Les résistants FTP dans la Somme

29 août 1984
06m 16s
Réf. 00411

Notice

Résumé :

Évocation de la résistance des FTP dans la Somme. En 1942 à Amiens, le soir de Noël un attentat réalisé par les FTP au foyer du soldat fait 80 morts chez les officiers allemands. Gisèle Dujardin qui faisait partie du groupe raconte l'opération qui se solde par l'arrestation Charles Lemaire qui est fusillé en compagnie de ses deux frères et de son père. René Lamps évoque leur mémoire. Beaucoup de planques étaient à la campagne et la gendarmerie était parfois complice comme à Saint-Sauflieu. René Carouge, explique comment les FTP on tenté de libérer des leurs emprisonnés à Abbeville.

Date de diffusion :
29 août 1984
Source :
(Collection: JT FR3 Picardie )

Éclairage

La Résistance intérieure à l'occupation allemande fut le fait d'une minorité de femmes et d'hommes, refusant absolument de rester inactifs devant l'asservissement de leur pays. Ils constituaient une poignée dans la seconde moitié de l'année 1944.

À partir de l'invasion de l'URSS par l'armée allemande, en juin 1941, le Parti communiste français entré en clandestinité en 1940 et abandonné par un nombre considérable de ses militants depuis le pacte germano-soviétique de l'été 1939, lança ses forces dans la résistance intérieure. En raison de sa bonne implantation en terre picarde, il prit une place importante dans la résistance locale par le biais des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) formés au début de 1942. Contrairement à la résistance non communiste, plus ancienne et qui se manifestait surtout par une action de propagande, les FTPF voulurent s'attaquer à l'occupant en organisant des attentats. Le 1er mai 1942, plusieurs cheminots des FTPF mirent ainsi hors d'état une grue installée à la gare d'Amiens et qui servait à déblayer les voies après les déraillements. Dans ce contexte de développement des attentats se situe celui qui eut lieu à Amiens au soir du 24 décembre 1942 et qui, de tous les autres, fut le plus spectaculaire. Plusieurs résistants communistes firent sauter le soldatheim ou maison du soldat allemand situé au cœur de la ville, rue des Trois-Cailloux, dans lequel plusieurs centaines d'Allemands étaient rassemblés pour célébrer la fête de Noël. Il y eut plusieurs dizaines de morts et beaucoup plus encore de blessés.

Cet attentat, qui illustre la stratégie communiste d'actions résistantes, manifeste également la force de la répression allemande puisque dans les jours qui suivirent plusieurs des organisateurs furent arrêtés et deux d'entre eux furent déportés.

Lors de l'unification locale de la résistance intérieure de la Somme, au printemps 1944, la forte implication communiste se traduisit par le fait que la présidence du Comité départementale de libération revint à un membre de l'organisation communiste Front national, Holin, et qu'un autre militant du PCF, René Lamps (1915-2007), en devint le secrétaire. Il devait incarner ensuite pendant de nombreuses années l'implantation communiste dans la Somme et devenir le maire d'Amiens de 1971 à 1989.

David Bellamy

Transcription

Catherine Matausch
Le second volet de notre enquête sur la Résistance dans le département de la Somme nous montre, ce soir, des actions importantes réalisées par les maquisards. Pierre-Yves Morvan, Hubert Tilois.
Pierre-Yves Morvan
Le soir de noël 1942, un attentat fait du bruit à Amiens, et 80 morts allemands. Les FTP avaient fait sauter le foyer des soldats au centre ville. Le succès couronnait cette deuxième tentative après un coup raté le 11 novembre précédant. Gisèle Dujardin faisait partie de l’équipe.
Gisèle Dujardin
Emile Baheu et Charles Lemaire étaient chargés de déposer les armes… les mines antichars alors contre les vitrines de la rue des Trois cailloux. Et il y avait un quart d’heure pour que tout se déclenche. Et nous sommes partis. Et au bout d’un quart d’heure, cet attentat a réussi. Tout a explosé, même les vitres alentours. Il y a eu de nombreux dégâts, de nombreux morts et blessés dans ce [Soldateneim] où on faisait la fête, évidemment. Il y avait des femmes, il y avait des hommes de la Wehrmacht. Et nous avons été emprisonnés et remis à la maison d’arrêt le 3 février 1943. Et alors là, l’inculpation, nous sommes passés au tribunal spécial, les tribunaux spéciaux qui existaient sous l’occupation allemande. L’inculpation n’était que de reconstitution de jeunesse communiste parce que personne n’avait parlé.
Pierre-Yves Morvan
Parmi les auteurs de cet attentat, Charles Lemaire qui, avec ses trois frères et son père, furent fusillés pour fait de Résistance. Maurice, le père, employé des tramways, responsable communiste, Maurice, le fils, champion cycliste. René Lamps évoque le souvenir de Charles et d’Arthur.
René Lamps
Charles Lemaire, le second, a voulu effectivement, participer à la lutte pour venger son père et son frère. Et il a participé également à des actions très importantes à Amiens notamment le Royal qui a été attaqué à l’aide d’une mine au noël 42 et à un certain nombre d’autres actions du groupe dans lequel il faisait partie c'est-à-dire du groupe Michel. Quant au dernier, Arthur, il a été arrêté, lui, le 28 août, c'est-à-dire quelques jours avant la Libération. Il avait voulu venger ses frères et père, et malheureusement… et malheureusement, il n’a pas pu rester en vie jusqu'au jour de la Libération à laquelle il avait participé.
Pierre-Yves Morvan
Il avait quel âge, Arthur ?
René Lamps
Il avait 16 ans.
(Bruit)
Pierre-Yves Morvan
Depuis 1943, le terrain urbain était dangereux pour les Résistants. Beaucoup de planques étaient situées à la campagne, et pour peu qu’ils puissent compter sur des aides locales, les Résistants y étaient en sécurité. Et quand la gendarmerie était dans le coup, c’était parfait.
(Bruit)
René Lamps
La gendarmerie de Saint-Sophieu, comme un certain nombre d’autres gendarmeries, s’était rangée délibérément du côté de la Résistance. Et longtemps avant la Libération. Nous avions donc des contacts avec cette gendarmerie pendant la guerre. C’est une gendarmerie assez particulière puisque les gendarmes participaient dans la journée… dans la nuit, plus exactement, à un certain nombre de coups contre l’occupant. Et ils étaient chargés, le jour, d’enquêter sur ce qui s’était passé la nuit. Evidemment, ils ne trouvaient jamais les coupables.
Pierre-Yves Morvan
Saint-Sophieu, du fait de la complicité des gendarmes, fut choisi pour réunir un nouvel état-major clandestin, le premier ayant été décapité par les Allemands.
René Lamps
J’ai été donc voir les gendarmes. Et avec eux, nous avons organisé le dispositif de protection. Eux protégeaient du côté Saint-Sophieu et moi, avec une équipe de francs-tireurs, nous protégions du côté d’Amiens. C’est ainsi que la réunion a pu se tenir dans de bonnes conditions. Et nous avons eu aussi la preuve que aucun des participants à cette réunion n’était filé par la Gestapo.
Pierre-Yves Morvan
Abbeville pendant la guerre : un champ de ruines. Dans le Vimeu tout proche, deux compagnies de FTP. L’une est faite prisonnière, ses membres condamnés à mort. L’autre va s’employer à la délivrer le 22 juin 44. Les Résistants se réunissaient ici, sous les ruines. René Carouge témoigne.
René Carouge
L’intervention a été facile dans une certaine mesure. Facile… Tout n’est pas facile puisque les Allemands étaient là. La prison n’était pas surveillée par les Allemands. Elle était surveillée par des gardiens français mais elle n’était pas surveillée par des gardiens allemands. Les Allemands venaient à toute heure de la journée. Et nous étions en rapport, bien sûr, avec un des gardiens de la prison.
Pierre-Yves Morvan
Ce gardien fit entrer, lors de sa prise de service, les Résistants qui lui avaient préparé une planque pour la suite. Il refusa d’y aller, fut soupçonné, arrêté, déporté et ne revint pas de déportation.
René Carouge
Aussitôt rentré, bien sûr, c’était fini. Les mitraillettes étaient là. Tous les gardiens qui étaient dans la prison étaient enfermés dans les cellules. Ils étaient, à ce moment-là, sept, je crois, sept au maximum. Il y avait le gardien chef… Enfin, ils devaient être 7 gardiens. Ils ont donc été enfermés. Et les FTP ont ouvert toutes les cellules. Et les gens sont partis. Il y avait les copains qui étaient là. Il y avait donc monsieur Delbé. Monsieur Delbé était vétérinaire à Ru, qui était enfermé pour des faits de Résistance que nous ne connaissions pas, nous, parce qu’il était dans plusieurs mouvements de Résistance, il n’y avait pas que les seuls FTP bien qu’on était beaucoup. Mais on n’était pas les seuls. Alors monsieur Delbé était interné à la prison. Et il y avait eu le directeur d’école de Fort-Mahon, monsieur Savary Aimé qui, aujourd'hui, s’occupe du patois picard dans la région d’Abbeville. Et ils étaient là tous les deux. Bien sûr, on s’est embrassé. C’était quelque chose de sensationnel, enfin, sensationnel et surtout émouvant, quoi.