent aussi leurs écoles à feu. Employant jusqu'à 2 600 personnes, militaires et personnels civils, au maximum de son déploiement (années 1970), le CEL (5) transforme profondément mentalités et vie économique du Pays de Born qui devient désormais plus tertiaire, cependant que le tourisme et les loisirs se développent.

(1) Période de forte croissance économique entre 1945 et 1973 pour la grande majorité des pays développés de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L'expression a été créée en 1979 par l'économiste Jean Fourastié (1907-1990) en rappel des Trois Glorieuses, journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830 qui chassèrent Charles X.

(2) La Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale ou DATAR, directement sous l'autorité du Premier Ministre, est créée en 1963.

(3) L'expression se substitue d'ailleurs à partir de 1967 à la vieille appellation touristique de "Côte d'Argent" apparue en 1905. Voir : Fénié (Jean-Jacques), L'invention de la Côte d'Argent, éditions Confluences, 2005.

(4) Voir : Fénié (Jean-Jacques), Taillentou (Jean-Jacques), Lacs, marais et courants de la Côte aquitaine, Au temps des galups et des vaches marines, éditions Confluences, 2006.

(5) Le Centre d'essais des Landes ou CEL fusionne plus tard, en 2003, avec le Centre d'Essais de la Méditerranée ou CEM, installé à Hyères. Il devient le Centre d'Essais de Lancement de Missiles puis change encore d'appellation en 2009 : DGA Essais de missiles ou "DGA EM", organisme qui dépend du Ministère de la Défense à travers la direction technique de la Direction générale de l'armement (DGA).

Jean-Jacques Fénié

Transcription

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Journaliste
Les Landes, la région la plus déshéritée de l’ancienne France. Les pins, plantés au siècle dernier sur 1500000 hectares, lui donnèrent ses premières richesses, le bois, mais le bois des mines, aujourd’hui, n’est plus guère employé, et la résine, autrement dit l’essence de térébenthine, mais l’essence de térébenthine, à part les peintres, qui s’en sert ?
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Journaliste
En 1954, il y eut le pétrole jailli à Parentis. C’était plus sûr que l’essence de térébenthine, mais sans doute insuffisant pour transformer une vaste région, alors, quoi ?
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Journaliste
Il restait en vérité d’autres richesses naturelles à exploiter qui se vendent bien de nos jours, 150 km de côtes sablonneuses en particulier. La station de Seignosse le Penon, avec sa piscine, à l’abri des dunes, qui relaie la mer aux jours de grand vent, c’est, pour les Landes, le début d’une industrie pleine d’avenir, l’industrie des loisirs.
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Journaliste
Dans cette perspective, la longue façade sur l’océan n’est pas le seul atout des Landes. La vaste forêt en est un autre, et pour leur part, les campeurs ont déjà annexé l’ombre des pins.
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Journaliste
On s’entasse à Saint-Tropez et à Benidorm, dans les Landes, ce n’est pas la place qui manque. De grands espaces sont libres, ils ne sont déjà plus tout à fait vides.
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Journaliste
Dans les Landes, le ciel aussi était à exploiter. Un bâtiment moderne domine aujourd’hui la région de Biscarosse, c’est le poste central du centre d’essai français de missiles. Devenu opérationnel au printemps, il emploiera bientôt un millier de techniciens. Destiné à l’expérimentation des engins balistiques, ce centre, qui dépend de la Délégation Ministérielle pour l’Armement, est également ouvert aux organismes scientifiques, le Centre National d’Etudes Spatiales notamment.
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Journaliste
Complètement déserte en 1962, la bande côtière est maintenant hérissée de radars et d’antennes qui équipent les diverses stations dispersées sur 13000 hectares et qui viennent de permettre le lancement réussi d’une fusée Dragon 3.
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Journaliste
L’envol des fusées va désormais souligner de centenaire la transformation d’une région jadis considérée comme l’une des plus pauvres et des plus oubliées de France.
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