Le patrimoine grenoblois et le musée dauphinois

29 novembre 1997
07m 45s
Réf. 01020

Notice

Résumé :

Jean Guibal évoque le patrimoine grenoblois et l'importance d'y sensibiliser la population grenobloise. Il présente le musée dauphinois qui est l'un des hauts lieux de ce patrimoine.

Type de média :
Date de diffusion :
29 novembre 1997
Source :
FR3 (Collection: Pousse café )
Personnalité(s) :

Éclairage

Installé sur les pentes de la Bastille depuis 1968, dans les bâtiments du Couvent Sainte-Marie d'en Haut, le musée dauphinois a été fondé en 1906 par Hyppolite Müller, bibliothécaire à l'Ecole de Médecine de l'université de Grenoble. Passionné par la préhistoire, celui-ci commence à accumuler les restes de ce lointain passé dans un local de la vieille ville (Saint Marie d'en bas). Il pressent l'importance de collecter les objets produits par une société en profonde mutation, véritables traces pour relier les futurs habitants d'un territoire à ceux qui les ont précédés dans le but de leur permettre de comprendre les manières de vivre, de penser, de se comporter. Fondé dans l'esprit de l'anthropologie naissante, le musée se veut d'emblée un outil d'analyse et de compréhension des sociétés passées qui utilisent leurs traces (objets, paroles, images) : une tradition qui se poursuit avec tous les conservateurs successifs. A la fin des années 1960, arrive une nouvelle équipe qui participe à la rénovation du musée. La dimension de collecte se double d'une vraie politique de mise à disposition de ces dernières pour le public. Le conservateur Jean-Pierre Laurent, filmé ici dans les réserves, explique sa position en matière de muséographie : permettre à un public aussi bien averti que peu au fait des sujets présentés de comprendre le récit sur les sociétés et les territoires. Ce discours muséographique adapté, scénarisé et théâtralisé, illustré par quelques gros plans, participe de la transformation de l'institution pour en faire un lieu où l'on prend du plaisir, un lieu où l'on apprend autant par la réflexion qu'en faisant appel à l'émotion et à la mobilisation de ses différents sens. En prenant l'exemple du cheval en bois, un jouet traditionnel du Queyras, Jean-Pierre Laurent montre toute la difficulté de faire comprendre à un public qui vit de manière très différente ce que pouvait être son usage. Il en va de même des autres formes de patrimoine, matériel comme immatériel. A partir des données scientifiques accumulées et construites progressivement au fil des ans, le récit muséographique recourt à l'imagination comme à la fiction pour rendre intelligible des données peu évidentes. Toutes les expositions temporaires abordent alternativement les aspects du patrimoine et toutes les composantes des sociétés ayant vécu ou vivant sur le territoire du Musée. En parallèle ce dernier continue à enrichir ses collections par des collectes sur le terrain : objets, photos, témoignages oraux. Le Musée est pionnier dans l'usage des témoignages oraux pour les expositions comme pour la recherche. Par sa politique scientifique et par sa muséographie originales et innovantes, puis par sa politique de valorisation, le Musée dauphinois, qui s'intitule Musée régional de l'homme, devient et demeure un des grands musées d'ethnographie français, nouant des partenariats et des collaborations avec les autres musées d'ethnographie européens ou américains. En 1991, l'équipe en place depuis les années 1980, participe sous la direction de Jean Guibal - directeur depuis 1985, d'une nouvelle évolution. Devenu musée départemental, le musée dauphinois est au coeur d'un dispositif pilote dans le domaine du patrimoine et dans celui de la décentralisation culturelle ; c'est la création d'une structure nommée la Conservation du Patrimoine de l'Isère (CPI). A la veille de l'inauguration d'une nouvelle exposition sur un patrimoine prestigieux, les collections de l'ébéniste Hache, Jean Guibal est interrogé sur les missions de cette nouvelle structure. Entouré de quelques collaborateurs, avec en arrière plan quelques exemplaires du mobilier Hache, il aborde les différents chantiers qui ressortent de sa compétence. Pendant qu'il les évoque, des images filmées en différées illustrent certains sujets : le patrimoine urbain et fortifié, des expositions en place dans le musée (la grande aventure du ski, la mémoire des Arméniens de l'Isère, les maîtres de l'acier...) , sans oublier de longs zooms sur le bâtiment même du musée, notamment la chapelle et son décor baroque dont quelques motifs sont mis en exergue : autant de vues qui permettent de présenter à la fois les objets que la muséographie à l'œuvre. Celui-ci est dorénavant au centre d'une nébuleuse de musées associés répartis sur le territoire isérois, sans parler de toutes les expertises sur le patrimoine historique, archéologique et ethnographique dont la CPI est devenu la référence. En 2006 le musée a fêté son centenaire en présentant une grande exposition et organisant une série de manifestations, de conférences et de publications : des activités classiques de cet établissement très entreprenant, qui voit dans le territoire et le patrimoine isérois un moyen d'aborder des sujets sociétaux généraux.

Pour aller plus loin :

- Voir le site du Musée dauphinois.

Anne-Marie Granet-Abisset

Transcription

Journaliste
Alors Jean Guibal, bonjour.
Jean Guibal
Bonjour.
Journaliste
Vous êtes responsable du patrimoine de l’Isère, vous êtes conservateur de ce musée Dauphinois, mais avant de parler de cet établissement, j’aimerais que vous nous présentiez cette ville de Grenoble parce que vous dites que les Grenoblois ne connaissent pas bien leur patrimoine.
Jean Guibal
C’est vrai que Grenoble est très connue comme une ville qui a été capitale des Alpes pendant la durée des jeux olympiques, c’est vrai aussi qu’elle est connue par un rayonnement scientifique, intellectuel et qu’elle est pas connue pour son patrimoine. Et que les, les Grenoblois petit à petit ont adopté cette image et se disent bon, Grenoble a beaucoup d’intérêts mais pas du coté de son histoire. Et nous, nous avons voulu montrer que c’était pas vrai du tout, que certes Grenoble n’était pas Florence mais que néanmoins il y avait beaucoup de belles choses et que si on savait regarder dans les rues, si on savait regarder au détour de, d’un coin de rue, on pourrait découvrir un certain nombre de bâtiments tout a fait intéressants. Donc Grenoble est aussi une ville de patrimoine.
Journaliste
Alors patrimoine naturel et puis et bien patrimoine architectural. En haut, on a vu quelques fortifications et puis plus bas il y a des, des monuments qui, qui valent le détour et quelques minutes, voire quelques heures d’attention. Alors par exemple cette porte elle se trouve où et c’est quoi, Jean Guibal.
Jean Guibal
C’est la porte de France si j’ai bien vu. Mais donc c’est l’entrée de Grenoble, c’est à dire que c’est une des rares villess où on arrive en autoroute presque à l’intérieur de la cité et juste au, à l’accès à la ville on se trouve avec cette porte assez belle, qui a été construite par Lesdiguières qui aujourd’hui, paraît un petit peu désaxée parce que l’autoroute et puis les dificultés de la circulation et l’agrandissement du pont la rendent un petit peu posée sur cette espace. Mais qui pendant longtemps a été insérée dans la muraille et qui constituait une porte à franchir évidement pour chacun, pour tous ceux qui venaient à visiter la ville.
Journaliste
Alors vous, Jean Guibal en tant que conservateur de musée vous dites travailler sur un territoire. Vous nous expliquez un petit peu ce que vous nous entendez par là.
Jean Guibal
Je crois que, je crois qu’aujourd’hui, le patrimoine n’est plus simplement dans les collections de musées, dans les réserves de musées ou dans les expositions. Le patrimoine il est partout, il est sur les sites, il est sur le territoire et c’est vrai que comme service du Conseil Général de l’Isère qu'est le musée Dauphinois, nous avons une mission sur l’ensemble du territoire de ce département. Cette mission se traduit sous diverses formes. D’abord à l’ animation du patrimoine, c’est à dire en animant les musées, une quinzaine désormais qui sont repartis sur ce territoire mais aussi un instrument de l’emission de recherche, de conservation, de mise en valeur de ce patrimoine et aussi des conseils auprès des populations. Qu’il s’agisse des maires donc qu’il s’agisse d’associations, voire de particuliers, qui nous réclament un avis, qui pour une fissure dans la voûte de son église, qui pour une fenêtre de son château. Et cette mission, nous l’exerçons comme un complément du travail que nous faisons au musée Dauphinois. Le musée Dauphinois n’est finalement que l’outil urbain, l’outil avec lequel nous touchons le plus large publique, du moins nous l’espérons pour rendre compte d’un patrimoine qui est autant, je le répète dans nos réserves, que sur le territoire avec lequel nous travaillons.
Journaliste
Donc patrimoine et territoire c’est une dualité indispensable, pour vous.
Jean Guibal
A mon avis, aujourd’hui quand on travaille sur le patrimoine régional, on ne peut plus se limiter aux seules collections des musées.
Journaliste
On le visite ce musée Dauphinois ?
Jean Guibal
Volontiers.
Journaliste
C'était un aperçu parce que bon ben l’intérêt c’est que les téléspectateurs de Pousse-café viennent vraiment sur, sur ce lieu. Alors il est installé dans quel bâtiment.
Jean Guibal
Alors là vous en voyez la maquette, c’est un bâtiment assez exceptionnel puisqu'il domine par sa situation la ville de Grenoble. Il est sur les premières pentes du massif de Chartreuse qui domine Grenoble, et il est constitué par les bâtiments d’un ancien couvent né au tout début du XVIIème siècle pour abriter les visitandines. Créé donc par Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal au tout début de ce siècle de la contre-réforme. Donc il est enfin, le bâtiment me paraît intéressant à plus d’un titre mais surtout sans doute à cause de sa sévérité. Il est d’un aspect architectural assez sévère, alors qu’il contient une chapelle que nous avons évidement gardé en état. Une chapelle avec un retable doré, avec des trompe-l’œil magnifiques et tout, tout, tout le déploiement de l’art baroque dans ce cadre dont je rappelle qu’il présente des caractères assez sévères. Et le musée est installé là depuis les jeux olympiques de Grenoble comme tout ce qui s’est passé à Grenoble, depuis ce 2 février 1968 ou André Malraux l’inaugurait dans ces locaux entièrement rénovés évidemment pour l’occasion. Quand au musée proprement dit, c’est un musée de patrimoine régionale c’est-à-dire archéologie, histoire, ethnographie de notre domaine et principalement des Alpes, des Alpes françaises.
Journaliste
Alors la chapelle, on va le dire aux téléspectateurs, elle se nomme La Chapelle Sainte Marie et donc elle est là dans ce musée, et puis donc il y a d’autres salles en haut là, c’est la grande histoire du ski.
Jean Guibal
Ça, ça fait partie des expositions permanentes du musée. Nous en avons deux. Une qui s’appelle Jean Delahaut et qui présente la culture traditionnelle des, des, des, des habitants des Alpes, des paysans des Alpes on dira, et puis au dessus à l’étage supérieur, la grande histoire du ski qui raconte à partir d’une collection exceptionnelle qui nous a été donnée par la société de ski Rossignol, autant le dire, qui raconte la grande histoire du ski c’est-à-dire depuis les premiers pas des hommes, Il s’agissait des Lapons, en Norvège, il y a quatre ou cinq mille ans sur des bouts de bois pour avancer, jusqu’à l’explosion que nous connaissons aujourd’hui, et nous avons plaisir à raconter cette histoire parce que les Grenoblois qui sont passionnés par les sports de glisse ne savent peut-être pas que, il y a à peine un siècle que l’on ski dans nos Alpes Françaises et qu’auparavant, on n’y connaissait pas du tout ce type de déplacement sur la neige.
Journaliste
Alors ce qui est intéressant dans ce musée, c’est qu’il y en a, on va le dire, pour tous les goûts et presque toutes les cultures avec différentes approches parce que donc on quitte la grande histoire du ski et on arrive à une exposition d’Isère et d’Arménie. C’est la vie des arméniens en Isère qui est évoquée là.
Jean Guibal
Oui mais c'est une tradition en musée Dauphinois, qui a déjà quelques années que de ne pas considérer que la culture dauphinoise se limite à la seule histoire de cette région. Mais qu’elle est riche et que l’identité dauphinoise est aujourd’hui riche de tous ceux qui sont venus la compléter. Donc nous avons travaillé évidemment d’abord avec la communauté italienne, qui est la plus importante et de loin, et c’était une première expo qui s’appelait Corato Grenoble, du nom de la ville du sud de l’Italie dont viennent la plupart des habitants d’origine italienne. Et puis, nous avons fait les Grecs de Grenoble, et en ce moment donc D’Isère et d’Arménie raconte à la fois la culture dont ils viennent, le terrible génocide dont ils ont été victimes et qui les a poussés à s’exiler et puis leur insertion et leur, et leur culture je dirais aujourd’hui dans la communauté dauphinoise. Et dans deux ans ce sera, ce seront les Maghrébins sûrement et cetera. Nous continuerons ainsi cette exploration des diverses facettes d’une identité dauphinoise contemporaine.
Journaliste
Et puis encore un autre sujet dans une autre salle, c’est l’exposition sur, sur l’acier.
Jean Guibal
Oui, parce que le patrimoine industriel aujourd’hui a rang de cité complètement autant que les églises romanes, nos usines intéressent nos contemporains. Et donc en ce moment effectivement il y a une grande fresque qui s’appelle Les maîtres de l’acier et qui raconte l’histoire du fer et de l’acier dans les Alpes mais à travers toute l’histoire. C’est-à-dire depuis les Celtes, ces premiers hommes qui nous ont amené ce métal et surtout les méthodes pour le travailler et jusqu’aux aciers spéciaux qui sont faits aujourd’hui à Ugine ou Allevard, dans les vallées alpines puisque cette sidérurgie est très ancienne et surtout très, très riche et encore très vivante aujourd’hui. La sidérurgie alpine va très bien.