Construction des maisons en pin des Landes

14 octobre 2011
01m 48s
Réf. 00911

Notice

Résumé :
En dix ans ans les carnets de commandes pour des maisons en bois en pin des Landes sont multipliés par trois. Leur coût revient à mille trois cent euros le mètre carré.
Date de diffusion :
14 octobre 2011
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Éclairage

Moins de deux ans après la terrible tempête Klaus qui a ravagé près d'un tiers du pinhadar landais le 24 janvier 2009 (1), les chefs d'entreprise locaux font, ici encore, preuve de résilience. Malgré tout, et plus que jamais, on cherche dans le massif forestier à valoriser le pin maritime, à trouver de nouveaux débouchés, afin de valoriser une forêt à l'avenir désormais incertain.

Après de longues décennies d'exploitation "traditionnelle" qui alimentait, selon la taille des arbres, l'industrie papetière, l'industrie du meuble ou la charpente, voici qu'au début du troisième millénaire s'ouvre un nouveau marché pour le bois d'oeuvre. Et pas des moindres, puisqu'il s'agit de développer la maison de bois, toute en bois, à l'instar de ce qui se fait depuis toujours dans les pays nordiques. Un challenge, avec de grands intérêts à la clé.

Certes, du bois, on en a toujours utilisé pour bâtir les belles maisons gasconnes dites justement "à pans de bois", dont on assure que les plus anciennes remonteraient à l'époque des Anglais (2). Sauf que ces vénérables témoins de l'architecture du passé reposent sur une ossature de chêne, le pin n'apparaissant que dans les pièces secondaires destinées à tenir le torchis (les colanas) ou les voliges, par exemple.

Pas de maison de pin proprement dite donc, dans les Landes, jusque là ; ce bois, considéré comme fragile, est en effet traditionnellement réservé aux granges et aux cabanes ostréicoles sur le bassin d'Arcachon. Dans une maison bourgeoise, nul meuble de cette essence, si ce n'est quelque cabinet utilitaire dans la pénombre de la souillarde (3).

Dévalorisé par l'abandon du gemmage, affaibli par un premier cyclone qui fragilise déjà une bonne partie du massif en décembre 1999, Pinus pinaster doit se reconstituer une identité, face à la concurrence de plus en plus prégnante de résineux importés des pays scandinaves.

Une fois de plus, il faut faire confiance aux acteurs économiques locaux qui, soutenus par le Département, font alors émerger de nouveaux concepts en adéquation avec les exigences d'une société et d'une économie en pleine mutation. Depuis le début des années 1970,  l'écologie (4) ou l'étude des interactions de l'Homme avec son environnement occupe, en effet, une place de plus en plus importante, suscitant des initiatives intéressantes. C'est même devenu une donnée majeure à l'entrée du second millénaire, trois ans après le protocole de Kyoto (5).

C'est ainsi par exemple que naît en 2007, aux confins du Marsan et de la Grande-Lande, à Garein, le projet d'un éco-hameau. Imaginé par le maire, Philippe Sartre, 8 lots alliant architecture traditionnelle intégrée à un airial et développement durable sont proposés à des primo-accédants. Ce projet, qui ne s'est malheureusement jamais concrétisé pour diverses raisons, a cependant ouvert la voie (6).

Preuve en est la création, en 2010 de "Domolandes" sur le site d'Atlantisud, à Saint-Geours-de-Maremne, qui reprend et amplifie le concept. Dans un département partie prenante du projet de développement de territoires à énergie positive (TEPOS), cette infrastructure accompagne 35 entreprises qui apprennent à respecter un cahier des charges précis pour réaliser des éco-constructions du type de celle que présente José Valléry (7). Ce dernier n'est donc pas isolé ; il est simplement leader dans son domaine, d'autant plus qu'il répond, par sa formation, aux exigences de ces méthodes innovantes.

Compagnon du devoir et Maître Artisan, José Vallery débute son activité de charpente en 1990. Après une dizaine d'années d’évolution vers la maison bois, et après avoir acquis une solide expérience dans son domaine, il crée sa société en 2001. Conformément à sa signature « Le pin comme art de vivre », son entreprise utilise exclusivement le pin des Landes pour ses charpentes traditionnelles et l’ossature des murs, offrant éventuellement une structure parfaite à un bâtiment à énergie passive.

Dans la conjoncture actuelle, où limiter les coûts de transport en cherchant des approvisionnements locaux est essentiel, cette stratégie ne peut que rencontrer un vif succès. D'autant plus que les temps de construction sont considérablement réduits, favorisant la trésorerie du constructeur et de l'acquéreur qui, en signant son contrat, opte pour une certaine qualité de vie qui replace l'homme au milieu des éléments naturels.

 

(1) Empreintes landaises : La forêt landaise en péril (2009)

(2) Ainsi peut-on admirer, sur l'airial de Marquèze, à Sabres, une maison de ce type, très ancienne, en partie antérieure à 1453, date à laquelle le roi d’Angleterre perd ses dernières possessions en Aquitaine.

Particulièrement représentative de l’architecture landaise et de son caractère évolutif, cette maison issue de l’airial de Guiraute, à Sabres, a été démontée et replacée sur le site de Marquèze dans une perspective pédagogique.

Implantée aujourd'hui au nord-est de la maison dite « du Mineur », face à un bosquet de tauzins, elle se compose de la partie ancienne prélevée sur son emplacement d’origine et restitue, avec des matériaux récents mais fidèles aux pièces d’origine, les volumes à l’apogée de son extension au XVIIIe siècle, protégeant de ce fait le cœur fragile de la vénérable bâtisse. Éco-responsables, les nouveaux bâtisseurs de Marquèze ont utilisé, pour ce faire, le bois des arbres abattus autour de l’écomusée par la tempête Klaus en 2009.

Édifiée avec des bois datés du XIIIe au XVIIIe siècle, elle livre dans sa nouvelle présentation tous les secrets des constructions à colombage médiévales. Elle met aussi en exergue l’ingéniosité du principe de la maison évolutive, assemblée et chevillée, autorisant démontage et déplacement d’une partie ou de l’ensemble de l’édifice au gré des besoins d’une famille, sur plusieurs générations.

(3) Mot local désignant une arrière-cuisine dévolue aux tâches salissantes.

(4) Terme inventé en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel.

Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/ecologie/

(5) www.actu-environnement.com/ae/dictionnaire.../protocole_de_kyoto.php4

(6) Empreintes landaises : Projet de l’éco-hameau de Garein (2008)

(7) Empreintes landaises : Domolandes et le développement durable (2011)
Bénédicte Boyrie-Fénié