L'Arsenal de Rennes

27 octobre 1972
06m 24s
Réf. 00384

Notice

Résumé :

L'ARS, Atelier de construction de Rennes, appartient au groupement industriel des armements terrestres. Il s'est spécialisé dans la déformation à froid, plus particulièrement la production de douilles d'artillerie. Il fournit l'armée et le civil.

Date de diffusion :
27 octobre 1972
Source :

Éclairage

Les arsenaux français - établissements qui ont pour vocation de construire, d'entretenir, de réparer et de conserver les navires de guerre ainsi que leurs armes et munitions - s'inscrivent dans une longue histoire de la construction navale et maritime dont les débuts remontent aux XVIe et XVIIe siècles.

Dès l'origine, la Bretagne tient une place particulière dans la production des armes et du matériel destinés à la marine. Brest et Lorient font partie des premiers arsenaux mis en service aux XVIIe et XVIIIe siècles. Progressivement, des arsenaux vont également être construits en dehors de sites portuaires et servir à la production et au stockage d'armes et de munitions pour l'ensemble de l'armée et pas seulement pour la marine. L'ARS de Rennes fait partie de ces nouveaux sites. Créé en 1793, cet arsenal de construction et de dépôt est destiné à l'approvisionnement des places et batteries de côte. Deux cents ans plus tard, en 1972, date de diffusion de ce reportage, l'atelier de construction de Rennes est un grand complexe de vingt-quatre hectares. Parcouru par trois kilomètres de route et deux kilomètres de voies ferrées, il emploie près de cinq cents personnes (civils et militaires).

L'évolution et le fonctionnement de l'arsenal rennais et des autres arsenaux bretons sont liés à l'évolution des relations internationales. Dans les années 1850, ils bénéficient du lancement du premier cuirassé à vapeur pour accroître leur activité et ils participent à la construction de la nouvelle flotte de combat française. Après une période de modernisation au cours du XIXe siècle - permettant la construction de navires et d'armes toujours plus performants - les ateliers bretons affirment leur rôle dans la production d'armement de la France. Ils sont à l'origine d'un dynamisme économique important pour l'ensemble de la région bretonne. Au début du XXe siècle, près de 10 000 bretons, dont 2 000 à Rennes, travaillent dans des industries liées à la défense nationale.

L'atelier de construction de Rennes s'est progressivement spécialisé dans la déformation à froid et dans la production de douilles, ce qui nécessite, comme le montre ce reportage, de nombreuses opérations et un savoir-faire particulier. Au cours des années 1970, l'ARS de Rennes est de plus en plus concurrencé par les autres arsenaux français. La destruction en 1974 de la grande cheminée de l'atelier de construction rennais marque la fin de la production d'armement dans la capitale bretonne. Les arsenaux de Brest et de Lorient sont, eux aussi, gravement touchés par la crise dans les années 1990. Celui de Lorient ferme ses portes en 1997 tandis que celui de Brest fait partie des six arsenaux français encore en fonctionnement, avec Cherbourg, Toulon, Saint-Tropez, Indret et Ruelle.

Jennifer Gassine

Transcription

(Bruits)
Journaliste
L'ARS, autrement dit l'atelier de construction de Rennes, plus connu des Rennais sous le nom d'Arsenal, est un complexe industriel important dont l'origine remonte à 1790. Ce complexe groupe aujourd'hui environ 500 personnes et occupe 24 hectares de surface industrielle. La présence de vastes espaces verts en fait une unité très aérée desservie par trois kilomètres de route et deux kilomètres de voie ferrée.
(Bruits)
Journaliste
Devenu l'un des 11 établissements du groupement industriel des armements terrestres, l'Arsenal de Rennes, comme nous le précise son directeur Monsieur Leparmentier, a été amené il y a quelques années à changer de nom.
Monsieur Leparmentier
Arsenal c'est le nom que, le nom traditionnel mais l'établissement est en réalité l'atelier de construction de Rennes.
Journaliste
L'Arsenal, c'est l'histoire ?
Monsieur Leparmentier
L'Arsenal c'est l'histoire, le titre officiel c'est l'autre.
Journaliste
Alors précisément il y a eu une évolution dans l'administration de cet Arsenal ou plutôt de cet atelier de construction ?
Monsieur Leparmentier
Exact, la notion d'arsenal est une notion tout à fait militaire, et nous avons bien évolué car nous sommes effectivement des militaires mais nous sommes surtout des industriels et nous cherchons à produire au meilleur prix, au profit des armées. Nous sommes des fournisseurs.
Journaliste
Avec un encadrement militaire mais des civils tout de même ?
Monsieur Leparmentier
Il y a une dizaine d'officiers, d'ingénieurs de l'armement, et tout le reste des autres personnels sont des civils, ouvriers, techniciens, etc.
Journaliste
Et quelle est la fabrication, disons, essentielle de cet atelier ?
Monsieur Leparmentier
Eh bien, le principal c'est la déformation à froid. Chaque établissement a sa vocation, la nôtre, c'est la déformation à froid. Et en particulier notre produit actuel, ce sont les douilles.
(Bruits)
Journaliste
Ce sont 300 000 douilles d'artillerie qui sortent annuellement de l'atelier de construction de Rennes. Cet atelier représente dans le domaine de la déformation à froid l'un des ensembles les plus performants d'Europe. Il comporte toute une batterie de presses de 200 à 2000 tonnes.
(Bruits)
Journaliste
C'est, comme nous le voyons, par une succession d'étirages ou de filages, que le métal, acier ou laiton, prend progressivement sa forme définitive. Ce travail nécessite une connaissance approfondie de la métallurgie ainsi qu'une longue pratique. Dix ingénieurs, 50 techniciens, et 125 ouvriers hautement qualifiés animent ce vaste ensemble.
(Bruits)
Journaliste
Les étirages à la presse sont précédés ou suivis de divers traitements, ayant pour but de donner au métal la malléabilité nécessaire et de recouvrir sa surface de produits destinés à faciliter sa déformation.
(Bruits)
Journaliste
Après déformation, les produits sont amenés à la dureté désirée, par passage dans des unités de trempe. Et pour cela, l'atelier de construction de Rennes dispose ici d'installations permettant d'exécuter en grande série des traitements les plus variés. Un atelier de protection des surfaces assure par ailleurs les opérations de zingage électrolytique, vernissage et laquage, destinées à donner aux produits une résistance remarquable à la corrosion.
(Bruits)
Journaliste
Mais quelle est la destination du produit fini, c'est-à-dire des douilles ? Monsieur Gendron, ingénieur en chef des travaux d'armements, répond.
(Bruits)
Monsieur Gendron
Nous fabriquons ici les douilles de 90, de 100 et de 105 qui sont destinées...
Journaliste
Vers quels engins ?
Monsieur Gendron
Les 90 aux chars MX 13, la douille de 100, c'est une douille de marine pour les canons de 100, et la douille de 105, pour les chars MX 30.
Journaliste
Quel peut être l'avenir, précisément de ces ateliers de Rennes ?
Monsieur Leparmentier
Ma foi, pour l'instant, nous faisons des douilles, si un jour il faut faire autre chose, nous ferons autre chose. Toujours dans le même domaine de la déformation à froid probablement.
(Bruits)
Journaliste
Les commandes reçues par l'atelier de construction de Rennes sont donc essentiellement et par vocation des commandes d'armement au profit des trois armées.
(Bruits)
Journaliste
Un appoint de commande civile permet en outre d'assurer le plein emploi ; des moyens indispensables à la rentabilité. Quant à l'exportation, Monsieur Leparmentier nous dit son importance.
(Bruits)
Monsieur Leparmentier
Nous exportons pas mal, surtout par personne interposée car quand on fait des morceaux matériels, c'est celui qui fait l'ensemble qui est le véritable exportateur. Mais nous travaillons en fait beaucoup pour l'exportation sans savoir toujours à qui on exporte.
Journaliste
L'ARS constitue pour la région de Bretagne et pour Rennes en particulier un élément industriel loin d'être négligeable. S'il emploie 500 personnes, il assure également l'existence de nombreux sous-traitants locaux. Enfin, par le jeu des commandes civiles, il met à la portée des industries régionales des moyens importants.