Parcours thématique

Le spectacle comique : Panorama d'un genre

Anaïs Bonnier

Les origines obscures du spectacle comique

Les spectacles comiques actuels, qu'ils soient formés de successions de sketches ou conçus comme une fiction complète, sont très souvent mis à part du théâtre traditionnel, probablement en raison des filiations qui les lient aux clowns de cirque et au music-hall, des genres spectaculaires longtemps considérés comme « mineurs ».

Music hall et spectacles de revue

En 1931, le critique Legrand-Chabrier décrit le music-hall comme un spectacle de variétés réunissant divers numéros artistiques – danseurs, acrobates, illusionnistes, comiques et fantaisistes, « tout ce qui n'a pas sa place au théâtre, parce qu'insoumis à un auteur qui dicte, parce qu'en révolte individualiste contre le rôle d'interprète d'autre chose que soi, de tout ce qui vient de la foire aux spectacles errants, de la rue aux saltimbanques, du café-concert exigu... le music-hall est un groupement de minorités et d'élites aux coalitions de tous les spectacles qui ne sont pas le théâtre, et dont le faisceau noué s'impose, trouve sa discipline, ses modes de vie, et s'oppose au pur théâtre, strictement déterminé, sans négliger, au besoin, de l'incorporer parfois » [1].

Cette définition indique un rapport ambivalent au théâtre, que le théâtre rend par ailleurs bien au music-hall. Or, en héritier du music-hall, le spectacle comique porte lui aussi ce rapport ambivalent au théâtre : empruntant beaucoup de ses traditions et de ses codes, il est pourtant éternellement relégué à la marge. Le music-hall présentait en effet des personnages de fantaisistes, clowns et excentriques, qui présentaient des sketches caricaturaux, parodiant les artistes, dans des numéros directement inspirés des clowns de cirque.

[1] LEGRAND-CHABRIER, « Le Music-Hall », in Denys AMIEL (dir), Les spectacles à travers les âges, tome 1, Editions du Cygne, Paris, 1931, p. 247.

Le métier de clown

Le clown de cirque est une forme de comique extrêmement ancienne, qui a beaucoup évolué au fil des années. Héritée du personnage de fou ou de bouffon en vogue dès l'Antiquité, le clown est un nécessaire contrepoint à la virtuosité des artistes qui font le spectacle. Il remplit un rôle biaisé qui rappelle celui du bouffon. Le bouffon de cour, en effet, était un personnage marginalisé, mais également doté du pouvoir de critique et de parodie. Seul le bouffon, traditionnellement, était habilité à critiquer ou moquer - plus ou moins ouvertement, et avec plus ou moins de danger - les grands du monde. Un rôle de critique sociale également dévolu à la comédie traditionnelle au théâtre. Le clown, au cirque, est celui qui vient rompre la mécanique huilée du spectacle et y instaurer une exception comique faite de maladresses, d'incompréhensions et de parodie. Le clown Grock, l'un des plus fameux clowns du XXe siècle, avait ainsi à cœur de parodier l'univers des musiciens, au sein duquel il intervenait très souvent.

Le spectacle comique, reposant sur un individu ou sur un duo, s'apparente au travail du clown. Achille Zavatta était d'ailleurs d'accord pour affirmer que les nouveaux comiques français (des années cinquante-soixante) étaient des clowns sans maquillage. Leur travail repose en effet sur les mêmes ressorts et la même mécanique comique.

Voir le parcours sur les clowns .

Voir l'extrait vidéo De Bergson à Zavatta sur Ina.fr

Le comique, l'humoriste et l'acteur

Le XXe siècle voit l'avènement des artistes comiques, fantaisistes et humoristes. L'essor de la télévision n'est pas sans lien avec la généralisation du format du sketch, pratiqué par la majorité de ces acteurs. Les humoristes sont toujours des acteurs, et les premiers humoristes de notre corpus ont même souvent suivi des formations particulièrement renommées. Néanmoins, comme leurs prédécesseurs clowns et artistes de music-hall, ils se trouvent d'une certaine manière maintenus à la marge de l'art théâtral. Nul doute, pourtant, que le spectacle comique est une performance d'acteur, mais, avant d'être acteur, l'artiste comique est un humoriste, et fonde son travail sur des bases différentes. Comme le soulignait Legrand-Chabrier à propos du music-hall, le travail du comique s'inscrit en dehors du drame : la fiction qu'il peut créer est une fiction qui repose essentiellement sur lui-même. Reste qu'il existe une sorte de clivage entre l'acteur seul en scène et l'humoriste. Les prestations de Philippe Caubère n'ont au fond rien de très différent des spectacles de one-man show. L'artiste construit bien un spectacle formé de séquences successives autour d'un personnage, Ferdinand, qui est très largement autofictionnel. Mais Philippe Caubère, même seul en scène, demeure un acteur de théâtre reconnu, et, surtout, ne dépasse pas le cadre de la scène, alors que le succès de très nombreux humoristes dépend autant, sinon plus, de leur succès télévisuel. Ayant suivi des formations d'acteurs, rares sont les artistes comiques reconnus dans le milieu théâtral, à moins d'avoir pu auparavant faire leurs preuves en tant qu'acteurs de théâtre – comme Philippe Caubère, ou Philippe Avron. Peu d'artistes comiques trouvent une réelle place dans la programmation des théâtres – à l'exception, notable et récente, du théâtre du Rond-Point – d'où l'existence de nombreuses salles de spectacle plus ou moins dédiées au genre : Bobino, le Bataclan, le Café de la Gare ou encore le Caveau de la république.

<i>Le Roman d'un Acteur</i>, Philippe Caubère

Le Roman d'un Acteur, Philippe Caubère
[Format court]

Philippe Caubère présente au Festival d'Avignon l'intégrale du Roman d'un Acteur, en onze spectacles. Seul en scène, l'acteur retrace la vie de son double fictif, Ferdinand Faure, incarnant des dizaines de personnages. Philippe Caubère, interviewé, évoque le long travail qui a conduit à ce spectacle, et auquel il pense devoir le succès dont il jouit auprès du public. Des spectateurs interrogés font part de leur enthousiasme.

19 juil 1993
02m 31s
Fiche (00245)
<i>Je suis un saumon</i>, Philippe Avron

Je suis un saumon, Philippe Avron
[Format court]

Présentation du spectacle Je suis un Saumon, de Philippe Avron, qui explique l'allégorie que recèle le titre ; il se joue de cette ambigüité qu'il a créée pour le public entre le saumon et l'homme, et qui fonde l'humour de ce spectacle. On découvre également deux extraits du spectacle au théâtre Rive-Gauche.

20 fév 1999
01m 30s
Fiche (00248)

Fictions et réalités

Dans les spectacles comiques – seuls en scène ou en duo – se construit une fictionnalité particulière, qui repose sur une certaine ambivalence de l'identité de l'artiste. Ce dernier se trouve en effet plus ou moins exposé, plus ou moins en retrait par rapport aux personnages qu'il peut choisir d'interpréter. Le one-man-show n'est pas – ou pas seulement – une façon narcissique de parler de soi. Il s'agit aussi toujours de créer une fiction, mais une fiction qui ne prend pas réellement, qui ne repose pas sur une véritable illusion théâtrale : derrière le personnage créé, l'artiste demeure très voyant, et il s'opère dans ces spectacles un dialogue très riche entre fiction et réalité.

Elie Semoun

Elie Semoun
[Format court]

Elise Lucet reçoit Elie Semoun à la fin du journal de 13 heures. L'artiste présente son spectacle, Elie Sémoun se prend pour qui ? au Casino de Paris avant de partir en tournée. Il y évoque le processus par lequel il crée puis incarne des personnages multiples en scène.

17 jan 2006
03m 56s
Fiche (00240)

Elie Sémoun crée des personnages. Ses spectacles sont construits en séries de sketches mettant en scène des personnages inspirés de la réalité, dont certains sont récurrents. Pour autant, c'est toujours Elie Sémoun que l'on vient voir, autant que tel ou tel personnages (Toufik, Kevina ou Mikeline, pour ne citer que quelques exemples de la palette de l'artiste). Il évoque quant à lui l'importance de la « réalité » de ces personnages : ils sont inspirés des spectateurs avec qui il discute, des gens qu'il croise, c'est « dans la rue » qu'il trouve son inspiration, et ce qu'il présente sur scène est « vrai », car issu de cette réalité sociale et culturelle.

Zouc, quand elle évoque la création de ses personnages – ses spectacles reposent sur une construction similaire à ceux d'Elie Sémoun – fait une réflexion très intéressante : elle explique que la réalité du personnage, inspiré de la vie, n'est pas la réalité absolue, mais une réalité subjective. Le personnage réel passe par le prisme du regard de l'artiste – auteur-acteur – et en ressort poétisé, transformé, d'une certaine manière sublimé.

Zouc

Zouc
[Format court]

L'humoriste suisse Zouc fait la promotion de son spectacle L'Alboum. L'interview repose entre autres sur des croquis que l'artiste commente, et sur des extraits du spectacle, qui montrent la variété de la galerie de personnages qu'elle imagine.

07 mai 1972
03m 46s
Fiche (00233)

L'artiste peut également choisir de jouer dans une réalité parallèle. C'est ainsi que le duo comique des « Vamps » a très longtemps soigneusement caché son identité, laissant planer le doute sur l'identité des comédiennes cachées derrière les masques de Gisèle et Lucienne. Dans ce duo se jouait un paradoxe qui les ramenait aux personnages de clowns, dont le maquillage les isole de la vie « réelle » et les place dans un monde à part, bien circonscrit du quotidien. Les Vamps construisent un spectacle permanent, sont inscrites dans une fiction qui rejoint la réalité, puisqu'elle contamine même les interviews.

L'exposition de l'artiste en tant que personne et en tant que personnage est donc un paradoxe propre au spectacle comique, et varie en fonction de sa construction. L'artiste peut choisir la voie extrême qui consiste à se livrer au public sans même le truchement d'un personnage, livrant ses réflexions sur la vie et le monde en se tenant debout, seul et « nu », face au public.

Tradition et renouveau d'un genre

Le spectacle comique connaît des origines et des formes multiples et variées. Il est à la fois héritier des fantaisistes de music-hall, du stand-up américain, des chansonniers qui égayaient les scènes des cabarets parisiens, ou encore des clowns de cirque. Pour toutes ces formes, un personnage seul en scène, ou un duo de personnages, se présente face à un public, avec pour mission de le faire rire. La scène française présente une évolution importante des années cinquante, qui voient apparaître des comiques comme Raymond Devos ou Fernand Raynaud, à aujourd'hui, où Jamel Debbouze côtoie Stéphane Guillon ou Jean-Marie Bigard. Cette évolution laisse également transparaître des constantes dans la construction des spectacles et la façon d'envisager le métier de comique.

Jeux sur les mots

Dans une forme de comique à la fois fantaisiste et littéraire, inspirée des expériences de l'Oulipo [1], évoquant également les dramaturgies de l'absurde ou les textes surréalistes, Raymond Devos inaugure un comique particulier, basé sur la langue. C'est en effet des mots que naît le comique de Devos, dans la distorsion du langage qui sort les mots de leur contexte quotidien et les fait résonner.

Raymond Devos : <i>Parler pour ne rien dire</i>

Raymond Devos : Parler pour ne rien dire
[Format court]

Devant les élèves du Conservatoire National du Cirque, Raymond Devos présente son sketch, Parler pour ne rien dire. Dans ce sketch, comme dans toute l'œuvre de l'humoriste, se retrouvent ces jeux avec le langage qui ont fait sa renommée.

31 déc 1979
02m 36s
Fiche (00235)

Raymond Devos, dont l'œuvre humoristique est un travail de précision sur la langue française, a donné son nom à un prix, qui récompense chaque année un humoriste pour sa contribution à un comique des mots. Parmi les lauréats de ce prix, citons François Rollin, dont l'incarnation du « Professeur Rollin », dans la série télévisée Palace, puis seul en scène, est un brillant exemple de l'héritage de Devos et de cet humour du langage.

Les frontières des genres comiques sont évidemment poreuses. Le fait que le comique de Devos repose avant tout sur la langue n'empêche pas, par exemple, un travail poussé sur le mime, une implication corporelle qui participe aussi de l'humour particulier de l'artiste belge. De la même manière, l'humour de François Rollin repose aussi beaucoup sur l'absurde, et sur une savoureuse parodie des intellectuels et du corps enseignant.

[1] L'OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) a été créé en 1960 autour d'écrivains comme Raymond Queneau ou Georges Pérec. Ce courant travaille autour des jeux du langage, à l'image des « exercices de style » de Queneau, où la même situation de base (une altercation dans un bus) est retravaillée selon des contraintes de style jusqu'à changer du tout au tout.

Spécificités de l'humour français

Les humoristes français ont développé très tôt un style à part, teinté de chauvinisme et nourri de la culture populaire française. Le meilleur exemple de cet humour à la française reste certainement Fernand Raynaud. Ce comédien et mime a développé un univers comique habité par des personnages caricaturaux, piochés dans le folklore français, dans l'imaginaire social de son époque. Les paysans riches et avares, les épiciers chauvins, les policiers, les mafieux du Sud de la France, sont autant d'illustrations de cet humour.

<i>Le Fromage de Hollande</i>, Fernand Raynaud

Le Fromage de Hollande, Fernand Raynaud
[Format court]

Dans ce sketch enregistré en 1968, Fernand Raynaud incarne un épicier chauvin, qui refuse systématiquement de vendre des produits étrangers, préférant faire tester à son client les bons produits français. A noter que, au début du sketch, le comique s'interrompt pour rappeler à l'ordre une spectatrice, qui se remaquille pendant qu'il joue.

29 oct 1968
03m 36s
Fiche (00232)

Cet humour connaît des héritages multiples, et les exemples sont très nombreux. Parmi les plus connus, et les plus exemplaires, il nous faut citer Jean-Marie Bigard, qui, prenant le contrepied de l'élégance à la française, s'attache à développer un humour basé sur une vulgarité calculée, renforcée par un personnage de français moyen à la fois vantard et fort en gueule. Citons également le duo Chevallier et Laspalès, qui moquent, par exemple, l'administration ou les travers des Français, en adoptant deux personnages d'intelligence moyenne, l'un maladroit et passif, l'autre dominant et borné. Enfin, un renouveau de ce type d'humour se dessine dans les années 90 avec des artistes comme Pierre Palmade, qui mêlent cet humour à la française avec des thématiques nouvelles.

Pierre Palmade

Pierre Palmade
[Format court]

Après une courte présentation de l'humoriste Pierre Palmade, qui connaît un succès fulgurant, on peut voir un extrait de son dernier spectacle, qu'il présente en tournée : On se connaît ?

05 mar 1992
02m 29s
Fiche (00252)

Du chansonnier au stand-up

De France aux Etats-Unis d'Amérique, deux traditions se croisent et s'enchevêtrent. En France, l'humour politique appartient d'abord aux chansonniers. Traditionnellement inclus dans des spectacles de cabaret, se produisant dans de petits cafés-concerts, les chansonniers composent des spectacles musicaux reposant, la plupart du temps, sur un fond de critique sociale et politique. Jean Amadou, Jacques Bodoin, ou dans un autre style, Bourvil et Fernandel, appartiennent à cette tradition. Parallèlement, aux Etats-Unis, se développe la forme du « stand-up » [1]. Dans cette forme, un artiste se présente seul face au public – le nom signifie d'ailleurs « se tenir debout », indiquant ainsi la forme même du spectacle : un artiste debout face à son public. Pas de personnage, pas vraiment de costume, l'artiste est seul avec pour arme ses mots, et s'adresse directement aux gens qui lui font face. Lenny Bruce ou Mort Sahl, deux figures majeures du stand-up dans les années soixante, contribuent à inclure de plus en plus de politique dans les spectacles du genre, qui étaient jusqu'alors plutôt réservés à « des types en costumes racontant des blagues sur leurs femmes » [2].

A ses débuts, Coluche utilise beaucoup de musique dans ses spectacles. Il s'inscrit dans cette tradition chansonnière qui lie musique et critique politique, en y ajoutant un réel travail d'acteur, tangible dans ce personnage devenu mythique, vêtu d'une salopette, le nez rougi, les brodequins jaunes et les lunettes rondes, la voix forte et gouailleuse, élevant la vulgarité au rang d'art.

Coluche à l'Olympia, 1984

Coluche à l'Olympia, 1984
[Format court]

Présentation de l'humoriste Coluche à l'occasion des premières représentations de son spectacle Mes adieux au Music-Hall à l'Olympia. On y découvre la silhouette devenue célèbre de cet humoriste, que l'on découvre en répétition, et qui dévoile également quelques extraits de son spectacle, composé de sketches et de chansons.

19 fév 1975
03m 15s
Fiche (00241)

Bien que ne se réclamant pas du stand-up, certains artistes, à l'image de Guy Bedos – qui consacrera d'ailleurs un sketch au comique américain Lenny Bruce – ou Pierre Desproges adoptent cette esthétique plus moderne, où l'artiste qui se présente face au public sans fard, s'adressant directement à lui, sans le truchement d'un personnage.

Premier spectacle seul en scène de Pierre Desproges

Premier spectacle seul en scène de Pierre Desproges
[Format court]

Sketch d'ouverture du premier spectacle seul en scène de Pierre Desproges, enregistré à Quetigny (Côte d'or) en 1984, et diffusé sur France 3 en 1986. On peut voir des retours sur les spectateurs privilégiés de ce spectacle – une concierge d'immeuble, deux enfants, Guy Bedos, qui l'a mis en scène – et leurs réactions. L'ouverture de ce spectacle met en scène un Pierre Desproges qui annonce d'entrée qu'il n'a pas envie d'être là, qu'il n'aime pas cette situation, parfait exemple de l'humour grinçant qui a fait la réputation de ce comique.

21 juin 1986
03m 35s
Fiche (00236)

Plus proche de nous, Jamel Debbouze a été l'un des premiers à se réclamer du stand-up. Nombre d'humoristes pratiquent un humour politisé qui se rapproche du genre, mélangeant l'héritage des chansonniers à l'apport du stand-up pour arriver à un nouveau genre de spectacle politique – nous pensons notamment à Didier Porte, Stéphane Guillon ou encore Christophe Alévêque. Soulignons ici également l'importance prise depuis les années 70 par les spectacles d'imitation, de Thierry Le Luron à Nicolas Canteloup, en passant par Yves Le Coq ou Laurent Gerra.

[1] Article sur le stand-up américain (historique et actualité)

[2] Site officiel de Mort Sahl

Renouveau du genre, l'apport des shows à l'américaine 

L'influence des Etats Unis contribue énormément au renouveau du genre. Les shows « à l'américaine », utilisant énormément de musique, reposant sur des acteurs qui pratiquent tout autant le mime, le chant que la musique et le jeu d'acteur, fleurissent en France à la fin des années 90. En France, on pensera notamment à Cartouche, qui mêle danse, chant, mime et humour. Mais le représentant le plus emblématique de ce renouveau des shows comiques est certainement Anthony Kavanagh.

Portrait d'Anthony Kavanagh

Portrait d'Anthony Kavanagh
[Format court]

Un reportage réalisé à Nice, où il est en tournée, présente l'humoriste Anthony Kavanagh. Il est ensuite interviewé par Rachid Arhab, avec qui il évoque ses débuts, ses origines, ainsi que le travail qu'il a effectué avec Pascal Légitimus pour adapter son spectacle au public français. Il se livre également à un petit exercice de bruitage, durant lequel il interprète des génériques de séries télévisées.

21 jan 2000
05m 26s
Fiche (00239)

Les duos comiques

Le spectacle comique peut également reposer sur un duo d'acteurs. Pour ce cas particulier, les ressorts comiques demeurent très souvent basés sur un modèle traditionnel, celui des clowns de cirque. Un duo comique repose sur un rapport à la fois complémentaire et antagoniste. Au cirque, il y a d'un côté le clown blanc, plutôt sérieux, parfois pompeux, dominateur. Il est celui qui entreprend, qui lance les actions. Le second clown, l'Auguste, est le gaffeur, maladroit, parfois benêt, qui fait rater les entreprises du clown blanc et subit sa domination. Ce rapport, que l'on retrouve chez Laurel et Hardy, fonctionne chez tous les duos, quel que soit le type de spectacle comique qu'ils adoptent. Chez Poiret et Serrault, qui construisent autant de personnages qu'ils écrivent de sketches, Jean Poiret est toujours le clown blanc, et Michel Serrault l'Auguste.

Jean Poiret et Michel Serrault : <i>Interview d'un boxeur</i>

Jean Poiret et Michel Serrault : Interview d'un boxeur
[Format court]

Ce sketch de 1956 repose essentiellement sur un comique de la parole. Le journaliste (Jean Poiret) interroge un boxeur (Michel Serrault) en simplifiant son vocabulaire à l'extrême, laissant entendre que l'athlète n'a qu'une intelligence limitée. Lorsque le boxeur parvient finalement à prendre la parole, c'est pour citer Ovide, Cézanne ou Claudel, prenant à défaut le journaliste, mais renvoyant également le spectateur à ses propres préjugés.

06 déc 1958
03m 03s
Fiche (00231)

Ce rapport de domination se retrouve également chez Eric et Ramzy, Chevallier et Laspalès, les Vamps, ou Achille Tonic, où le personnage de Dino domine celui de Shirley.

Achille Tonic

Achille Tonic
[Format court]

Le reportage présente les personnages de Shirley et Dino, rendus célèbres par les émissions de Patrick Sébastien, où ils sont devenus des personnages récurrents. Mais ces deux artistes sont avant tout des comédiens de cabaret, et présentent un spectacle à la fois kitsch et burlesque qui porte le nom de leur duo : Achille Tonic.

07 fév 2002
02m 21s
Fiche (00250)

Guy Bedos et Muriel Robin, qui ont formé un duo éphémère, ont quant à eux choisi d'alterner ces rapports de domination au fil des sketches, équilibrant ainsi les rôles au sein du duo.

<i>Répétition</i> par Guy Bedos et Muriel Robin

Répétition par Guy Bedos et Muriel Robin
[Format court]

Guy Bedos et Muriel Robin dans Répétition, un sketch créé en 1977 par Guy Bedos et Sophie Daumier, repris lors de la cérémonie des Molières 1991. C'est la première fois que les deux artistes collaborent. Cette expérience donnera par la suite lieu à un spectacle en duo : Bedos/Robin.

08 avr 1991
07m 47s
Fiche (00237)

Spectacle comique et société

Les thèmes des spectacles comiques sont très souvent liés au quotidien, et à la vie en société. Il s'agit de créer le comique à partir de l'observation minutieuse du monde, de parler de la vie. Le spectacle comique est donc inévitablement lié à la société dans laquelle il émerge et sur laquelle il se fonde, reflétant, critiquant, analysant et se riant de ses failles, de ses travers et de ses évolutions.

Question de l'immigration ou de l'appartenance régionale

Il existe un grand nombre d'humoristes français se réclamant d'origine étrangère, qui ont choisi de faire de leurs racines un support à leur art. Ainsi, Popeck, se réclamant d'une culture juive d'Europe de l'Est, crée pour ses spectacles un personnage râleur, à l'accent yiddish, vendeur de caleçons molletonnés, qui porte un regard décalé sur la société. Elie Kakou, juif d'origine tunisienne, fait également de la culture de ses origines le terreau de ses spectacles, notamment à travers le personnage inoubliable de Madame Sarfati. Juif pied-noir exilé en France à l'âge de onze ans, Michel Boujenah également part de ses racines pour créer ses spectacles.

<i>Les Magnifiques</i> de Michel Boujenah

Les Magnifiques de Michel Boujenah
[Format court]

A l'issue d'un dossier sur l'immigration, reportage sur le spectacle Les Magnifiques, de Michel Boujenah, présenté au Splendid. Interview de l'artiste, qui exprime sa volonté de communiquer par le rire, entrecoupée d'extraits de sketches de l'artiste, tournant en dérision la position des immigrés en France.

15 mar 1984
01m 52s
Fiche (00243)

Smaïn est l'un des premiers humoristes à se revendiquer « beur », et à faire de l'immigration une problématique fondamentale de ses spectacles. Après lui, Jamel Debbouze a construit ses spectacles autour de son univers quotidien de jeune de banlieue. Nombreux sont les artistes issus du Jamel Comedy Club qui s'inscrivent également dans cette logique – notamment Fabrice Eboué ou Claudia Tagbo. On citera également Gad Elmaleh, dont les racines demeurent importantes, bien que la réalisation de ses spectacles soit aussi le résultat d'une influence canadienne, où il a vécu avant de s'installer en France.

Jamel Debbouze

Jamel Debbouze
[Format court]

Ce reportage présente Jamel Debbouze, jeune comédien originaire de Trappes, qui joue son premier spectacle au café-théâtre Le Movies. Il se livre d'abord à un micro-trottoir, interrogeant quelques passants sur les problèmes des banlieues. Il est ensuite interviewé sur son rapport à ces banlieues dont il est issu. Enfin, des extraits du spectacle, montrant la diversité des personnages interprétés, sont présentés.

13 nov 1995
02m 06s
Fiche (00246)
Gad Elmaleh

Gad Elmaleh
[Format court]

Rachid Arhab présente Gad Elmaleh, qui commence à percer dans le one-man-show français. Il insiste, de même que le reportage, sur l'importance du mélange des cultures dans l'humour d'Elmaleh. Le reportage présente deux extraits du spectacle La vie normale, ainsi qu'une biographie succincte de l'humoriste.

17 jan 2000
03m 01s
Fiche (00249)

Originaire d'Algérie, dont il s'est exilé en raison d'ennuis politiques, Fellag s'attache quant à lui, dans ses spectacles, à confronter, pour le rire, les peuples algérien et français, plaçant au centre de ses textes la colonisation et ses effets, positifs ou négatifs. L'œuvre de cet humoriste relève d'un formidable travail d'assimilation, entre stand-up et veillée de contes.

<i>Le dernier chameau</i> de Fellag

Le dernier chameau de Fellag
[Format court]

Le reportage présente Fellag, qui joue son nouveau spectacle, Le Dernier Chameau, à la MC93 de Bobigny. Dans ce spectacle, l'humoriste algérien se base sur l'influence du cinéma dans l'Algérie de sa jeunesse pour décrire son peuple. L'artiste affirme également sa volonté de parler des gens par le truchement des films, qui lui servent de point de départ pour aborder des thèmes plus sérieux, comme la colonisation.

06 mar 2004
02m 11s
Fiche (00251)

Enfin, la société française est également marquée par des appartenances régionales fortes, accompagnées d'un humour typique, que certains artistes exploitent à profit. Patrick Bosso, par exemple, développe un humour marseillais, basé autant sur la langue et l'accent que sur des histoires très marquées par les traditions du sud. Dans le même esprit, citons par exemple Mado la niçoise, le personnage de Noëlle Perna, ou encore les Chevaliers du Fiel et leur humour du Sud-Ouest. Mais le véritable « carton » de ces dernières années en matière d'humour régional est sans conteste Dany Boon, qui, bien avant le désormais incontournable Bienvenue chez les Ch'tis, avait écrit un spectacle entier dans le patois de sa région.

 Dany Boon

Dany Boon
[Format court]

Extrait du spectacle Dany Boon à s'baraque et en ch'ti, présenté en juin 2003 au Nouveau Siècle à Lille. Au cours de ce spectacle anniversaire, l'humoriste fête ses dix ans de carrière.

10 mai 2003
58s
Fiche (00253)

L'humour des femmes

Si le spectacle comique reflète la diversité de la société française, et si les humoristes sont nombreux à utiliser le rire pour dénoncer les travers de leurs contemporains, il est un phénomène qui mérite d'être souligné, et qui reflète une évolution capitale de la société. Il s'agit de l'émergence, depuis les années 80, d'un humour de femmes. En la matière, Sylvie Joly fait office de précurseur. Elle est l'une des premières artistes françaises à se lancer dans le one-woman show, avec succès. Son approche féminine offre un regard neuf sur la société, car il permet de la voir du point de vue des femmes.

<i>Comme la gauche est passée</i>, Sylvie Joly

Comme la gauche est passée, Sylvie Joly
[Format court]

Sylvie Joly évoque sa carrière de comédienne, au théâtre et au cinéma, et présente son nouveau spectacle, La vie, ce n'est pas de la Rigolade, qu'elle joue au théâtre Fontaine. Elle joue ensuite un extrait de ce spectacle, Comme la gauche est passée, où elle incarne une pâtissière inquiète de voir la gauche accéder au pouvoir.

1983
03m 43s
Fiche (00242)

L'humour au féminin s'attache souvent à casser les codes traditionnels de la féminité. Il ne s'agit pas uniquement de renvoyer dos à dos hommes et femmes, mais à travers les spectacles des humoristes femmes se dessine tout de même un plaidoyer contre les clichés dévolus aux femmes. C'est ainsi, par exemple, que sous couvert d'utiliser des stéréotypes de personnages féminins – la femme de ménage, la bourgeoise – Valérie Lemercier montre également que la vulgarité et la méchanceté peuvent aussi être des atouts féminins. Une approche que l'on retrouve chez Anne Roumanoff, ou encore, plus récemment, chez Virginie Hocq ou Florence Foresti, qui s'attachent à démystifier les mythes de la féminité, comme la grossesse ou la maternité.

Valérie Lemercier au Splendid

Valérie Lemercier au Splendid
[Format court]

Présentation de l'humoriste Valérie Lemercier, qui joue son premier spectacle seule en scène au théâtre du Splendid. Extraits du spectacle, où l'on peut apprécier la diversité des personnages, et interview de la comédienne, qui explique comment elle écrit ses sketches.

07 oct 1990
02m 24s
Fiche (00244)

Conclusion

Sous une multitude de formes, avec des contenus variés et parfois des sous-textes politiques très forts, le spectacle comique, sous l'apparente gratuité que lui confère son statut de divertissement populaire, est un indicateur formidable de la vitalité de la société. Appelé à une évolution permanente, ce genre a réussi à lier modernité et tradition, et est toujours à l'heure actuelle en perpétuel mouvement. L'importance grandissante de la place des humoristes en radio et télévision assure par ailleurs la vitalité de ce type de spectacle.

Pour aller plus loin

Philippe Caubère

Philippe Caubère
[Grand entretien]

Grand entretien avec Philippe Caubère, par Pierre Charvet

16 oct 2006
02h 19m 06s
Fiche (07006)