La maison des jeunes et de la culture de Grenoble

03 février 1968
11m 19s
Réf. 00031

Notice

Résumé :

A l'occasion de l'inauguration de la maison de la culture de Grenoble, André Wogenscky, l'architecte, présente le bâtiment. Il appuie sur l'importance de la fonction du lieu dans la création des espaces.

Type de média :
Date de diffusion :
03 février 1968
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

La maison des jeunes et de la culture de Grenoble a été construite dans le contexte de la modernisation de Grenoble qui a précédé l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver de 1968. Implantée au sud du centre ville sur un territoire alors peu bâti, sa construction fait partie d'un vaste plan d'extension urbaine incluant le quartier de la Villeneuve. Cet édifice a été réalisé dans le cadre des maisons de la culture dont le principe a été lancé par André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles entre 1958 et 1969. Jusqu'alors les Maisons de la culture avaient été implantées dans des bâtiments existants. Elles se distinguaient des maisons des jeunes et de la culture, apparues aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale avec des objectifs sociaux autant que culturels. Les maisons de la culture, elles, ambitionnaient de mettre le public de toutes les villes françaises en contact direct avec les œuvres originales et le spectacle vivant. Fleurons de la politique culturelle de la Ve République, elles avaient pour mission de diffuser largement l'art afin de résister face aux pratiques visuelles et culturelles issues du cinéma et de la musique populaires. Ainsi que l'indiquait André Malraux à Grenoble dans son discours d'inauguration du 3 février 1968 : « Supposons que la culture n'existe pas. Il y aurait les yé-yé, mais pas Beethoven ; la publicité, mais ni Piero della Francesca ni Michel-Ange ; les journaux, mais pas Shakespeare ; James Bond, mais pas le Cuirassé Potemkine ni la Ruée vers l'or ».

Commandée en juillet 1965, la Maison de la culture de Grenoble est remise à la ville le 22 décembre 1967. André Wogenscky a été choisi par André Malraux pour en être l'architecte. Très proche collaborateur de le Corbusier pendant près de vingt ans, il a pris son indépendance en 1956 et réalisé des programmes très divers jusqu'en 1995. Héritier du mouvement moderne, son architecture épurée fuit le spectaculaire et l'anecdotique. Pourtant, à Grenoble, il conçoit un vaste édifice dont la façade principale courbe évoque la proue d'un grand navire. Il sera d'ailleurs rapidement rebaptisé Le Cargo. Surmontée de deux volumes noirs, cette grande coque presque aveugle, toute caparaçonnée de blanc est surélevée sur un haut podium à degré. Cette composition impressionnante ne devait cependant pas intimider le public. La rigueur de sa conception et la modernité de son image séduisit la population d'une ville en plein essor. A l'intérieur, les espaces d'accueil renoncent à toute monumentalité et au faste. Très vastes, ils offrent des lieux de convivialité sociale. Le béton brut de coffrage alterne avec le bois. Restreinte au blanc, au noir et au rouge, la polychromie est radicale. Outre une discothèque et une bibliothèque, de nombreux espaces d'expositions et de réunion, trois salles de 1250, 500 et 350 places accueillent les différents types de spectacles proposés. Celle qui est dédiée au théâtre présente l'originalité de disposer d'un plateau tournant qui permettait, quand il était encore en fonction, de modifier l'orientation de tous les fauteuils en dirigeant l'attention de l'ensemble des spectateurs dans la même direction.

La réalisation de la maison de la culture de Grenoble fut couronnée de succès. Dès son ouverture, elle comptait 20 000 adhérents qui participèrent avec enthousiasme aux spectacles parfois très avant-gardistes qui leur étaient proposés. Sa programmation audacieuse mettait l'art à portée de tous, une idée que mai 1968 avait largement étendue. Une opération de restructuration et d'extension a été conduite par l'architecte Antoine Stinco associé à Jean Lovera après un concours organisé en 1997. Pourvue d'une nouvelle aile, la nouvelle Maison de la culture de Grenoble a été inaugurée en 2004 et a été rebaptisée MC2.

Voir le site du Ministère de la Culture et de la Communication pour accéder au discours d'André Malraux.

Laurent Baridon

Transcription

(Musique)
Journaliste
Dans cette rade, bien abritée, qu’est la plaine de l’Isère, au sein des montagnes qui entourent Grenoble, il y a toute une flottille de bâtiments neufs. Et au milieu d’elles, on découvrira un grand paquebot, le voici ! C’est la maison de la culture, inaugurée aujourd’hui même. Nous allions dire lancée. C’est, en effet, un bâtiment de prestige pour la France comme un luxueux transatlantique.
(Musique)
Journaliste
Son architecte, Monsieur André Wogenscky, architecte en chef des bâtiments et palais nationaux ; est d’accord lorsqu’on évoque devant lui la ressemblance de son œuvre avec un navire.
(Musique)
André Wogenscky
Oui, bien sûr, parce que le grand paysage de Grenoble est un véritable paysage marin. Et une bonne architecture doit se placer dans le paysage comme un navire se place dans les vagues. Mais, une architecture ne doit jamais être gratuite. Il ne faut pas oublier qu’une architecture doit répondre à un problème utilitaire. Et si elle s’élève jusqu’aux plus grandes hauteurs de la plastique et de l’esthétique, c’est toujours en prenant appui sur le côté utilitaire. Or, qu’est-ce qu’une maison de la culture ? Mais, c’est avant tout un grand lieu d’accueil, un grand carrefour, un endroit qui reçoit tout le monde. Et c’est pour cela que, aussi étrange que cela puisse paraître, ce qui m’a paru le plus important dans la maison que j’avais à étudier, c’est le hall d’entrée. Bien sûr, autour du hall d’entrée doivent se déployer, d’abord, les trois salles de spectacles, la grande salle d’exposition, la salle de télévision, la discothèque, la bibliothèque, la garderie d’enfant, le restaurant snack-bar, les salles de réunion. Autant de lieux qui vont être d’une vitalité intense et qui sont très importants à côté du spectacle.
(Musique)
Didier Béraud
C’est en avant première que vous venez de voir fonctionner la maison de la culture de Grenoble. Il ne s’agissait, vous vous en doutez, que d’une rencontre pré-inaugurale puisque Monsieur Malraux viendra inaugurer la maison le 3 février. Cette rencontre pré-inaugurale était organisée avec le concours du grand guitariste, John Williams, qui s’est produit dans notre grande salle. Mais nous avons deux autres salles de spectacles : une petite salle qui est un auditorium, et un théâtre dit théâtre mobile, qui est d’une conception scénographique, disons, tout à fait différente.
Journaliste
Ce n’est pas pour vous déplaire, je pense, Monsieur Didier Béraud, car, avant d’être directeur de cette maison, vous étiez, je crois, un homme de théâtre.
Didier Béraud
Oui, c’est-à-dire que j’ai longtemps collaboré avec des hommes de théâtre. Au départ, j’étais comédien. J’ai fait quelque peu de mise en scène. J’ai été aussi instructeur d’art dramatique. Et puis surtout, j’ai été, pendant de longues années, le collaborateur direct d’Hubert Gignoux, au centre dramatique de l’Est. Et j’y étais chargé essentiellement de l’organisation générale des services administratifs de l’entreprise et des relations avec le public. C’est peut-être d’ailleurs ce qui m’a amené à solliciter la direction d’une maison de la culture et à l’obtenir. Car, si les maisons de la culture posent des problèmes de réalisations artistiques très complexes, elles posent aussi des problèmes d’organisation à l’entreprise. Et elles posent aussi des problèmes de relation avec le public qui sont un peu différents, disons, de ceux des entreprises théâtrales traditionnelles. Elles ont une vocation élargie qui doit s’étendre à tous les domaines de l’expression et, évidemment, à tous les domaines du spectacle.
Journaliste
Puisque nous avons parlé de l’importance des relations d’une maison de la culture avec son public, commençons notre visite par le hall d’accueil, comme il se doit.
Didier Béraud
Il fonctionne comme l’ensemble de la maison de la culture elle-même, c’est-à-dire sur deux niveaux d’accès. Et nous avons un hall d’accueil inférieur et un hall d’accueil supérieur, qui sont reliés par un grand escalier central. Au niveau inférieur, pas de porte pour l’entrée dans la salle de télévision ; mais un simple sas d’isolation phonique qui communique directement avec le niveau inférieur du hall d’accueil. La salle de télévision est un local très chaud, très intime, faiblement éclairé pour permettre une bonne réception des images. On y trouve une quarantaine de fauteuils, disposés en hémicycle devant l’écran. Le hall d’exposition est un grand volume de 300 mètres carrés de surface qui est modelable ; c’est-à-dire qu’on peut en changer la disposition à l’aide d’un certain nombre de panneaux, de châssis, montés sur des portants. Ces panneaux se fixent dans une trame en plafond, qui est elle-même accompagnée d’un rail canalum qui permet de fixer les appareils électriques. Hall d’accueil supérieur donc. L’ensemble de ces locaux d’accueil, comme le nom l’indique, est destiné à recevoir le public qui y accède très librement, qui y entre à volonté. Ils permettent aussi à chacun, visiteur, adhérent, non-adhérent, de se détendre, de rencontrer des amis, de passer un moment agréable ; de s’informer aussi, bien sûr, sur la marche, le fonctionnement de la maison, et de ses activités. Et, enfin, et surtout, de souscrire des adhésions. Et aussi de réserver leur place pour les manifestations qui se déroulent en nos murs. Le snack-bar, vaste local de quelques 250 mètres carrés, qui peut recevoir quelques 170 personnes. 25 trouvent place à la longue banque du bar. On y trouve aussi un coin café où une vingtaine de personnes peuvent s’installer à des banquettes, assez confortables ; et une trentaine de tables où on peut consommer et où on peut également se restaurer. La bibliothèque, qui peut recevoir plusieurs milliers de volumes, mais seulement une vingtaine de lecteurs. Nous allons organiser un système de prêt, aussi bien vers l’extérieur que vers l’intérieur de la maison, si j’ose dire ; puisque les lecteurs pourront emprunter un ouvrage, le cas échéant, l’emporter chez eux ; mais aussi et surtout, le consulter sur place dans les autres locaux de la maison de la culture, et notamment, les locaux d’accueil.
(Musique)
Didier Béraud
La grande salle, une seule nappe de spectateurs sur un large plan incliné, pourvu de visibilité très étudiée. En surplomb, les régies, locaux techniques, régie son, régie lumière, local de projection cinématographique. Devant nous, la scène, vaste superficie de 680 mètres carrés, sur 15 mètres de profondeur et plus de 30 mètres de largeur de mur à mur. Un cadre de scène qui peut s’ouvrir à 25 mètres. Et qui peut aussi se diaphragmer à l’aide d’une sorte de cyclorama renversé qui vient resserrer l’ouverture de scène en se combinant avec le manteau métallique. Enfin, au pied de la scène, une fosse d’orchestre, montée sur vérin. Qui peut être à la fois, par conséquent, une fosse d’orchestre ; mais aussi un prolongement de la salle quand on élève son plancher au niveau de la salle ; ou un prolongement de la scène, quand on l’élève en podium, au niveau de la scène elle-même.
(Musique)